XVI, 294; XIX
àxtxhç Y^p içéXxeiai âv^pa ofôr^poç.
Selon les Alexandrins (Schol. Od. XVI, 281), le passage du chant XIX serait le plus ancien, celui du chant XVI n'en serait qu'une imitation. C'est une opinion qui est partagée par la plupart des commentateurs modernes. KirchhoflT, au contraire (Z>ie Composition der Odyssée, p. 163 et suiv.), est d*un avis absolument opposé. — //. XXIII, 34 : il vaut mieux ne tenir aucun compte de ce vers qui doit être une interpolation plus -récente (voy. p. 422, note 2).De plus, il n*est pas certain que le mot ofôr^poc désigne ici une épée ou un couteau.
être bien plus répandu qu'on ne pourrait le supposer d'après les autres données de l'Épopée. Mais le style conventionnel de l'Épopée nous semble expliquer suffisamment cette contradiction (1). Lors de la composition des chants les plus anciens, on ne se servait point ou l'on se servait fort peu d'armes en fer; c'est sous l'impression de cet état de choses que les poètes donnent une forme typique à la description des combats et des instruments qui s'y rapportent. Plus tard l'usage des armes en fer se propagea davantage. Cependant les poètes s'en tenaient toujours à leur ancien appareil poétique; de temps à autre seulement quelques traits leur ont échappé qui trahissent le progrès de leur temps.
Les armes et les instruments en fer employés par les Grecs de ce temps-là étaient peut-être en partie d'importation étrangère; quoi qu'il en soit, la façon dont Achille parle du disque proposé par lui en prix (2) et une comparaison de l'Odyssée qui représente d'une manière frappante la trempe de l'acier ((papjjLxadeiv) (3) prouvent bien que les Grecs d'Asie Mineure étaient familiarisés avec le travail du fer déjà avant l'achèvement de l'Épopée.
Commençons l'examen des armes homériques par l'épée [Ufoçy <pa<jyavov, dcop). A part un vers, probablement interpolé plus tard dans l'Iliade et où il est fait mention d'une épée ou d'un couteau (4), et sauf les passages qui font allusion à l'usage des armes en fer en général (5), nous ne rencontrons dans l'Épopée que des épées de bronze (6).
La lame était à deux tranchants (ocfjLovfxYiç, âft^oTépcoOev^ oi^^X' (uvoç) (7). Comme c'était une arme d'estoc et de taille (8) , elle
(1) Voy. plus haut p. 1-2.
(2) //. XXIII, 831-835. — (3) Od, IX, 391-392 (voy. p. 142, note 2).
(4) //. XVIII , 34 (voy. p. 422, note 2). — (5) Voy. p. 424, note 7. — (6) //. III, 335; XVI, 136; XIX, 373. Od. X, 262 : Çfooç y.diXxsov. XXII, 80 : çio^avov •/.«Oxeov. Od. VIII, 403 : iop «a^xàXxeov.
(7) //. X, 256 : ^dEoyavov â[«pr,«ç. XXI, 118. Od. XVI, 80; XXI, 341 : Ç{<poç «jA?r,juç. XXII, 79 : çaoyavov ôÇu /^àXxeov^ àjji^oTipwOev dxax|jivov.
(8) Dans TÉpopée bien plus de passages désignent Tépée comme étant
devait être extrêmement longue, ainsi que l'indiquent d'ailleurs ses épithètes \U^(iç (1) et TavuYfxTiç (2). Le fourreau est, dans un endroit, en argent (3), dans un autre en ivoire (4). Deux fois il est fait mention d'une poignée d'argent (5).
Une des épithètes les plus fréquentes de Tépée est àpyupor,>oç garnie de clous d'argent (6). Pour déterminer la place de ces clous, il faut se reporter d'abord à un passage de l'Odyssée (7).
une anne de taille que comme une arme d'estoc. Les premiers sont les suivants : //. V 80-82, 146-147, 584, X 456-457, 484, 489, XI 109, 146, 240, 261, XII 192, XIII 203, 576, 614, XIV 496-498, XVI 115, 332, 338-340, 474, XX 475, 481-482, XXI 20-21 ; Od. X 440, XXII 97, 328. Les passages ciaprès indiquent seuls les coups d'estoc : //. IV 531, XIII 147, XIV 26, XV 278, XVI 637, XVII 731, XX, 459, 469, XXI 117, 180; Od. XXII 98.
