‹ L'épopée impérialeChapitre 12 sur 56 · PETITE GARNISON U · texte numérisé non relu

PETITE GARNISON U

— Alors, en ;iItond;iut. je t'emmène; t;i i-(''Volntion se passera bien de toi pendant qnelques jonrs. »

Les deux amis partirent, joyeux comme des collégiens. lis parcouriu'ent les environs d'Autim, qui étaient superbes, et s"arriHèrent à Montcenis et au Creusot.

Pendant sa permission, Bonaparte fut avisé que la révolution de Seurre était ofticiellement considérée comme terminée et que le détachement d'artillerie devait retouniei- à Auxoime.

Il soupira.

Auxoime, c'était la monotonit^ du Irain-tr.iin journalier, les mille ennuis du service.

Mais Tordre était t'oiuiel : Biniaparlc ilut rentrer à Seurre, et, quelques joui's plus tard, il quittait cette [ictite ville [lour rejoindre son régiment.

La Révolution, une révolution [ilus sérieuse (jue celle de Seuire, secouait alors la France, et Napoléon, qui étouffait dans sa petite garnison, qui soufflait de se voir confiné pour longtemps dans les bas grades, en avait suivi les premiers mouvements avec intérêt d'aboi'd, avec passion ensuite.

Il avait toujours cru à son étoile, il avait toujours espéré que des circonstances, que des événements dont il ne prévoyait pus la nature, le favoriseraient à un moment donné.

Certes, il n'avait pas entrevu, même dans ses rêves les plus (n»timistes, l'extraordinaire fortune que lui réservait le destin. Mais il caressait Fespoir d'atteindre un jom- les hauts grades de l'armée.

La Révolution, qui anéantissait les vieilles formules, ([ui brisait les vieux moules, qui transformait la société, devait avoir en lui un partisan.

Peut-êti-e, à la faveur de la foiinidable agitation. trouAcrait-il le moyen de se révéler, d'avancer plus vite, de sortir sinlout de son grade si ingrat de lieutenant.

A mesiu'e que les événements se |)réci]>itaient. il d(neiiait plus impatient, plus fiévreux, plus inquiet.

fl aurait voulu pouvoir s'échapper de ce coin de i»rovince, où les nouvelles arrivaieut avec beaucoup de retard, où ou h^s accueillait avecplus de curiosité |»eut-êtie que d'intéiV't.

Il s'énervait, ne tcnail plus en place, et comme il était déjà dt'prinié par un excès de travail, il finit [r.w tomber malade.

42 l.ÉPOPÉi: IMPÉRIALi:

Dans la deuxi<"Tae quinzaine cVaoùt. il soilicila un nuiiveaii ron^é, un congé lie semestre.

Quinze Jiiur> plus tard, sou titre de (-(jugé en poche, il quittait Auxonne.

Bonaparte avait hâte de se rendre en Corse, car il savail qu'une certaine agilation commençait à se manifester daii- celle Ile. amiexi'e depuis si peu de temps, où les passions étaient vives. Ie> cœurs ardents, les esprits prompts à s"échauffer. où plusieurs partis se tenaient sans cesse sur la défensive. Peut-être entrevoyait-il la iit'cessité- de jouer un lôle. à la faveur de la tenqiête qui venait de France, siu- une scène qu'il trouvait à sa taille.

Au mois de juin, il avait écrit à Paoli, en exil à Londies. une lettre qui fut trouvée en 1797, à Corte. dans les papiers du grand patriote.

Cette lettre est cmieuse. et parce qu'elle révèle les sentiments qui animaient alors son auteur, et parce qu'elle indique dans quel esprit était conçue l'histoire de la Corse à laquelle il travaillait depuis longtemps.

11 est indis[ieiisal)le de la connaître au moins dans ses parties principales.

En voici un extrait :

i( Général,

« ,1e naquis quand la patrie périssait. Trente mille l'Yaneais, vomis sur nos côtes, noyant le trône de la liberté dans des Ilots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards.

« Les cris du mourant, les gémissements de l'opprimé, les larmes du désespoir environnèrent mon berceau dès ma naissance.

(' Vous quittâtes notre ile. et avec vous dispai'i't l'espérance du bonheur: l'esclavage fut le prix de notre soirmission : accablés sous la triple chaîne du soldat, du It'giste et du percepteur d"im|ints, nos conqiatriotes vivent méprisés.

« Les traîtres à la patrie, les âmes viles que corrompit l'amour d'un gain sordide ont. poiu' se justifier, semé des calomnies contre le gouvernement national et contre votre personne en pai'ticulier. Les écrivains, les adoptant comme des vérités, les transmettent à la postérité.

« En les lisant, mon ardeur s'est échautfée. et j'ai résolu de dissi|)er ces brouillards, enfants de l'ignorance. Une étude connnencée de bonne heure de la langue franrai.-<e. de longues ol)servations et des mémoires

>ET1TE GAH.MSON

puisés dans les portefeuilles des patriotes la'ont mis à même d'espérer quelques succès... Je veux comparer votre administration avec l'administration actuelle... .le veux noircir du pinceau de l'infamie ceux qui ont

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