‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 8 sur 114 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

soumis et astreints à payer tribut, les « peuples des îles de la mer » n'en sont pas moins en contact avec le grand empire. Peut-on douter qu'il y eût des relations entre l'Egypte et les Achéens, depuis que M. Flinders Pétrie a découvert dans la vallée du Nil des vases du plus pur style mycénien? Et d'où provenaient ces produits, sinon des réglons où prévalait une civilisation analogue de tous points à celle de Mycènes ? Le sol de Mycènes a d'ailleurs fourni des preuves irréfutables de relations plus ou moins directes entre l'Egypte et les Achéens du Péloponnèse ; les objets égyptiens, trouvés dans les tombes royales de l'Acropole sont là pour en témoigner (1). Ainsi le récit de Y Odyssée est peut-être inspiré par une lointaine réminiscence de ces campagnes aventureuses qui amenaient jusqu'aux bords du Nil les ancêtres des Ioniens d'Asie Mineure. « Déjà, dit Ulysse, avant le départ des fils des Achéens pour Ilion, neuf fois j'avais conduit contre les peuples étrangers des guerriers et des vaisseaux rapides » . Combien pouvaient se glorifier de pareils exploits, parmi ces chefs achéens dont les trouvailles de Mycènes et les récits de l'Epopée nous permettent d'évoquer les imposantes figures, entourées d'un luxe grandiose dans sa demi-barbarie ! Nous ignorons encore comment s'est fait le passage

(1) Sur cette question des rapports de la Grèce mycénienne avec l'Egypte, voir Flinders Pétrie, The Egyptian bases of Greek history. Journal of Hellenic studies, XI, 1890, p. 271. Cecil Smith, Egypl and Mycenean antiquities, Classical Beview, 1892, p. 462. G. Porrot, Histoire de l'art, i. VI, p. 1001 et suivantes.

INTRODUCTION. xv

de la civilisation mycénienne à celle de TEpopée. S'estil produit une brusque rupture, ou bien, dans la période troublée qui coïncide avec les invasions doriennes, la prospérité des Etats achéens a-t-elle décliné lentement, pour se rapprocher par degrés d'un état social analogue à celui des contemporains d'Homère? Il semble que les découvertes les plus récentes tendent à fortifier cette seconde hypothèse (1). Entre la brillante période de Mycènes et l'Epopée, la tradition a pu servir d'intermédiaire. Les poèmes homériques semblent garder plus d'un souvenir de l'époque où, derrière les murs de pierre de leur acropole , les dynastes mycéniens menaient la vie luxueuse et brillante de chefs enrichis parla piraterie et par des coups de main heureux. Au moment où prennent forme les chants homériques, c'est-à-dire vers le début du premier mîllénium avant notre ère, tout ce passé de richesse et de gloire vit encore dans la mémoire des Grecs. On peut même se demander si, dans ses parties les plus anciennes, l'Epopée n'a pas été ébauchée dans la Grèce européenne , et si les récits qui en forment la trame n'ont pas été écoutés tout d'abord dans le mégaron ou dans la cour entourée de portiques d'un palais mycénien.

Paris, 15 mai 1894.

Max. COLUGNON.

(1) Voir en particulier l'intéressant résumé de la question mycénienne, Die Mykenische Frage, par M. Emil Reisch, dans les Verhandlungen der 42 Pkilologen-Versammlung^ "p. 97-122, et les conclusions de Touvrage de M. G. Perrot.

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