‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 53 sur 114 · LES BOUCLES D OREILLES · texte numérisé non relu

LES BOUCLES D OREILLES

Le seDs des épithètes des boucles d'oreilles (ïpj/^Ta TpiyV/ivx p-opoevra) (1) a déjà beaucoup préoccupé les grammairiens anciens. Les uns écrivaient TpiyV/iv' àjiiopoevTîc ou rpiyXTiva' ppdevTa et attribuaient à ce dernier adjectif la signification d'indestructible (2), ce qui correspondait à açGiroç, autre épithète homérique. Aristarque lisait, au contraire, TpiyXnva ppoevra et traduisait le second adjectif par péniblement ouvragé (3). Mais les deux versions sont inadmissibles; la première, parce qu'on ne connaît point d'exemple de la terminaison oeiç dans un adjectif formé de p'poçet de a privatif; la seconde, parce que jAopoç signiûe destin, mauvais destin, mort, mais jamais peine ni souci (4). Parmi les commentaires modernes, celui d'Ernesti (5) mérite d'attirer Tattenlion. Ce savant fait venir ppdevTa du substantif 'ppov (baie de ronce, mûre), et en conclut que ces boucles d'oreilles étaient rehaussées d'ornements ayant la forme de ces baies, probablement de pierres taillées de couleur sombre. Il n'y a rien

(1) //. XIV, 182. Od. XVin, 297. Les boucles d'oreilles d'Aphrodite, dites <SvOc(xa (Hymn. hom. VI, 8) sont probablement rehaussées de fleurs en rosettes, semblables à celles qui ornent deux tètes de marbre attiques ('£97)^1. àçr/jxioX, 1883, pi, 5,6).

(2) Schol. //. XIV, 183. ApoUon. lex. hom,, p. 113 , 30, Bekker.

(3) Schol. Od. XVIII, 208. Eustath. //. XIV, 183, p. 964, 40. — Lehrs, De Ariêtarchi stud, homer. 2« éd., p. 152.

(4) Comp. Gœbel, De epithetis hom, in eiç desinentibus, p. 35-36.

(5) Comp. Heyne, Homeri Carmina, VI, p. 562.

à dire contre cette interprétation au point de vue linguistique, et un ornement semblable sur une boucle d'oreilles en or est parfaitement admissible. Seulement il ne faut point supposer ici de pierres précieuses, car TÉpopée ne mentionne nulle part de parures de cette espèce (1). Quant à Tépithète 'ZfiykryoL, Apion (2) pensait qu'elle signifiait digne d'occuper* la prunelle des yeux (y^tivyi) ; le nombre trois ne servirait, comme dans beaucoup d'autres cas semblables, qu'à accentuer le sens. Mais ce qui contredit cette hypothèse, c'est que le mot n'a point de partie verbale qui

Fig. 116 et 117. — Boucles d'oreilles.

exprime l'action. Héliodore (3) suppose des boucles d'oreilles garnies d'ornements qui rappellent la prunelle des yeux et c'est là, selon nous, l'hypothèse la plus vraisemblable; Tpiy\7;va correspondrait alors au substantif rpioTTiov ou TptoTTtç dont on se servait dans l'Attique pour désigner une certaine espèce de boucles d'oreilles et qu'Eustathios (4), sans doute à l'exemple d'Héliodore, cite comme synonyme du précédent. Citons enfin, à titre de curiosité, cette opinion d'un ancien commentateur, que la décoration des boucles d'oreilles consistait dans les figures des trois Grâces (5). Ce qui a motivé cette interprétation, c'est évidemment un vers de l'Iliade (6) ou yV/fv?) est employé dans le sens de

(1) Comp. plus haut, p. 75. — (2) Apoll. lex. hom, p. 154,26. Hesych. au mot Tpf-yXrjva. Schol. //. XIV, 183. Eustath. //. XIV, ia3,p. 954-36.

(3) Apoll. lex. hom,, p. 154, 24. Schol. //. XIV, 183. Od. XVIII, 208. Eustath. //. XIV, 183, p. 964i, 38.

(4) Sur 17/. XIV, 183, p. 964, 38. Comp. Pollux onomast. V, 98 : -c^ionklï BpfjLou eT8oç, TpÊtç Si^Tzip 6^0aX|jiou( xpE{jLa«ouç ?/ovroç, où au lieu de Tpio;:iç il faut peut-être lire ipioTT^ç.

(5) Schol. //. XIV, 183. Eustath. p. 984, 38 et suiv.

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