‹ L'épopée impérialeChapitre 29 sur 56 · MONDOVI · texte numérisé non relu

MONDOVI

Le 21 avril, les Fiangais attaquent sur tous les points en rnêrne temps.

Bonaparte, qui se trouvait au village de Lesegno, avait donné à tous des ordres précis et suivait attentivement la marche de ses colonnes.

Il lui fallait une victoire, et il la voulait éclatante.

« Nous devons écraser Colli, a-t-il dit à ses généraux; je compte sur vous tous. »

Sérurier, qui avait à regagner la l'avenr du maître, était décidé à faire

Batuille ilf ilondovi. (D'après Decauips.)

des prodiges. Les brigades Fiorella et Dommartin abordent Costa et Vico à la baïonnette, refoulent les tirailleurs ennemis et enlèvent les villages après un véritable siège; la brigade Guieu s'empare de San-Pietro et de la chapelle de San-Rocco.

Le canon tonne, la fusillade crépite, toutes nos troupes se ruent sur Vico dans un élan merveilleux ; les Piémontais sont presque cernés.

« En avant ! en avant ! »

Les officiers se montrent au premier rang, en pleine zone dangereuse. Bientôt une lutte acharnée s'engage dans le bourg, dont chaque maison devient une forteres.se. Le sang coule dans les rues, les jardins s'empUssent de morts et de blessés ; on se bat partout.

Dans la grand'rue, près de Téglise, les grenadiers royaux luttent en désespérés et tombent héroïquement sous les balles françaises. Dans certaines maisons de cette rue, on aperçoit des cadavres de soldats piémontais plies en deux sur Tentablement des fenêtres, et leur sang coule lentement le long des murailles.

Bonaparte a quitté Lesegno, et, passant la Cursaglia à Prata, a gagné le bric dalla Guardia , d'où il peut suivre l'action. Sa silhouette se découpe sur la muraille blanche de la chapelle de la Croix.

Pendant que la lutte se poursuit dans les rues de Vico, il fronce de temps à autre le sourcil; il trouve que cette lutte se prolonge beaucoup et n'est pas sans inquiétude.

Soudain, au moment où il donne des instructions à un officier d"'ordonnance, on entend de grands cris, une clameur formidable, et l"on voit les soldats de Colli qui, dans un désordre affreux, abandonnent Costa et Vico, poursuivis par Sérurier, qui marche, l'épée nue, en tête de sa troupe et fond sur les chasseurs piémontais à Canei.

Bonaparte respire : la victoire lui parait certaine.

Les corps ennemis encore en état de se liattre se sont réfugiés au Brichelto, large plateau situé sur le point culminant des hauteurs, et s'y maintiennent vigoureusement.

« Allons, les enfants, à l'assaut ! hurle Sérurier, qui, l'épée nue, s'élance le premier sur les pentes balayées par la mitraille.

— Vive le général! » répondent les soldats, qti'émerveille, que transporte l'admirable vaillance de leur chef.

Les défenseurs du plateau, des vaillants aussi, ont quatre canons et deux obusiers à leur disposition; les soldats iVançais sont refoulés par la mitraille et doivent redescendre la pente en sabritant dans les vignes.

Bientôt Bonaparte ordonne un nouvel assaut, auquel prendront part les colonnes Meynier et Sérurier.

Cette fois, nos soldats, dans un élan furieux, atteignent les lignes ennemies, semant la route de morts et de blessés.

« Les canons sont à nous ! » s'écrient les grenadiers.

Mais le général ennemi Dichat, un brave, fond sur eux à la baïonnette et les refoule jusqu'au bas de la colline. Les soldats de Meynier et de Sérurier reviennent à la charge. Toutes nos troupes à présent entourent le Brichetto; des canons ont pu être amenés par Sérurier jusqu'aux vignes qui font face au plateau. Les balles et la mitraille balayent la hauteur, les Piémontais perdent presque tous leurs officiers et commencent à plier. En voulant les retenir, Fhéroïque Dichat est frappé

d'une balle au front et expire entre les bras du sergent Franco. C'était fini.

Les Piémontais s'enfuirent, nous abandonnant le Brichetto.

Bonaparte y accourut aussitôt et donna des ordres pour fenvoi à Mondovi d'un parlementaire, dont les canons français pi'éparaient la mission en lançant quelques obus sur la ville.

A six heures et demie du soir, le général en chef de l'armée d'Italie reçut en grande pompe les clefs de la ville, pendant que Colli fuyait au milieu d'une armée considérablement réduite et complètement démoralisée, qui, par son indiscipline, donnait aux populations le plus triste des spectacles.

Bonaparte était délivré d'un ennemi, el déjà, infatigable, il pensait à marcher contre l'autre.

^biis, avant d'engager une lutte nouvelle, il voulut donner une sanction à ses victoires et signa, le 2(S avril, l'armistice de Cherasco. qui obligeait l'armée vaincue à déposer les armes.

Le 3 juin suivant, vm traité de paix donnait à la France la Savoie avec les comtés de Nice et de Tende, et ouvrait à Bonaparte les trois places fortes de Coni , Tortone et Alexandrie.

Dans une vibrante proclamation. Bonaparte put dire à ses soldats :

« Soldats, vous avez, en quinze jours, remporté six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquante-cinq pièces de canons, plusieurs places fortes, conquis la plus riche partie du Piémont: vous avez fait quinze mille prisonniers, tué ou blessé plus de dix mille hommes. »

Et il ajoutait :

« ]\Iais, soldats, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à nous... La patrie a le droit d'attendre de vous de grandes choses. Justiûerez-vous son attente ? »

Beaulieu, toujours redoutable, tenait encore la campagne avec des forces sérieuses et guettait l'armée française dans l'angle formé par la Sesia et le Pô.

Bonaparte entreprit un grand mouvement de conversion à droite, afin de permettre à son armée de franchir le Pô hors des atteintes de l'armée autrichienne.

Le 7 mai, le fleuve fut traversé, à Plaisance, par une grande partie de

l'année, et le reste suivit après plusieurs escarmouches, notamment à Codogno. où le brave La Harpe tomba frappé d'une balle au cœur.

Beaulieu. effrayé, battit en retraite sur l'Adda, tandis que Bonaparte suivait une ligne perpendiculaire à celle que parcouiait son adversaire.

Ils devaient fatalement se rencontrer.

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