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CHAPITRE XXII

(xuvîT), xopu;^ '^ît^XtjÏ, Tpua»aXeia),

Comme le mot xuvev), employé le plus fréquemment pour désigner le casque, signifie primitivement peau de chien, on peut admettre que les ancêtres des Grecs, de même que les barbares de l'Europe centrale à Tépoque historique, se couvraient la tête de peaux de bêtes; leur aspect terrifiant était augmenté par la menace des morsures (1). Cependant les épithètes yxXxsto; (2),

€'jy a>iXo; (3) ,irayj^a^xoç OU Trxyjr^^cXxeoç (4) ,y a>.xr'pT,; (5) , j^a>.xo7::^pv^o;(6)

qui accompagnent le casque dans TÉpopée prouvent que, dès Tépoque homérique, on avait renoncé à cet usage et que les parties constitutives du casque étaient déjà en bronze. Le casque d'Hector est TptTrrujroç, triple ou à triple couche (7). Ainsi donc, pour plus de solidité, la coiffe du casque consistait en plusieurs plaques de bronze superposées : tels sont, par exemple, les cas-

(1) Laerte, travaillant dans son jardin, porte une calotte en peau de chèvre (aîyeir^v xuvérjv : Orf. XXIV, 231). A une époque ultérieure, la xuv^ était encore la coiffure la plus ordinaire des gens de la campagne (voy. 0. Mûller, Dorier II, p. 40. — Welcker, Prœf, ad Theogn. p. XXXV.)

(2) //. XII 184, XX 398 : yjiXxtir^ xo>u;. — (3) //. VII, 12 : ore^ivr.ç ei/iX^ou, Comp. XI, 96 : x>Xxo6ap6ta.

(4) Kuv^Ti rAy:(akxoi : Od, XVIII 378, XXII 102. — (5) //. Kuv. x*Mp^i? ' III 316, XXIli 861. Od. X 206, XXII 111, 145. K6puç x«Mo^« • ^'- XIII, 714, XV 535. — (6) Kuv. xa5cxo7;<£p7ioî ; //. XII 183, XVII 294, XX 397. Kop. xaXxoic<£pr,oç : Od. XXIV 523.

(7) //. XI, 352 : IpuxaxE yàp xpuçdXgia

ques antiques d'Olympie où Ton remarque trois plaques dont la plus solide est au milieu, les deux autres, plus minces, en dessus et en dessous (1). Il résulte, en outre, de quelques passages non équivoques de TÉpopée, que le casque recouvrait le front (2)

Fig. 132. — Casque grec trouvé en fiardaigne. Fig. 133 — Casque grec trouvé en Sardaigne.

et les tempes (3); les adjectifs j^aXxoTfipvioç (4) et aù>.û7u; (5)

(1) Furtwaengler, Die Bronzefunde aus Olympia, p. 77.

(2) //. IV, 459; VI, 9; ibv f76aXe «pûioç x6pu0oç 9diXov iizTzoZMilr.r

hhï (xeTci>7Cb> Tiriez.

XI, 95 : (JieT(Â7:tov à^ii Soup\

vuÇ*, 0^ 6è ore^dcvT] S6pu o\ ox^Os y^aXxuCapeia. XVI, 795 (le casque d'Achille porté par Patrocle) :

diXX* dlvSpbç OeCoio xipyj /.apCev te (téioïTrov fuET* *AxiXX^oç,

A7]tin>pov 8' "EXsvoç ÇCçeï o^éocv ^Xaae y6par,v,

6p7)tx{b), [lEYdiXb), di;:b $s Tpu^diXsixv opa^ev. XIII, 805 : di{A9\ Bi ot xpoTdi^oiat ^asivrj asUio th^Xt^Ç* XV, 608 : à^L^X Ôè 7n5XT]Ç

aijiep3ttXtov xovi6r)as i;sp\ xpoidt^oiai 7[ea6vio(. XIII, 188, XVIII, 611 : x6puOa xpoià^oi; dipaputav. Od. XVIII, 378 : xa\ xuvct) ni^yjxkxoç, lz\ xpoid^^oiç àpaputa.

XXII, 102 : xai xuv^T]V 7[déYX,aXxov , lui xpoTocçoiç d^pocputav.

(4) Voy. p. 375, note 6.