(1) //. 1 , 194 : [Uya Ç{«poç; V, 146; XX, 459; Rçei iisYdXco; XV, 712 : Ç{çeat> IxEYdiXoioi; XVI, 115 : tcXt)? 'àopi [XE^diXto; XXII, 306 :
To ol Oko Xsi;dfpi]v tiraTo [U'^a te aTi6ap<Sv te.
ÔEivbv aop Tav6r)XEç fy^wv iv yjipl ^^'/J^^^ ErxsXov àTTEporfi;
XVI , 473. Od. X , 439 ; XI , 231 ; XXII , 443 : ÇftpEwtv lavuilxEaiv. Comp. II. VII 77, XXIV 754, Od. IV 257. tavuiixEi x*Xxffl.
(3) //. XI, 31 xouXeov dpYupsov. On a trouvé dans une tombe très ancienne de Préneste (voy. plus haut p. 39) deux poignards à fourreau d'argent, d'importation étrangère toutefois : Bull, di paletn. ital. IX, pi. 111,11, 12 : Mon. deirinst. X, pi. XXXI 4, 5; Ann. 1876, p. 249. - (4; Od. VIII , 403 :
àop izoLy/jiht.tù^, m Ïtsi xtijnî ipyupéiî, xoXsov 81 vEonpfoTou IXi^ocvroç àpL^tSE^fvYiTai.
Comp. deux épées en fer à fourreaux d'ivoire, incrustés de morceaux d'ambre en échiquier et provenant d'un tombeau très ancien de Véies (Archaeologia, 41, I, pi. VI 2, p. 199).
(5) 'ApYwp^'Q ^^^ : ^. I, 219. Od. VIII, 403.
(6) //. II, 45; III, 334, 361 ; VII, 303, XIII, 610, XVÏ, 135, XIX, 372. Od. VIII, 406, 416, X, 261, XI, 97 : Ç(^oç <ipYup6>îXov. //. XIV, 405, XXIII, 807: iaoyavov ipyup^jfjXov. Comp. sur Cette épiliiète notre chap. XXIX.
(7) Od. XI, 97 :
Iyw S'àva/aoadpLsvnç Çf^oç àpYup6?îXov, xouXeS) l'^'A'Xziivrfi ,
L'Iysse raconte comment, à l'approche de Teirésias , il remit au fourreau son 5i<poî àpYupd>iî.ov, avec lequel il avait jusqu'à présent a
chassé les ombres du sang des sa- . A crifices. Ici l'épée et le fourreau sont meDtioitnés comme deux ob- | {
jets séparés; il faut en conclure que les clous étaient placés non pas sur le fourreau, mais sur l'épée même. Mais est-ce sur la poignée ou sur la lame? Plusieurs passages de l'Épopée nous font pencher pour la première hypothèse. Hector, après son combat singulier avec Ajax, offre à celuici une épée garnie de clous d'argent avec son fourreau et sa courroie artistement gravée (1). Le Phéacien Euryalos donne à Ulysse son St'ipoç âpyjpd-iîiov (2). L'Épopée parle souvent de la manière dont les liéros ceignent leur Çîçoî âfYufir.Xm (3). La lame des épées ainsi offertes ou ceintes était naturellement dans son fourreau, par conséquent invisible; il faut donc supposer la poignée seule garnie de clous. Un critique méticuleux
pourrait, il est vrai, nous objec- rig. im et m. - Éptfe* trou»rt« teç que àpy^p-Î^K" n'est peut-être, '^^"J'' '"""«•''» •"" p""* •** "^• dans ces passages, qu'une épithète
(1) /ï, VII, 303 ■ Ck 4(Mi çu»ilfl«i aciw Çliyo; if{op6r,X<ii ,
nùv xoXiSi TE çipfuv xll ilÏT^iJtti) TiXoiji&ivi.
Ci) Orf.vni, 406. ûî lîRùv h ytpoiTieti E(f«( âpTupiTiXo..
