L:i.'(ilia llamoliiio. M de Buiiapaile, iiiriL dt
(Tableau du baron Gérard , reproduit d'après une g du musée du Louvre.)
vure de la chalcojjrapliie
trahi la cause commune... .le veux, au triliiiiial de l'opinion pul)li(pie, appeler ceux qui gouvernent, détailler leurs vexations, découvrir leurs sourdes menées, et, .-^'il est [tossibk'. intéresser le vertueux ministre qui gouverne l'État au sort dé[)lorable qui nous aftlige si cruellement.
« J'es])érais quelque temps pouvoir aller à Londres, vous exprimeriez sentiments que vous m'avez fait naître, et causer ensemble des malheurs (le 1.1 patrie; mais l"(''loignement y met obstacle : vicndni pent-rlro un Jour où je me ti'ouvorai à même de le traiicliii'.
« Je suis avec respect, géni'ral. votre très Imiiililc et très obéissant serviteur,
« Napoléon Buonai'ahif..
■• urnciiT ;ui n''gim<-nt d.- hi Krrc. '< Auxonne on Bourso.snc, le 12 juin l7.Si). .i
Si grand que tut son désir do revoir la Corse, Bonaparte ne put s'empêcher de passer quelque temps à Valence, où l'attiraient de bonnes amitiés et le souvenir d'une époque heureuse de son existence d'officier pauvre.
11 veut, chez ^Nlmo du Colombier, des discussions animées avec l'abbé de Saint-Rut.
Au coui's d'une de ces discussions, Talibé lui dit :
« Monsieur de Buonaparte, au train dont nous allons, chacun peut devenir roi à son tour. Loi-sque le vôtre viendra, accommodez-vous de la religion chrétienne, vous vous en trouverez liien.
— Monsieur Tabbé. répliqua l'officier, quand ce temps viendra, je vous ferai caixlinal. »
Pour cette fois, Bonaparte ne s'endoi'mit jias dans les délices do Valence.
« Je dois partir, dit-il avec fermeté à ses amis, qui essayaient de le letenir. D'abord, j'ai de mauvaises nouvelles de la santé de mon vieil oncle Lucien. Ensuite, il me semble que mon devoir est là-ltas. »
L'arrivée de l'officier causa une grande joie à sa famille, dont il était considéré comme le chef, malgré son âge. La fermeté de son caractère, la dignité de sa vie, ses succès scolaires, sa situation dans l'armée, avaient mis comme une auréole sur sa jeune tête.
Tout de suite Bonaparte se lança dans la politique, et, le 31 octobre. il signait, le premier, un document portant comme titre -.Adresse de plusieurs Corses à l'Assemblée nationale, dont la i-édaction lui est généi-alement attribuée et qui se terminait ainsi :
V Vous, les protectéui-s de la liberté, daignez quelquefois jeter un coup d'œil sur nous, qui en avons été jadis les plus ardents défenseurs. Nous avons tout perdu en la perdant, et nous n'avons trouvé, dans le titre de « vos compatriotes ». que l'avilissement et la tyrannie. Un i)euple
PETITE (iARNISON .'i.j
immense ntteiid de vous son lionheur. nous en faisons partie. Jetez un coup d'œil sur nous, ou nous périssons. »
La Corse n'avait point oublié Paoli. Le parti des patriotes, c'est-à-dire di'S liommes qui voulaient une Corse iijjre, se réclamait de lui.
Bonaparte alla vers les patriotes.
Le 23 janvier de l'an IL il écrivit à M. liultaiuoco, maréchal des camps, député de la noblesse corse à FAssemblée nationale constituante, une lettre datée de « son cabinet des Melelli » , dans laquelle il reprochait durement au député sa conduite envers Paoli. " De Boiiifacio au cap de Corse, d'Âjaccio à liastia. avait-il ('crit au d('liul de sa lettre, ce n'est qu'un chorus d"im|irécati()ns contre vous. Vus amis se cachent, vos parents vous désavouent, et le sage nii''me. qui ne st' laisse jamais maîtriser par Topinion populaire, est entraîné cette fois jiar l'effervescence générale. >> La lettre éUiit fort longue, et le ton allait crescendo, au fur et à mesinc (jue s'accumulaient les reproches.
lîonaparte accusait même clairement le représentant de vénalité.
