‹ L'épopée impérialeChapitre 15 sur 56 · DANS LA TOURMENTE SS · texte numérisé non relu

DANS LA TOURMENTE SS

Il partit aussit(")t avec son frère Louis, laissant la pauvre M"k Bou. tout en larmes.

Les deux frères arrivèrent à Ajaccio pour voir mourir leur grandoncle Lucien, qui s'éteignit dans la nuit du 15 au Ki octobre 1701, après avoir dit à Joseph :

« Tu es Tainé de la famille, mais Napoléon en est le chef; aie soin de t'en souvenir. »

Devant la Maison de>> Tètes, a Valence, le lienteuaut Bonaparte l'ail ses adieux à Montalivel, qui devint plus tard son ministre, et à .Marc .\iirel, imprimeur. (D'après le lableau de L. .\geron.

La disparition de l'oncle Lucien causa un gros chagrin à Napoléon, qui aimait beaucoup le digne vieillard. Pendant quelques jours il le pleura avec Mm^' Ltetitia; puis la politique le reprit tout entier, et il songea sérieusement à tenter la réalisation du rêve (lui le hantait depuis si longtemps et l'avait poussé une fois de plus à abandonner son i^égiment.

Le 17 juillet 1790, Paoli était rentré en Corse, après avoir été présentéà Louis XVI par M. de Lafayette, et on l'avait nommé commandant général des gardes nationales de l'Ile.

Napoléon rendit visite au grand patriote, en reçut un excellent accueil, et, dès lors, fut presque constamment à ses côtés, l'accompagnant dans ses promenades et dans ses tournées d'inspection.

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Le jeune officier cliarniait Paoli |i;ir sa coimaissance des liommes et des événements, rémerveillait jiar la iirtteté de son laisoniicment et la hardiesse de ses projets.

A Sainte- Hélène. Napoléon aimait à se rappeler cette époque de sa vie.

« Paoli, faisait- il. me frappait souvent sur la tète, en me disant : « — Vous êtes un des hommes de Plutarque. »

« 11 avait deviné, ajoutait l'empereur, qu'un jour je serais un homme extraordinaire. »

Le 14 janvier 17'.i2, le général Rossi . ([ui commandait en Corse, fut autorisé, sur sa demande, à nommer Bonaparte adjudant-major de Tun des quatre bataillons de volontaires nationaux que Ton organisait dans

nie.

Le G février suivant, le jeune officier était promu capitaine en second d'artillerie.

Il existait, à Ajaccio, deux clulis. dont l'un se réclamait de la politique avancée. Bonaparte entra dans celui-là, en devint un des orateurs les plus écoutés et s'efforça de nuire au cluh rival, dont les membres professaient des idées contraires aux sieimes.

Le 17 février il écrivait de Corse, à M. de Sucy, commissaire des guerres à Valence, une lettre de laquelle il ressort qu'il se préoccupait de sa situation au régiment.

« Des circonstances impérieuses, y disait-il, m'ont forcé à rester en Corse plus longtemps que ne l'auraient voulu les devoirs de mon emploi. Je le sens et n'ai cependant rien à me reprocher : des devoirs plus sacrés et plus chers me justifient.

« Aujourd'hui, cependant, je nie trouve plus lilne. j'aurais envie de venir vous i-ejoiudre; mais avant j'attendrai le conseil que vous inc donnerez.

(I A-t-on nommé à mon emploi et quelle démarche faudrait-il faire? »

Vers la fin de février. Bonaparte obtint le poste d'adjudant-major au 2e bataillon de volontaires.

Il annonce la nouvelle à M. de Sucy, commençant ainsi sa lettre :

« Dans ces circonstances difficiles, écrit-il. le poste d'honneur d'un Ijon Corse est de se trouver dans son pays... »

Bientôt après il fut nommé, à l'élection, lieutenant-colonel en second du Ijataillon.

Bonaparte, l'on n'en saurait douter, rêvait d'une Corse libre; mais il la voulait lil)re avec l'amitié de la France, une amitié étroite et protectrice.

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II avait appris à aimer sa nouvelle patrie; il connaissait la loyauté, la générosité de IVime française, et. à aucun piix, il n'eût accepté pour la Corse unt' .luIrc amitié, une .lutre piotcctinn i|Uf celle du grand pays auquel il devait d'être ce qu'il était.