— (3) /(. II , 45;II 1 , 334 ; XVI . 135; XIX , 372. Od. VUI, 416 ; X , 2C1 .
typique employée sans égard à lactiou décrite par les poètes. Il existe heureusement une donnée (1) qui réfute cette objection : c Âgamemnon suspendit à ses épaules Tépée brillante de clous d'or dans la gaine d'argent soutenue par des courroies d'or ». Évidemment ces clous d'or étaient placés au même endroit que ceux d'argent auxquels fait allusion l'épithète en question. Comme le poète les mentionne avant de passer à la description du fourreau , il est impossible qu'ils aient servi à l'ornementation de ce dernier. Impossible également de les attribuer à la lame puisqu'elle était dans le fourreau au moment où Âgamemnon la suspendait sur ses épaules. Il ne reste donc pour les clous d'autre place que la poignée.
Si nous essayons de rapprocher l'épée homérique des types qui existent, nous aurons à tenir surtout compte de quatre espèces d'épées et de poignards en bronze. D'abord les épées trouvées dans les tombeaux en puits de Mycènes (flg. 152-153) ('2). Les lames à deux tranchants qui s*amincissent immédiatement au-dessous de la poignée ont une longueur de 80 centimètres au moins. Le cœur de la poignée n'est qu'une suite de la lame, c'est-à-dire une barre plate, qu'on entourait d'une enveloppe quelconque de bois ou d'os, pour rendre la poignée ronde et facile à manier. Cette enveloppe était souvent elle-même garnie d'une feuille d'or (3) historiée. Comme à côté de quelques lames on a trouvé des boules d'albâtre percées, Schliemann (4) en conclut que c'étaient les sommets ou extrémités des poignées. En tout cas
à[U!fi B'àp' b>;xoiaiv ^aXeto ^b^ç ' 2v $i ol ^Xoi
dIpYOpeov, ypuasoiaiv diopTiJpeaaiv dipi)p6{.
(2) Schliemann, JtfyAenae, p. 323, 326.--Comp. les spécimens d'Amorgos qui ne sont pas identiques, mais analogues, dans les Mém. des Antiquaires du Nord, 1878-83, p. 231 , n" 12, 16.
(3) Mykenae, p. 308-310, 315.
(4) Ibid,, p. 323-325, n^ 445, 447-449.
les garnitures des poignées étaient consolidées au moyen de clous d'or. Généralement un clou suffit pour le cœur de la poignée, deux pourla naissance de la lame (fig. 152) (l). Cependant il existe des spécimens qui ont trois clous dans chacun de ces endroits (fig. 153) (2).
Que cette garniture corresponde plus ou moins à la description de l'épée d'Agamemnon et à l'épithète âpY«?<niXoî, on ne peut guère admettre que ces épées sont analogues à celles de l'époque homérique. Nous avons déjà signalé dans le chapitre V un fait qu'il ne faut pas perdre de vue ici. Le trait le plus saillant des épées et poignards de Mycènea, c'est une riche ornementation dont plusieurs de leur8lame3sontcouvertes(3).
Si les poètes avaient connu de ces pièces de luxe, ils n'eussent pas manqué de les utiliser pour leurs descriptions. Or l'Épopée ne mentionne nulle part aucune ornementation des lames d'épée. Tout nous engage donc à chercher ailleurs que dans le groupe mycénien les armes employées à l'époque homérique. Il convient de noter en outre ici une
(1) Ihid., p. 325 et 350. Comp. n» 445, p. 321 et n" 41)6, p. 350. — S, MuUer, Den europaeùke Bronzeatders Opritideht (Saei'tryk af Aarboger for nord. Oldk. 1882) p. 283, fig. l (d'où notre fig. 152).
(2) S. Millier, loc. cit., p. 233, flg. 2 (d'où notre fig. 153).
(3) Voy. p. 7i, note 6.
- ÈpOcs Irouvées en llalic.
autre circonstance qui est encore plus probante. D'après les poètes de l'Épopée, Tépée était une arme d'estoc et de taille; or les longues lames étroites trouvées dans les tombeaux de Mycènes ne semblent avoir été que des armes d'estoc ; c'est une hypothèse qui est confirmée par plusieurs cachets provenant de ces tombeaux (1). Aucun des guerriers ou chasseurs qui y sont figurés ne frappe avec le plat ou le tranchant de son épée ; ils ne s'en servent que pour transpercer.