« Vous n'aspirez pas à la réputation de Caton ou de Catinat... Dans un certain monde, il est convenu que celui qui peut avoir de l'argent sans en profiter est un nigaud. Or M. de Choiseul, qui était très libéral, ne vous permettait pas de lui résister, lorsque surtout votre ridicule patrie vous payait de vos services, selon sa plaisante coutume, de l'honneur de la servir. »
La lettre de Bonaparte fut soumise au ('.lidi patriotique d'Ajaccio, dont le président écrivit ce qui suit à l'auteur :
« Monsieur,
« Le Club patriotique, ayant pris connaissance de l'écrit où vous dévoilez, avec autant de finesse que de force et de vérité, les menées obscures de l'infâme Buttafuoco, en a voté l'impression. Il m'a chargé, par une délibération dont je vous envoie copie, de vous prier d'y doinier votre assentiment : il juge l'impression de cet écrit utile an bien public. C'est une raison qui ne vous permet point d'excuse.
(' Masskhia.
., Prrsideut du Cliil, |ii,triotii[uc. »
Bien qu'il se lïil mêlé activement aux luttes des partis, Napoléon n'obtenait pas les satisfactioirs sur lesquelles il avait secrètement compté.
Un |i(Mi (It'iiité, il s"einl»arqiia pour le continent, emmenant avec lui son iVère Louis, dont il voulait commencer riustrudion. ijuil voulait r\rver sur sa maigre solde de lieutenant.
Les charges de M"!'^ La'tilia ('laient lourdes, son reven\i plus qui" léger, et l'oncle Lucien ne (h'Iiait jias facilement les cordons de sa boiuse.
Il est à présumer que le désir d"aider sa mère ne lut pas ('lianger à la décision de Napoléon au sujet de son IVère Louis.
A la tin de janvier IT'.tO. Bonaparte arrivait à Valence, et immédiatement il s"v mêla au mouvement révolutionnaire, en assistant à la fédération qui eut lieu, dans cette ville. le 31 janvier.
On le vit chez toutes les persoinies (pTil coimaissait. dans tous les salons qu'il avait riiabitude île IVé'quenter. dans la plupart des réunions politiques. Pai'tout il discutait avec chaleur sur les événements du moment, et souvent il iirit la paiole en public.
Les affaires de la Corse l'intéressaient toujours vivement. Il lui semblait alors que son avenir était là-bas. dans son ile, et l'on peut, sans exagération, supposer qu'il se voyait alors dans ses rêves, non pas le roi peut-être, mais le chef suprême d'une Corse libre.
Il venait de s"y faire connaître; on y accolait volontiers son nom à celui de Paoli. et il se disait que iieut-être on l'y appellerait un jour, bientôt.
Ce rêve de ses vingt ans n'était jias sans grandeur.
Il attendit à Valence l'appel des patriotes corses; mais comme cet appel ne venait pas, comme les événements ne marchaient pas aussi vite qu'il l'avait espéré et que sa bourse se vidait, il prit le parti de rejoindre son r('giment à Auxonne.
11 arriva dans c-ette ville, le L^i' juin, avec son frère Louis, et y reprit sa vie simple et inodestt' d'oflicier jtauvre, lisant beaucoup, travaillant l)eaucoup, et pensant toujours à la Coi'se. cette terre vers laquelle allait son rêve.
Pour ne pas perdre le contact avec ceux qui. là-bas. pouvaient le désigner aux suffrages des patriotes, il fit imprimer à Dôle. chez ^L .Toly. sa lettre à ^I. Buttafuoco et en adressa un e.x.emplaire au club d'Ajaccio.
