‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 7 sur 114 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

cul de civilisation qui a ramené les Hellènes à un état d'industrie très inférieur à celui des Achéens, les Phéniciens sont redevenus les maîtres du marché grec. Homère leur attribue la fabrication des objets de luxe,

des belles armes, des cuirasses de prix. Mais l'Epopée n'a-t-elle pas aussi gardé le souvenir de cette industrie achéenne dont les fouilles nous ont révélé les produits ? Industrie achéenne, disons-nous; c'est que, après tant de discussions sur l'origine de l'art de Mycènes, on n'en saurait méconnaître les caractères indigènes. Dans ces peintures de Tirynthe, dans ces ivoires sculptés, dans ces merveilleux gobelets d'or de Vaphio, il est difficile de ne pas voir les œuvres des ouvriers d'art, peintres, orfèvres, ciseleurs, que les dynastes achéens avaient groupés autour d'eux. Or, à mesure que les découvertes se mutiplient, les points de contact avec l'Epopée deviennent plus nombreux. Les poignards de Mycènes nous ont fait comprendre, avec une netteté surprenante, la technique du bouclier d'Achille; nous y avons vu ces incrustations métalliques, où l'or jaune, l'or rouge et l'électron mêlent leurs tons différents , et nous n'avons plus besoin d'un grand effort d'imagination pour nous figurer l'espèce de polychromie métallique décrite par le poète avec tant de complaisance. Quant aux scènes représentées sur le bouclier, peut-on y voir des scènes de pure fantaisie , depuis que nous les avons retrouvées à Mycènes ? L'épisode du siège de la ville nous est aujourd'hui connu; il décore un frag-

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ment de vase d'argent travaillé au repoussé, et exécuté sans doute par un orfèvre mycénien. C'était là comme un des thèmes de l'ornementation mycénienne; et si, dans le bouclier d'Hercule^ Hésiode décrit le même tableau, c'est qu'apparemment ni la poésie ni même l'art industriel n'en avaient perdu le souvenir.

Plus nos connaissances s'étendent et se précisent, plus les poèmes homériques prennent pour nous comme un accent de vérité et de vie. Les fouilles récentes ne font que confirmer, par des révélations inattendues, les témoignages de l'Epopée. En voici un dernier exemple. On connaît le curieux épisode de V Odyssée où Ulysse se présente à Eumée comme un chef crétois qui a accompagné Idoménée à Troie. Il a fait bien d'autres campagnes, et guerroyé jusqu'en Egypte. Un jour, il arme neuf vaisseaux, rassemble des équipages, et, après une traversée de cinq jours, parvient jusqu'au a beau fleuve Egyptos ». Il pille, tue, enlève des femmes et des enfants, si bien qu'une armée royale survient, et met en déroute les pirates grecs. C'est un roman, sans aucun doute, mais un roman dont les détails n'ont rien que de vraisemblable. Les documents égyptiens nous ont appris que, dès le quinzième siècle avant notre ère, les peuples marins épars sur le littoral de la mer Egée ou dans les îles grecques connaissent le chemin de l'Egypte ; leurs barques de guerre se sont lancées sur la mer que les textes égyptiens appellent « la Très- Verte», c'est-à-dire la Méditerranée. Refoulés, parfois

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