Il en est de même d'une catégorie d'épées dont on a trouvé un spécimen dans la couche préhellénique de l'île d'Amorgos (2) et deux dans l'Attique (3) et qui sont assez fréquents en Italie comme dans l'Europe centrale (4). La lame à deux tranchants et la poignée dont l'extrémité inférieure a une forme demi-circulaire sont faites de pièces de bronze différentes. La première est très large à l'endroit où elle sort de la poignée, mais elle s'amincit aussitôt, en sorte qu'elle forme presque un triangle à angle obtus. Elle est engagée dans une rainure pratiquée dans la poignée où elle est consolidée au moyen de clous disposés en demi-cercle, suivant la courbure de cette poignée (fig. 154 et 155). Ces clous sont habituellement au nombre de cinq, six ou huit. Cependant nous connaissons un poignard trouvé dans les Abruzzes dont la poignée est armée de deux rangées de clous ; il y en a quinze dans la rangée extérieure,
(1) Mykenae, p. 202, no- 253, 254 (voy. notre ^g, 139), p. 253, n» 313 (notre fig. 145).
(2) MiltheiL des deutschen arch. Instùutes, Athenische Abtheil., XI, 1886, p. 24. Suppl. 1 , n» 6.
(3) Mém. des antiquaires du Nord, 1878-1883 p. 230, no» 8, 9. — t Des épées de même espèce en fer, dit Ohnefaisch-Richter dans une communication qu'il a bien voulu nous faire, ont été trouvées dans Tîle de Chypre (tombeaux de Curium) >. — Un second exemplaire de provenance grecque a été noté dans le Bullet, dipaîetn itaL, II, p. 52.
(4) Bull, di pal. itaL, II, pi. 1 p. 44 et suiv. (nos ^g, 154 et 155 d'après la pi. I, no» 1 et 2); Bull, delV Inst, 1881, p. 36, 37; Undset, Études sur l'âge de bronze de la Hongrie, I, p. 146 et suiv. Ce type est très fréquent surtout dans les Abruzzes ainsi que dans les environs de Parme et de Reggio d'Emilia.
onze dans l'intérieure (1). Ces clous ou tout au moins ces têtes de clous, si on les suppose d'un autre métal que le bronze de la lame et de la poignée, en argent, par exemple, devaient produire un très bel effet décoratif et correspondaient bien à. l'idée rendue par répithèteàpyupo'viXoî. Mais ces épées étaient exclusivement aussi des armes d'estoc. Gela ressort non seulement de la forme de la lame, mais encore de la manière dont elle est consolidée. Si une épée de ce genre avait servi à frapper, il eût été à craindre qu'en frappant de côté, elle ne glissât de sa rainure.
II nous reste à parler encore de deux espèces d'épées de bronze qui ont entre elles beaucoup d'analogie et qui sont reliées par quelques types intermédiaires. L'une est représentée par deux spécimens trouvés sur le sol grec , l'un à Mycènes (fig. 156) (2), l'autre à Olympie (3). Le premier n'a pas été mis au jour dans les tombeaux en puits, mais dans la couche de terre supérieure de la citadelle; il appartient donc à une époque postérieure à celle des tombeaux. Il a une longueur de 60 centimètres; la lame à deux tranchants et le cœur de la poignée sont d'une seule pièce. Gomme la lame est relativement large et ne s'amincit que près de la pointe, il est probable que nous sommes là en présence d'une y\B. ix. ~
\éc sur la (\) Bull dipal. ital., II, p. 51, colline àe
(2) Schliemann, Mykenae, p. 167, n" 221. — VriAset, Étude» ujcinet. «ur Cage de bronze, I, p. 148, fig, 29. — S. Millier, Den europaeUke Bronzealders OprindeUe (voy.plus haut p. 429, note 1) ; p. 319, lie. 24 (d'où notre fig. 156).