(5) AiXûRiçTpuçdXeia : //. V, 182; XI, 353; XIII, 530; XVI, 795. Les savants anciens et modernes traduisent cet adjectif de deux manières différentes, les uns par pourvus de trous de visière (voy. Hesych. au mot «iXwmç" slBoc TiEpixi^aXataç napapLijxeiç Ijoù^riç ta; t&v é^OaXpÂJV èniç; Eiym, fna(/n., p. 170, 4 s. V. aùXcumc* xoiXoçOaXfxov), les autres par : ci haute pointe ^ c'est-àdire muni d'une pointe ou d'un tube portant un panache. (Voy. Etym.

disent qu'il descendait sur les joues et qu'il était pourvu d'ouvertures pour les yeux. La partie inférieure du cou était, par contre, entièrement découverte; l'Épopée mentionne , en effet, des blessures faites à cet endroit, sans ajouter que l'arme ait transpercé aucune plaqueprotectrice(l). La mentonnière était

Fig. i34. — Casque grec trouvé à Olympie.

une courroie passée sous le menton; Tépithète 7ro>.ux€<7To;, qui

magn., p. 170, 3: aùX{axovlx^ouaa,xaO'ou TaJ^vuTaiS X6foc; Apollon. Lex, hom., pr47, 24; Scol. IL Y, 182; XI, 3â3; Eustath.ad IL V, 182, p. 537,2, ad//. XI, 353, p. 849, 7). Cette dernière interprétation a été soutenue avec le plus de détails par Ameis dans les \eue Jahrhûcher fur Philolog., 73, p. 223. Les principales raisons sur lesquelles il s'appuie pour rejeter la traduction trous devûiére, senties suivantes : AùX6ç, dit- il, signifie partout au propre ou au figuré tube ou tuyau. L'Épopée ne mentionne nulle part les trous de la visière; Sophocle (voy. Hesych. s. v. auXG;:iv; Tragxcor, grœc. fragm. rec. Nauck, p. 243, n® 727) donne l'épithète aùXwjwç à une longue lance (ttjv {laxp&v aùXwTîiv). Cependant les trous de visière pratiqués dans un casque composé de plusieurs feuilles de bronze peuvent bien s'appeler aùXof. Ensuite le casque homérique qui couvrait entièrement la figure, au point de rendre les héros méconnaissables, devait forcément avoir des trous pour les yeux ; peu importe d'ailleurs qu'ils soient mentionnés dans rÉpopée ou non. Il n'y a pas grande conclusion à tirer du fragment de Sophocle, car nous ne savons pas à quoi il se rattachait à l'origine. En tout cas, on sait que les ôpithètes homériques représentent toujours les particularités saillantes des objets et qui frappent la vue (voy. plus haut, p. 201); ce qui ne serait pas le cas d'une tige à panache , puisqu'elle disparaîtrait sous le panache môme, comme pièce tout à fait secondaire. Dans ces conditions, nous considérons que pourvu de trous de visière est la traduction la plus exacte de l'épithète o^XbMctc Comp. auXwicCo^ ou aùXioTroc, sorte de poisson, ainsi nommé à cause de ses yeux à fleur de tète (Oppian. HaL I, 256). — (1) n. ,X1V, 465; XVI, 332, 337. Comp. VII, 12; XIII, 671 ; XVI, 587,606; XVII, 617.

raccompagne, semble indiquer des ornements incrustés ou gravés (1). Enfin le casque devait, comme la cuirasse, être relativement vaste, puisque, si les mouvements sont vifs, il ballotte sur les tempes (2).

On sait que plus tard les garde-joues se composaient de pièces spéciales et étaient munies d'un mécanisme qui permettait de les relever ou de les rejeter en arrière. Comme TÉpopée n'en parle point, il faut admettre qu'à l'époque homérique la coiffe et les garde-joues étaient d'une seule et même pièce et que ces dernières étaient solidement fixées à la première : c'est le cas des plus anciens casques grecs qui soient parvenus jusqu'à nous (fig. 132-134) (3). Sous un casque de celte espèce, on voyait très

Fig. 135. — Casque d'après un vase peint.

peu de la figure. On peut se figurer le regard farouche des héros qui brille à travers ces ouvertures, particularité que les poètes

