‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 52 sur 114 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LE nORMOS ET L'iSTHMION.

Le hormos (1) n'était point un collier entourant le cou; partant de la nuque, il retombait sur la poitrine et se développait par suite sur le buste. Cela ressort d'une manière frappante de deux passages des hymmes homériques. Dans Tun (2), le poète nous représente les Heures ornant de hormoï d'or « la nuque délicate et la poitrine blanche comme l'argent » d'Aphrodite. Dans l'autre (3), il est dit que la déesse de l'amour porte au cou de beaux hormoï A'ov et que « sa poitrine délicate brille comme un clair de lune ».0n rencontre sur les monuments orientaux(4) deces colliers retombant sur la poitrine (flg. 112, 113) ; on en rencontre aussi sur les monuments grecs archaïques (5) et étrus-

(1) //. XVIII, 401. Orf. XV, 460. XVIII, 295. Hymn. hom. I {inA^oll Del.) 103, IV (in Vewer.) 88, VI, II.

(2) VI, 10. — (3) IV, 88. Comp. la longueur considérable du hormos qu'Iris promet à Eileithyia dans Vllymn. hom, I, 103.

(4) Par ex. sur une idole chaldéenne d'Istar : Heuzey, Les figurines du Louvre, pi. II. — Perrot et Chipiez, Hist, de l'Art, H, p. 82, fig. 16. — Sur les figures d'Astarté de Chypre : Cesnola Stem, Cypem 50, 3 p. 2!& (d'où notre fig. 112), pi. 45. — Ges, akadem, Abhandl. de Gerhard, pi. XLVII. — Une figure votive chypriote avec trois hormoï dans Perrot et Chipiez. IIL p. 257, no 196 (d*où notre fig. 113).

(5) Voy. Salzmann, Nécropole de Camiros, pi. 15. — Heuzey, loc. cit. pi- XVII, 4. — Kekulé, Die Terracottenvon Sicilien, pi. II, I. Comp. une Parque sur le vase François (p. 253, fig. 65). Eriphyle sur un vase corinthien {Mon. deirinst. X, pi. IV, V, A) tient dans la main un hormos dont la longueur est à peu prés d'un tiers de la hauteur totale du corps. Comp. celai

LE HORMOS ET L'ISTHMION.

riues (I). Des spécimcDs analogues ont été trouvés dans les tom-

FiB. m. — Astarlii ornée d'un hormos. Fig. IM. — lilolc (■li)|)riotc ornoc d'un homat.

qui est représenté sur un autre vase corinthien: Annal deU'Inst., 1864, tav. d'agg. 0. P. — (1) Micali, Mon. ined. pi. XXVI, 3.

beaux étrusques dont le contenu a des points de contact avec l'époque homérique {!).

Les hormoï, dit l'Épopée, étaient en or et en ambre (2). Toutefois, comme dans les passages où il en est question, l'ambre n'est employé qu'au datif (vîXsxTpoKTi), on se demande s'il faut entendre par là l'argent doré ou l'ambre (3). Des raisons linguistiques et archéologiques nous engagent à accepter cette dernière interprétation. Tout d'abord, en effet, le mot xfJoo; ^st employé dansées passages au singulier; r,>É)iTpoi<>t, au contraire, est au pluriel. Or, nous n'avons pas d'exemple de ce fait que le nom d'un métal, employé au pluriel, désigne des morceaux de ce métal. Au contraire, cet emploi est très logique quand il s'agit de l'ambre, puisqu'on le trouve en morceaux. En second lieu, la superposition de l'or sur l'or argenté, n'aurait produit aucun effet décoratif, car le second ne se dislingue du premier que par une couleur un peu plus pâle. Par contre, l'ambre, grâce à ses Fi 111. - Gtrniture ouances (bruu ou rouge brun) et à sa transd'ambre ùtrusque. parence, 36 détache merveilleusement sur un fond d'or. Enfin, on a trouvé dans les tombeaux étrusques des parures de poitrine faites d'or et d'ambre (4). Le spécimen le plus curieux de ce genre provient d'un tombeau de Cïeré, que nous avons eu l'occasion de mentionner

(1) Grifi, Mon. di Cere, pi. III, 2, 3. Mus. gregor. l, pi, LXVH, 3-5. LXXVII, I. LXXIX, 5. LXXXI, 1, 2. — Mon. deWImt. VI, pi. XL VI b.

(2) Od. XV, 460. XVIII, 295. Hyma. hom. I, 103 {voy. p. 240, note 3: Comp. Lepsius, Die Metalk in dm œgypt. Inschriflen (compte rendu de l'Ac. des sciences de Berlin. Section phi losophico -historique, 1871, p. 120- 143).

(3) Voy. p. 134-1^.

