MONDOVI
Ayant l)attu les Piémontais à Millesimo et les Autrichiens à Dego, Bonaparte se trouvait maître de la route de Turin, que suivaient les Piémontais en retraite, et de celle de Milan, que suivaient les Autrichiens.
Le jeune chef de l'armée française n'était pas homme à s'arrêter sur un succès et à laisser ses troupes dans l'inaction. En outre, il était très mécontent parce que Sérurier venait de subir un échec à San -Michèle, où nos soldats avaient dû plier devant l'armée sarde, et il tenait à faire oublier cet échec. Il estima qu'une olfensive audacieuse et immédiate s'imposait.
La discipline se relâchait de plus en plus dans notre armée, la maraude et le pillage continuaient; Bonaparte s'aperçut que des mesures énergiques devenaient indispensables. Il les prit sans hésiter et fit décider, dans un conseil de guerre, que tous les pillards, officiers ou soldats, seraient immédiatement fusillés devant les troupes.
Les soldats murmurèrent, disant : « Si l'on ne veut pas que nous pillions, qu'on nous nourrisse, qu'on nous habille, qu'on nous paye. »
L'on ne pouvait, hélas ! leur donner tort. Ces malheureux manquaient de tout.
Pour ne pas leur laisser le temps de se plaindre, leur général les jeta sur l'armée sarde, qui battait en retraite vers Vico, et qu'ils rencontrèrent à Mondovi.
Cette petite place, pourvue d'une ancienne citadelle, constituait une excellente position par les obstacles naturels accumulés de toutes parts autour des maisons basses.
Les troupes sardes étaient un peu éparpillées, — il est rare qu'une retraite n'amène pas de confusion et aussi un peu de découragement.