Il dut faire à cette occasion, avec son frère Louis, un certain nombre de voyages à Dôle. où il retrouva le Père Charles, son ancien aumônier de l^rienne.
Par le Père Charles, il entra en relations avec l'abbé Jantet. mathé-
PETITK (;ARNISUN '.7
maticien de premier ordic, dunt il gagna Tostime et qu'il étonna par l'étendue de ses connaissances, la profondeiu' de son raisonnement et l'originalité de ses idées.
« Ce jeune oflicier. disait souvent l'abbé, est appelé à de hautes destinées. 1)
L'abbé Jantet recul de l'.onaparte le rnainisci-it de la letti'c à Buttat'uoco.
Bonaparte habitait, à la caserne, une chauibre des plus modestes, dont le plus bel ornement (''tait sa malle à clous dorés; son frère couchait dans un cabinet communiquant avec cette chamltre. Le futur empereur des Français faisait souvent sa cuisine lui-même, cuisine fort simple, qui consistait généralement en nue l)onne soupe, où il mettait beau<'oup de légumes et de pain.
Une bonne femme ih' la ville, Mn« Tierce, s'occupait du ménage; mais il arriva plus d'une l'ois au jeune Louis de laver les assiettes et de balayer le plancher.
« Puisqu<' tu as lait le ménage aujourd'hui, disait aloi'S le grand frère, tu amas un problènje de moins. »
L'entant sautait de joie et. si son aine paraissait être de bonne humeur, il s'(''criait :
« Oh! allons nous promener, veux-tu? »
Rarement l'oHicier refusait, car il adorait toujours les [iromenades <-hampètres.
On s'expliquera aisément que Bonaparte ait tourné parfois ses regards vers la Corse, si l'on songe au peu d'avenir qu'il entrevoyait alors en France.
La réponse suivante qu'il fit à sa femme de ménage, le l*-''' janvier IT'.M . alors qu'elle lui prt'sentait ses vœux, est. à cet égard, assez tyjiique.
« Je désire vous voir im jour général, lui dit cette femme.
— Ah! ma bonne Thérèse, répondit l'officier en soupirant, je mv <'ontenterais bien de devenir commandant et n'en demanderais p,is davantage. »
Tl était, à cette date, le sixième lieutenant en second du régiment.
Un jour de ce mois de janvier IT'Jl, Bonaparte venait de patiner dans le fossé des fortifications, et, l'heure du diner approchant, il commençait à déboucler ses patins, lorsque deux de ses camarades qui passaient lui crièrent :
.',8 l.KPOPÉi: IMPÉRIALE
« Allons. BoiiMparte. encore un tour, et nous partirons ensemble!
— Ma foi, non. répondit-il avec un peu dhésitation. .le dois rentrer, mon frère m'attend. »
Ne pouvant l'entraîner, les deux olûciers s'élancèient. lapides. se tenant par la main.
Soudain il y eut un craquement pareil à un coup de canon : la glace venait de se rompre, engloutissant les deu.\ patineurs. Bonaparte frissonna malgré lui et murmura : c La mort, sans doute, ne m'attendait pas là. »
Le !«' avril ITUl. Bonaparte lut nonuné lieutenant en premier au régiment d'artillerie de Grenoble, qui tenait garnison à Valence et devenait le quatrième de l'arme.
Un règlement de même date dél)aptisait, en effet, les régiments daitillerie et leur donnait les numéros des bataillons et brigades dont ils avaient été successivement formés.
Le jeune officier avait demandé la garnison de Valence. Il était heureux de retourner dans cette ville, où il comptait de nombreux amis et où la vie lui avait été agréable et douce.
En quittant Auxonne. dans les derniers jours d'avril, il dit à son jeune frère :
« Nous allons vers le soleil! »