(3) S. Millier, ibid.p. 3fSt, fig. 27. — L'nfragmentd'unBpécimenanalogue provenant de Corinthe, dans les Mémoires des Anltq. du Nord, 1878-83 , p. 231 , n* 14, « Des épées do fer de ce type ont aussi été trouvées dans l'île de Chypre, l'une dans une tombe phénicienne de Curium, l'autre dans un tombeau grec à Marion (communication de M. Ohnefalseh-Itichter]. •
arme d'estoc et de taille. On remarque quatre trous dans le cœur de la poignée et deux de chaque côté de la courbure qui forme la transition entre la poignée et la lame; donc les cercles
en bois, en os ou en ivoire qui arrondissaient le plat de la poignée étaient consolidés au moyen de huit rivets. Le spécimen d'Olympie offre les mêmes particularités. Ici la partie supérieure de la poignée manque; la longueur de l'arme ne peut donc qu'être évaluée approximativement à 1 mètre ; on voit un trou de chaque côté de la courbure de la lame, un troisième à la partie inférieure de la poignée, la seule partie qui se soit conservée.
Il convient d'ajouter à cette catégorie les épées de bronze qu'on rencontre déjà dans les couches préhelléniques (1) de la Haute-Italie et qui ne diffèrent des types grecs que par une fabrication imparfaite (2). Enfin il faut mentionner ici une épée mesurant 72 centimètres de longueur, trouvée à Athènes; quoique en fer, elle est évidemment une reproduction des modèles en bronze dont nous parlons (flg. 157) (3). 11 résulte des recherches de Dummler qu'elle provient de l'un des tombeaux découverts près du Dipylon (4). Sa poignée est garnie d'une forte bordure; cette arme constitue donc un type de transition à une autre espèce analogue représentée dans l'Est par des épées de bronze trouvées dans les nécropoles d'Ialysos, dans l'île de Rhodes (5), dans un tombeau
Fig. 157. — Épéc trouvée û Athènes (dans un tombeau voisin du Dipylon ).
(1) Voy. p. 103-110. — (2) Voy. Pellegrini, Di un sepolcreto preromana scop. a Povegliano veronese (Vérone, 1878), pi. III, 1, 2; Bull dipaUtn. itaL, IX, pi. III, 7, 15, p. 83-85. Comp. BulL deWInsL, 1880, p, 36.
(3) Undset, Études, I, p. 149, fig. 30 (d'où notre fig. 157).
(4) Voy. p. 98, note 3.
(5) Undset, Études, I, p. 151
corinthien (1) et dans File de Corcyre (fîg. 158) (2). Cette espèce se distingue par cette particularité que le pommeau affecte la forme d'un fronton ou d'un dôme et que les bordures de la poignée finissent en une garde recourbée en dehors (3). Ces épées ont généralement une longueur de 75 centimètres environ ; leur lame est analogue à celle des épées de la catégorie précédente. Elles sont assez fréquentes dans ritalie méridionale; seulement ici la garde en question est peu développée ou n'existe point (4). Il en est de même des poignards semblables, dont un a été trouvé dans la couche de terre qui recouvre la colline de la citadelle de Mycènes (5) et plusieurs autres dans l'Italie méridionale (flg. 159) (6). De toutes les espèces d'épées que nous venons de passer en revue, les deux dernières correspondent le mieux à celles mentionnées dans l'Épopée. Les lames à deux tranchants sont, dans les deux, très longues et destinées à porter des coups d'estoc et de taille. L'éclat métallique des têtes de rivets fixés sur la poignée produisait, par rapport au ton un peu sourd de la garniture, un effet assez décoratif qui correspond bien à la description de l'épée d'Agamemnon et à l'épithète àpyuporAoç qui l'accompagne. Quant à l'épithète (jLAxvJeToç (aux noires attaches) qui.
Fig. 158. — Épce trouvée dans nie de Corcyre.
(1) Undset, loc, cit., p. 151.
(2) Undset, pi. XVIII 2 p. 150-151 (d'où notre fig. 158).
(3) L'épée de bronze trouvée à Dodone parait avoir une poignée semblable. Voy. Carapanos, Dodone et ses ruines^ pi. LVII, 1, p. 102 et 135.
(4) Bull, deirinst. 1881 , p. 36 : Bull, di paletn. ital. VII p. 31, p. 59, IX pi. III 6, p. 99 et saiv. Une épée identique a été trouvée près d*Aquila. Voy. Bastian und Voss, Die Bronzeschwerter des Muséums zu Berlin, pi. XII, 6 ; sur la même planche 7 a 6 un exemplaire semblable d'une origine italienne inconnue.
