MILLESIMO
brigade Banel, se sacrifiant héioïqiiemeut pour essayer de sauver Provera.
Ce sont les grenadiers piémontais du régiment de Montferrat, que vient d'amener au feu le colonel del Carretto et qu'entraînent les capitaines Albrione et Corte. D'autres compagnies se portent en soutien auprès des assiégés, tandis que les Croates de Gyulai garnissent le flanc de la colline.
Après une courte délibération entre Provera et del Carretto, toutes les troupes s'enferment dans le vieux château, au jiied duquel tomba, mortellement frappé, l'officier Rubin, de l'état-major croate.
Autour du vieux château, les pentes sont escarpées et entièrement nues. L'antique forteresse parait imprenable et peut soutenir un siège en règle; elle est occupée par de courageux soldats commandés par deux chefs de valeur: l'un, Provera, âgé, mais toujours vaillant; l'autre, del Carretto, jeune, ardent, intrépide.
Del Carretto, dès l'entrée, prit le commandement effectif et se hâta de mettre le château en état de défense.
« Songez, dit-il aux braves qui l'entouraient, songez qu'il faut vaincre ou mourir ici... Il n'y aurait qu'une autre solution, nous rendre... Je ne . veux même pas l'envisager. »
Six mille Français enveloppent la formidable forteresse. Bonaparte, attiré par le bruit de la fusillade, est accouru pour se rendre compte et se tient à cinq cents mètres de nos troupes, sur la hauteur de Monterala. Le général s'impatiente, car il veut se rendre auprès de Masséna pour préparer l'attaque de Dego.
La famine, il le sait, lui livrera bientôt les soldats de Provera et de Carretto; mais il lui répugne de devoir le succès à de tels procédés. Pourtant il contemple les talus sans abri, et il hésite.
Que de Français tomberont autour de ces murailles grises !
Sur son ordre, le général Banel s'avance en parlementaire vers les assiégés.
« Vous êtes cernés, dit-il, vous manquez de tout : jjosez les armes et rendez- vous aux soldats de la liberté! »
Provera consentirait volontiers à l'évacuation, pourvu qu'on le laissât sortir avec armes et bagages.
Mais del ( larretto se précipite et s'écrie :
« Sachez, général, que vous avez affaire aux grenadiers piémontais et qu'ils ne se rendent jamais ! d
I()(i L'Kl'OPEK IMI'KHIAl.i:
Puis. |iour em|it'choi- Provera de parler, il orduiiiif un loiilciueiit ilr laniltoui-.
Le liénéral Banal se retira, ne pouvant s'empêcher d'admirer rin'roïque jeune homme.
0 Eh bien! dit Bonaparte lorsqu'il connut la réponse faite à son parlementaire, enlevez- moi (;a ! »
L'entreprise est folle; cependant iJanel entraîne à Tassant la 18'' demibrigade.
Un feu terrible la rejette en bas des [)entes.
Bonaparte adresse alors à Provera une sommation écrite, dans laquelle il est dit :
« Vous êtes cerné de tous côtés, et votre résistance n'occasionnerait qu'un versement de sang sans aucun avantage. Si dans un quart d'heure vous ne vous rendez tous prisonniers, je ne ferai grâce à aucun. )>
Provera répondit qu'il ne traiterait qu'avec Bonaparte lui-même. Or le général en chef n'était plus là : le bruit d'une violente fusillade l'avait attiré vers un autre point du champ de bataille.
Augereau ne pouvait foire qu'une chose : ordonner l'assaut.
A quatre heures, trois colonnes montent vers la forteresse l'arme au bras : le spectacle est effrayant et grandiose.
Joubert pi'écède la première colonne, sur laquelle s'ajjat une pluie de ploml) et de pierre. Sept hommes seulement arrivent jusqu'à l'infernale muraille: mais à ce moment Joubert tombe, et ses hommes l'emportent, couvert de sang.
Alors la seconde colonne s'avance, au [las de charge, enlevée par le vaillant Banel. Une décharge éclate, la colonne disparait dans la fumée, et Banel s'abat, frappé mortellement
La troisième colonne avance à son tour, comme à la jiarade. guidée, entraînée par l'adjudant-général Quenin, un colosse, qui dépasse ses hommes de toute la tête. Nos soldats marchent sur les morts et sur les blessés, qui par centaines tapissent la pente. A son tour, la colonne fond sous les balles; son chef est tué net, frappé en plein cœur.
Nos soldats, devenus furieux, s'élancent alors sans ordre, sans commandement; des grenadiers s'accrochent aux palissades, tous poussant des rugissements affreux qui se mêlent aux cris horribles des blessés.
Trois cents morts et six cents blessés sont étendus dans l'heriie. que le sang rougit partout.
Dans la forteresse, les munitions devenaient rares: aussi les assiégée