(1) II. III, 371 : dtyj^s Bi fiiv TuoXuxearoç î{jLàç àjraXTjv hiCti SsipYjv,

Voy. plus haut, p. 266. — (2) //. XIII, 805; XV, 609, 648 (Voy. p. 376. note 3). Comp. XX, 162; XXII, 314. — (3) Dodwell, Class, tour //, p. 330. — Blouet, Expédition de Morée, I,pl. 74, fig. 1. — Kemble, Horœ feraleSy pi. XII, 3 (casque provenant du butin corinthien consacré par les Ârgiens à Olympie). — Rœhl, Inscr. graec. antiquissimae, pi. 16, n<> 32. — Ausgrabungen von Olympia^ I, pi. XXXI (d*où notre fig. 134). Furtwàngler, Die Bronzefunde aus Olympia, p. 77. — Délia Marmora, Voyage en Sardaigne, pi. XXXIV 3, vol. II, p. 504 (d'où nos fig. 132 et 133).

font souvent re3Sortir[(l). Ajax, sortant des rangs achéens, pour aller combattre avec Hector, sourit, sous son casque, d'un sourire sombre (2). Le visage était souvent tellement couvert par le casque que, dans la mêlée, les héros ne se reconnaissaient entre eux qu'à certaines particularités extérieures, telles que l'armure ou les chevaux de bataille. Pendant que Diomède parcourt les rangs troyens, Énée et Pandaros cherchent qui peut bien être ce terrible adversaire : enfln Pandaros dit que son casque, son bouclier et son attelage annoncent le fils de Tydée (3). Kébrionès reconnaît Ajax, fils de Télamon, à son

Hg. 136. — Peinture d'un vase de Uélos (d'aprèa Hayel el Collignon, Ciramigue grecque. ùg. U).

énorme twuclier (4). Patrocle, sur le point de venir au secours des Achéens, prie Achille de lui prêter son armure, car les ennemis penseront alors que le terrible fils de Pelée se nuHe de nouveau au combat, et, en effet, dès qu'il a revêtu l'armure d'Achille, les Troyens le prennent pour ce dernier (5).

(1) II. III, 342; XXIII, 815; il est dit de Paris et de Ménèlas ainsi que d'Ajax et de Diomède qui s'apprêtent au combat singulier : Senbv Sipxd;uvai. il. VIII, 349 (d'Hector lorsqu'il repousse tes Achéens au delà du fossé) : rofY<iiS« S(1[*ot' I/cov. //. XII 466 (d'Hector se précipitant dans te camp achéen) : lapl 3" foai U^tt.

Hymn. XXXI 9(d'Hé1ios) : «itEpSvbv i't-jt Sipinai Ih'smt

(2) //. VH,2I2:[iei5.4<uv piooupotot i:poa(imiBi. — (3)//.V, 175, 181 et suiv. - (4) II. XI, 525, 526. — (5) //. XVI, 41, 278 et suit.

Des casques de cette espèce qui couvrent entièrement le visage se rencontrent fréquemment sur les vases à figures noires (fig. 135), qui, au point de vue du style et du procédé technique, constituent un groupe à part dans la nécropole de Caerè (1). Nous avons soutenu jadis que ces vases avaient été fabriqués à Caerè même : cette opinion n'est plus soutenable depuis qu'il est établi qu'un spécimen de ce genre a été trouvé dans un tombeau qui remonte au plus tard à la fin du sixième siècle (2). Ces vases sont très bien façonnés, et cette perfection technique comparée à l'état primitif de la céramique étrusque de cette époque constituerait un fait absolument anormal. Nous attribuons donc plutôt ces vases à une fabrique hellénique du sixième siècle avant Jésus-Christ.

Le casque homérique avait-il, outre les garde-joues, un nasal? Deux passages de l'Iliade semblent indiquer un type privé de cet abri : le trait de Diomède atteint Pandaros au nez près de l'œil (3), celui de Ménélas atteint Peisandros à la partie supérieure de l'arête du nez (4). Aucun des deux passages ne dit que la pointe de la lance, avant de pénétrer dans la peau, ait transpercé une plaque de bronze protégeant le nez. Ce silence est d'autant plus significatif que, dans le second passage, le poète fait même ressortir le craquement des os du nez; nous gavons, d'autre part, que de très bonne heure déjà les armuriers grecs apportaient un soin tout particulier à consolider la partie du casque qui protégeait le nez, et qu'à cet effet ils employaient des plaques de bronze plus épaisses que pour les autres parties de la coiffe (5). Le nez n'était donc

(1) Ann, deirinsL 1863, Tav. d'agg. E (d'où notre fig. 135). Comp. p. 210-232.

(2) Bull. deirinsL 1881, p. 161, n^ IL

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