(4) Grifi, Mon. di Cere, pi. III, 3. — Mm. Gregor. I, pi. LXVII, 3-5, pi. LXXVII, 1. Comp. Mon deU'Insl. X, pi. XXIII», 6. Ann. delCIntt. 1873, p. 3!», n« a et BuU. 1874, p. 56, n* 3.

LE HORMOS ET L'ISTHMION.

déjà plusieurs fois (1) : c'est une série de morceaux d'ambre ovoïdes dont la longueur moyenne est d'environ 6 centimètres (fig. 114) ; ces morceaux sont garnis à la périphérie d'une sertissure en forme de grecque granulée {lavoro a granaglia).

Il va de soi que les Grecs de la grande époque ne portaient point de ces joyaux qui dissimulaient trop les formes du buste; ils se contentaient d'un collier étroit bien adhérent au cou.

Uisthmion (2;), au contraire, semble être le type primitif du

Fig. 115. — Collier à torsade de l'Europe mcridionnle.

collier classique. En effet, le substantif i(T6(jLdç est formé d'î<70[Aiov et indique un objet étroit, entre autres le cou et la gorge (3); cela explique Topinion des commentateurs anciens (4), d'après lesquels Yisthmion ne pendait pas sur la poitrine comme le hormoSy mais entourait le cou. D'ailleurs, dans le sud (fig. 115)

(1) Grifi, Mon. di Cere, pi. III, 3. — Mus, Gregor, 1, pi. LXVII, 3-5, pi. LXXVII, 1, notre ûg. 114. Voy. p. 39, note 2 et p. 114-115.

(2) Od, XVIII, 300. — (3) Galen. comm, in aphorism. Ilippocratis XXVI (vol. XVII, 2, p. 632Kùhn) : TcapîaGfiia çXsYfjLovàç twv xaxà rbv îaO|Jibv ywpfwv. ixoÛ£iv Zl vov îaOjibv yp^ ib (xeiaÇu tou axà^nxzôq te r.a\ tou oTOfidc/^ou (xopiov, c'est-à-

dire la partie comprise entre la bouche et le gosier. Les Schol. Od, XVIII, 300 et Eustath. p. 1847, 44, traduisent îaO{jL(5ç par z^i'/^riioç. (4) Schol. Od. XVIII, 300. Cîomp. Eustath. p. 1847, 49-51.

comme dans le nord de TEurope (1) , des cercles métalliques polis ou cannelés (2) sont une parure très ancienne; rien ne s'oppose donc à ce qu'un collier de ce genre soit attribué à Tépoque homérique.

(1) Des cercles de bronze de ce genre se rencontrent déjà en Italie dans les couches préhelléniques (yoy. plus haut p. 105-112), p. ex. dans la nécropole de Villanova: Gozzadini, Di un sepolcreto etr. scop. pressa Bologna, pi. VII, 28. Un exemplaire d'Oppeano (près Vérone) : Bull, dipaletn, ilal. IV, pi. VII, 1, p. 118. D'autres provenant de Bismantova : Bull, di palttn. UaL VIII, pi, VI. 1, 2 (notre ûg. 115 est la reproduction du n» 1, aux 2/3 de la grandeur de Toriginal). Il en existe un de Caeré : Mon. delVlnst. X, pi XXIII% 1. Comp. aussi Friederichs, Kleinere Kunst, p. 124, n«« 533-535'. Du reste, sur les monuments étrusques, les figures d'hommes sont également ornées de colliers semblables : Gerhard, Etruskische Spiegel, 1, pi. 74 et 83. Comp. Stephani, Compte-rendu^ 1874, p. 173. Des spécimens en or se rencontrent souvent dans les tombeaux scythes de la Russie méridionale : Antiquités du Bosphore Cimtnérien, pi. VIII, 1. 2 (le n® 1 provient d'un tombeau de guerrier, le n^ 2 d'un tombeau de femme). — Stephani. Compterendu, 1876, pi. IV, 6, p. 156, 1877. pi. III, 6, p. 224 (Comp. 1876, pi. XVIII), 1877, p. 221, note 1 (Comp. 1876, pi. XX). Tous ces exemplaires ont été trouvés dans des tombeaux d'homme; Recueil d'Antiquités delà Scythie, publié par la Comm, imp, archéol. liv. 2 (St-Péterbourg 1873), pi. XXXVII, 2, 4, 7, 9, dont le n® 2 ornait un corps de femme, les n™ 4 et 9 un corps d'homme. Ibid,, p. 102, un spécimen en bronze qu'on a trouvé sur un cadavre d'homme.

(2) Von Sacken, Grabfeld von Hallstadt, pi. XVI, 22. — Lindenschmit, Alterthiimer unserer heidnischen Vorzeit, I vol. liv. VIII, pi. 5. — Friederichs, Kleinere Kunst, p. 122, n^^ 527-532. — On sait que le torques gaulois appartient aussi à cette catégorie.

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