‹ L'épopée impérialeChapitre 18 sur 56 · LES JOURS DIFFICILES · texte numérisé non relu

LES JOURS DIFFICILES

Au m<»is (le iii.ii 1794, mIois que l;i Terreur régniiit à P;u'is, nu Ri)bespierre, suspect à l;i Convention et ,iux jacobins, essayai!, en effrayant ses ennemis par la violence, de faire reculer l'orage qu'il devinait prochain, la famille Bonaparte villégiaturait au château de Salles, dont les bâtiments se dressaient dans la verdure et les Heurs, à un quart de lieue d'Antibes et à huit lieues de Nice.

Napoléon vint plusieurs fois jouii-, auprès des siens, du calme délicieux de cette retraite fleurie.

Un jour, il se promenait dans une allée pleine d'ombre avec Joseph et Lucien et paraissait préoccupé. Tout à <'oup sa face maigre s'éclaira d'un sourire, el il dit :

« Ah! si je voulais, je jiouriais partir demain pour Paiùs et vous établir tous là-bas.

— Comment cela? s'écrièrent ses frères.

— Eh bien, voilà: on m'offre la place d'Henriot. commandant de la garde nationale, et je dois doimei- ma réponse ce soir même. Qu'en dite.svons?

— Mais c'est la fortune!

— Cela, sans doute, vaut la peine qu'on y pense, reprit le général; mais il ne s'agirait pas de faire l'enthousiaste; il n'est pas si facile de sauver sa télé à Paris qu'ici. Robespierre jeune est honnête, mais son frère ne liadinc pas. Il faudrait le servir. Moi, soutenir cet homme! Non, jamais. Je sais combien je lui serais utile en remplaçant son imbécile de commandant de Paris, mais c'est ce que je ne veux pas être. Il n'est pas temps aujourd'hui; il n'y a de place honorable pour moi qu'à l'armée. Pi'enez patience, je commandoi-ai Paris plus tard. »

76 L'El'Ol'Ei: IMPEUIAI.i;

Napoléon parla ensuite à ses IVèies cUi n'giinc de la Teneur: puis il dit. à plusieuis re|)iises :

(I Qiriiai^-je laiic dans cette maudite galère? »

Son ])aili élait aiiV'té, et les prières de Robespierie jeune ne purent lui arracher un consentement dont Robespicriv aim' espérait le salut.

« Ma place est à Tai^mée et non ailleurs, i' lépomlait-il sans cesse.

Désolé, Robespieii-e partit pour l*aris avec sa sœur Charlotte.

Quelques semaines plus tard, le 'J thei-midor prouvait que le généial Bonaparte avait vu clair et avait été bien inspiré.

Le 13 juillet, le liénéral lecevait des représentants du peuple Tordre de se rendre à Gènes pour une mission d'ordre à la fois politique et militaire.

Cette mission fut de courte durée, et Bonaparte revint à Nice pour y ajqirendre les événements des journées de thermidor.

Il ne lut pas, sans une réelle émotion, le i-écit de la mort des deu.\ Robespierre et de leurs amis ou partisans.

« Robespierre aine, était-il dit dans ce récit, tenta de se faire sauter la cervelle; mais son pistolet lui fracassa seulement une partie de la mâchoire. Robespierre jeune se précipita de la corniche de l'hôtel de ville sur le pavé, sans pouvoir se donner la mort. Lebas se tua. Henriot. en cherchant à fuir, se laissa tomber dans une cour fangeuse, espèce d'égout d"où on ne le tira que pour le mener au supplice. Couthon fut trouvé sous un escalier, où il était blotti. Tous huent pour.suivis. arrêtés et conduits en prison. Robespierre aine passa la nuit étendu sur une table dans une des salles du Comité de salut public; au milieu des plus horribles souffrances, il parut calme et résigné. Le lendemain, 10 thermidor, il périt sur Féchafaud, avec son frère. Couthon, Saint- Just et di.\-huit municipaux. Le 11 thermidor, soixante-dix autres individus, tous municipaux ou membres du tribunal révolutionnaire, subirent le même sort. »

Bonaparte plaignit de tout cœur son ami Robespierre jeune, à qui il devait beaucoup. Sous le consulat, il fît obtenir une pension de trois mille six cents francs à Charlotte Robespierre, pension qui fut réduite à deux mille cent francs par Louis XVIII et à douze cents par Charles X.

La liaison de Bonaparte avec Robespierre jeune devait lui occasionner des ennuis graves, lui faire même courir un danger sérieux.

Le 6 août 1794 (lU thermidor), les représentants Albitte, Salicetti et La Porte informaient le Comité de salut public, par une lettre écrite à

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