CHAPITRE XIX
LES AGRAFES (TTCpOVYl, TTOpTT/), èv£T7î).
L'agrafe, en latin fibula, est désignée dans TÉpopée par les mots TCepovY), TuopTrY) et sv£Tvf.
Le modèle le plus simple et le plus fréquent d'agrafe antique consiste en un arc qui, à Tune de ses extrémités, se termine par une épingle flexible, à Tautre par un crochet où passe l'épingle, après avoir percé Tétoff'e qu'il s'agit de consolider.
Tel était évidemment l'objet que l'Épopée désigne sous le nom de TcepovYî. La TrepovTi était pourvue d'une épingle : cela ressort d'un discours railleur qu'Athèna prononce contre la déesse de l'amour, blessée par Diomède : elle dit qu'Aphrodite, voulant inspirer à une Délienne de l'amour pour un Troyen, s'est égratignée avec une Tuepowi d'or (1). A maintes reprises, la ^repovïi est citée comme attache -vêtement (2). De ce mot est même formé déjà le verbe Trepovxo) qui signifie, au sens propre, attacher un vêtement (3), et 2i\xû^\xvé transpercer quelqu'un avec une flèche (4).
Les Tcepdvai du peplos dont Antinous fait don à Pénélope, sont munies de xXtii^eç cîJyvapLTrroi (5). Il est certain (et c'est d'ailleurs l'avis des commentateurs anciens) (6), que ces mots indiquent le crochet destiné à recevoir la pointe de l'épingle.
(1) //. V 424. — (2) Od XVIII 293, XIX 293, XIX 226 et suiv., 250.
(3) //. X 133, XIV 180. — (4) //. VII 145, XIII 397. Pour remploi ultérieur de ce mot voy. notamment Sophocle 0. /?. 1205 : Euripide, Phcen, 805; Hérodote, V, 87.
(5) Od. XVIIl, 293. Comp. plus haut p. 256. — (0) Schol. Od. XVIII, 294. Eustath.,p. 1847,35-37.
Dans la langue homérique, y^fitç ne signifie pas seulement clef, mais encore tout autre objet crochu servant à ouvrir ou à fermer quelque chose (1); il a donc été tout naturellement appliqué au crochet qui servait à recevoir la pointe de l'épingle. L'épithète bie7i recourbée s'adapte d'ailleurs mieux qu'à toute autre à la partie de la fibule où la lamed'orest recourbée. Enfin, c'est pour se conformer aux règles de la description épique que le poète fait ressortir non pas l'épingle, qui est cachée en grande partie, mais bien le crochet, lequel frappe bien plus directement la vue. L'agrafe prend aussi le nom de mf-rnn (2). Dooderlein (3) prétend que TTopT^i indique la partie formant boucle et xepo'/7i l'épingle de la fibule : cette distinction, juste au point de vue étymologique (4), ne s'explique pas dans la pratique. Les grammairiens anciens expliquent ::op7nn par TCepoV/i et inversement, en rattachant les deux termes au latin fibula (5). Dans certains passages, du reste, iropTm comprend aussi l'épingle. Dans ÏHécube d'Euripide notamment (6), les Troyennes crèvent les yeux à Polymestor avec leurs i^opTrai, et, dans le prologue des Phéniciennes (7), Œdipe est aveuglé avec des iroprai en or. Dans un autre passage de la même tragédie (8) et dans Œdipe-Roi (9), de Sophocle, le même objet est appelé irepovYi, ce qui démontre bien l'identité des deux termes. Les anciens lexicographes (10) prétendent que irepovYi était une épingle qui
(1) Les verroux : //. XXIV, 455. Od, I, 442. Le plat de la clef : //. V, 146, 579; XVII, 309; XXI, 117 (voy. Eustath. II. V 144, p. 403, 3940). Quelquefois les dispositions prises pour empêcher le glissement du gouvernail : Grashof, Dos Schiff bei Ilomer und Hesiod, p. 19-20. — Dœderlein, Hom. Glossariumy III, p. 119.
(2) //. XVIII, 401. — Hymn, Hom. IV (in Venerem), 162 et suiv.
(3) Hom. Glossarium, I, p. 242-243 n° 374. II, p. 126 n^ôSO.
(4) Studniczka, dans ses Beitràge (p. 113, note 66) fait remarquer avec raison que TcipraÇ, terme le plus rapproché de ;c6pjc?), signifie la poignée demi-circulaire du bouclier.
(5) Suid. TOpdvïj- r.6p7C7i. Le même : 7:6pju?) f) wapà 'Pwpiafotç ^{GXac. Hesych. nso6vaf TC(5p;:ai. Etym. m. p. 665, 31; p. 683, 40. Phot. 7:6pjn) : ©{6Xa.
(6) 1170. — (7) 60. — (8) 805. — (9) 1269. — (10) Pollux VII 54. Cf. Hesych et Phot. s. V. ax.iaT6ç.