(5) Schliemann, Mykenae, p. 191, n^ 238. — (6) Undset, Études, I, p. 109, fig. 31 (d'où notre fig. 159).
ÉPOPÉB HOMÉRIQUE. 28
qualifie Tépée une seule fois dans l'Iliade (1), Gerlach (2) nous en a donné une explication très plausible. 11 la rattache à une sorte particulière d'épées de bronze, très fréquentes dans l'Europe centrale et septentrionale. Leur poignée consiste en une barre de bronze, garnie à intervalles égaux de petits anneaux ou viroles également en bronze {voy. flg. 154). Les vides compris entre les anneaux , aûn de rendre la poignée maniable, étaient sans doute remplis au moyen de cordons enroulés (3), avec du bois ou une substance résineuse (4). Ces remplissages ne devaient pas être de couleur voyante, car la poignée se salissait forcément au contact continuel de la main. Us étaient donc très probablement de couleur sombre. S'il en était ainsi, les pleins sombres se détachant à côté des anneaux de bronze brillants expliquent parfaitement le sens exact de l'épithète homérique. Les poignées de ce genre ont dû se propager du nord au sud de l'Europe (5) : cette hypothèse, très plausible en soi, est confirmée par ce fait qu'on a trouvé un poignard emmanché de la sorte à Castione, dans la province de Parme (fig. 154) (6).
Fig.159.- pol- (I) II. XV, 713 :
gnard trouvé
dans rilBlle noXXii Zl fiayaix xoXi [u7.iiv^ETa uoir^cvra,
méridionale. 'î^ï>* ^ ^t X"f"' /."f^Bis siaov, iXia 8' ifc:* ûfitiv.
Comp. Hésiode, Seul. Hère. 221 :
•/iKuov i* T£Xa[icûvo(.
Euripide, Ore«(. 821, Phoenic. 1109, fragm. Eury»tk. dans PoUux, X, 1^ (p. 377, n''347Nauck).
(2) Philologus, XXX, p. 502.
(3) Bull, di paletn. ilat. Il , p. C3. — (4) Madsen , Anliqviléi préhigl, du Danemark, Vâge du bronze, p. 10.
(5) Voy. p. 57-59. — (6) Butl. di paletn. Ual., II, pi. I, 2, p. 47.
Le baudrier (Te^ajjiwv (1), àopTTfp) (2) consistait en une courroie en cuir (3). Il est dit une fois qu'il est en or, une autre fois qu'il est en argent (4); ces qualificatifs annoncent certainement une garniture métallique. Bien que cela ne soit spécifié nulle part dans l'Épopée, nous pouvons admettre que cette courroie passait sur l'épaule droite de manière que l'épée pendait au côté gauche. D'abord une épée de cette longueur, si on l'avait portée au côté opposé, eût été très difficile à tirer du fourreau. En second lieu, sur les monuments grecs archaïques (5), l'épée est toujours suspendue au côté gauche.
Souvent un couteau ({/.aj^aipa) était accolé au fourreau (6), comme au couteau de chasse des chasseurs de nos jours.
La lance (ey^o?» ^YX.^^^> aiyjjLTÎ, âxcov, ^opu, (J!.£>.tr,)
consistait en un bois ou hampe généralement en frêne (7) , munie aux deux extrémités d'une pointe
Fig. 160. — Fer de lance trouvé dans un pozzo(Extr.
de rArl Étrusque de J. Martha, p. 61.
flg. 45.)
(1) //. VII, 304. XIV, 404. XVIII, 598. XXIII, 825. Od, XI, 610, 614.
(2) Od. XI , 609. //. XI, 31 (voy. plus haut p. 428, note 1). Ici le mot, employé au pluriel, semble plutôt indiquer les accessoires (anneaux, crochets, etc.) au moyen desquels le TcXa{jux>v était attaché au fourreau de Tépée.
(3) //. VII, 304. XXIII, 825 : luTi«ÎTcj> TeXotjxGvi.
(4) Voy. plus haut p. 138, note 2. Des feuilles d'or battu qui ont été trouvées dans un des tombeaux en puits de Mycènes seraient, suivant Schliemann {Mykenae p. 281, n^ 354), des fragments de garnitures des courroies d'épées.
(5) Déjà môme sur les vases du Dipylon : Mon. deWInst.j VIII, pi. 39.