Paoli, au contraire, ne connaissait la France <[ue \H:my l'avoir combattue, et toutes ses préférences allaient à l'Angleterre, où, proscrit, il venait de passer vingt années.

De plus, les idées de Paoli le portaient vers le parti de l'aristocratie, alors que Bonaparte allait, avec la fougue de s;i jeunesse ambitieuse, vers les partis opposés.

Ces deux hommes ne pouvaient s'entendre bii-n longtemps.

Le jeune officier effraya le vieux patriote, et des froissements, d'aljord légers, ne tardèrent pas à se produire entre eux.

Le lundi de Pâques, des jeunes gens d'Ajaccio jouaient aux quilles dans la rue de la ( latlK'drale, lorsque appaiurent ipielques cliasseiu's du 2e bataillon.

Les jeunes gens se mirent à ricaner, et les volontaires, croyant qu'on se moquait d'eux, renversèrent les quilles. Une dir^pute éclata, dégénérant rapidement en une véritable lialaille.

Les cris des combattants attirèrent un officier (pii, i»uur son malheur, passait par là.

Aussitôt rofficier se jeta dans la mêlée, criant :

(( Voyons, mes amis, est-ce que de braves Corses doivent se battre ainsi! »

Au même instant, fun des joueurs de quilles arma un pistolet et fit feu.

L'officier, frappé au front, s'écroula comme une masse.

Les volontaires, poussant des hurlements de rage, se rendirent à leur quartier et exécutèrent par les fenêtres une fusillade terrible. Deux ou trois bourgeois paisibles furent tués.

Prévenu de ce qui se passait. Bonaparte accourut et i)arvint à calmei' les volontaires.

Les adversaires politiques du jeune lieutenant-colonel s'emparèrent du fait, le dénaturèrent, et Bonaparte, accusé par Mario Peraldi, membre de rAsseml)lée législative, d'avoir ordonné à ses hommes de tirer sur le peuple, dut se rendre à Paiàs i)Oin' se justifier.

Dès son arrivée dans la capitale, en juin, l^îonaparte loua une petite chambre rue du Mail, i)nis il rendit visite à son ami l'-oinrienne.

Les deux amis se rencontrèrent alors pres<iue clia(|ue jour chez un

L'eï'OI'i:e iMi'i:aiAi

restaurateur de la rue Saint-llonoiv, prùs .In Palais-Royal, où B..uirienne payait légulièrement l,i note .oiiiniune. Bonaparte était vn effet si démuni d"argent. qu'il dut. à un moment donné, mettre sa montre en gage.

Le 20 juin, les jeunes gens vireut la population des iauboiu-gs se diriger sur les Tuileries, et Bonaparte, indigné, s'écria :

« Il fallait en ]»alayer quatre ou cinq cents avec du i-anon, et le reste

courrait encore. »

Au cours de la sanglaule journée du 10 août. Bonaparte pénétra dans le jardin des Tuileries, encombré de cadavres, et il conserva toujours le souvenir de l'horrible spectacle.

Il a dit à Sainte- Hélène :

« Jamais. de[)uis. aucun de mes champs de bataille ne me donna l'idée d'autant de cadavres que m'en présentèrent les masses des Suisses, soit que la petitesse du local en lit ressortir le nombre.

soit que ce fût le résultat de la première impression que j epi'ouvais en ce genre...

« Je parcourus les cales du voisinage de TAssemltlée. Partout l'irritation était extrême.

la rage était dans tous les cœurs, elle se montrait sur toutes les ligures... 11 fallait que tous ces lieux fussent journellement remplis des mêmes habitués; cai'. «luoique je n'eusse rien de particulier dans ma toilette, ou peut-être parce que mon visage était plus calme, il niT'tait aisé de voir que j'excitais maints regards hostiles et défiants, comme quelqu'un d'inconnu ou de suspect. ^> Le jeune officier, qui avait préparé soigneusement sa défense, n'eut aucune peine à confondre ses accusateurs et put facilement prouver qu'il avait réprimé le désordre d'Ajaccio.

En conséquence, il reçut l'ordre de retourner en Corse et dy reprendre son commandement.

Niipoleon Bonaparlc.

lieutenant-colonel an I" Ijataillon de la Corso, ei I D'après une gravure de la clialcograpliie dn musée du Lonvrc.)

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