‹ L'épopée impérialeChapitre 30 sur 56 · LODI · texte numérisé non relu

LODI

La matinée était splendide. Sous la caresse timide du soleil, des gouttes de rosée scintillaient dans la corolle de chaque fleur, à l'extrémité de chaque brin d'herbe; les oiseaux commençaient leur gai ramage; toutes les collines semblaient sortir d'une brume soyeuse que le soleil teintait de rose.

Lorsque le jour se leva sur la campagne humide et encore endormie, des cavaliers galopaient à travers champs, une poignée de cavaliers. C'était Bonaparte, suivi de son escorte, qui avait quitté Plaisance en pleine nuit pour se rendre à Casalpusterlengo.

Masséna et Kilmaine l'y attendaient, le premier sans sa division, qui avait traversé le Pô avec Jouliert, le secnnd avec la majeure partie de la cavalerie, qu"il commandait depuis la mort de Stengel.

Le général en chef envoya aussitôt ses deux lieutenants en reconnaissance, leur donnant Tordre de suivre l'ennemi le plus près pussible, mais sans se compromettre.

Ayant dicté en outre quelques autres ordres, Bonaparte se dirigea sur Zorlesco. Il y trouva l'avant-garde de Dallemagne et se mit à sa tète pour éclairer les environs de Lndi.

Bien que bâtie sur une petite hauteur et entourée de murailles de huit à neuf pieds, la place de Lodi était peu faite pour supporter un siège, et il était clair qu'une attaque sérieuse en aurait facilement raison.

Le 10 mai, des grenadiers autrichiens gardaient la chaussée sur la route de Plaisance ; ces soldats riaient et plaisantaient, lorsque des coups de leu éclatèrent. Les grenadiers sautèrent sur leurs armes et tirèrent à leur tour.

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Soudain ils entendirent le bi'uit d"un galop, puis des grondements sourds qui annonçaient l'arrivée de pièces d'artillerie. C'était la cavalerie française qui venait soutenir les tirailleurs d'infanterie et amenait quatre pièces légères. En même temps, Masséna et Augereau se dirigeaient vers Lodi par la route de Borghetto.

Uue nappe de plomb s'abattit sur les Autrichiens: il y eut de grands cris, des râles: la chaussée se couvrit de morts et de blessés.

Héroïques, les grenadiers de Beaulieu résistèrent à cette dangereuse tempête.

Leur cavalerie, qui voulut les secourir, rencontra Marmont. qui entraînait le 7e régiment de hussards. Il y eut un choc, une mêlée; des chevaux tombèrent, on entendit le liruit mat des sabres qui s'abattaient sur des harnais et sur des crânes.

Lannes. à la tête de ses grenadiers, prohta du désordre causé par la rencontre des deux cavaleries pour attaquer vigoureusement l'infanterie autrichienne.

Les cavaliers et les fantassins eimernis durent l'eculer.

On voulut fermer les portes de Lodi. mais il était trop tard: les fuyards s'engouffraient déjà dans la place et furent suivis par quelques grenadiers français. En même temps les soldats Galtier, Brachenet, Sulpice, Cabrai et Léon, de la 32e demi-brigade, escaladaient audacieusement les murailles et rouvrirent les portes, que lun venait enfin de fermer.

Les Auti-ichiens qui occupaient la ville étaient en train de faire la soupe. lorsqu'ils aperçurent les baïonnettes françaises.

Aussitôt les marmites sont abandonnées, et une lutte très vive s'engage.

« Nous mangerons la soujie des Autrichiens! » crient les grenadiers français.

Ils la mangèrent et ils la mangèrent chaude, car l'eiuieui ne tarda pas à fuir, poursuivi par les grenadieis de Dallemagne.

Une forte colonne ennemie, commandée par Sebottendorlï. se trouvait sur la rive gauche de l'Adda et commençait à s'ébranler pour prendre la route de Crema.^ Voyant la tournure que prenaient les événements, SebottendorfiF arrêta le mouvement commencé, établit son infonterie face à Lodi sur deux lignes parallèles et braqua six pièces de canon de façon à enfiler le pont, tandis que huit autres pièces, établies un peu plus en arrière, devaient croiser leurs feux sur ce pont.

Sebottendorff et son second, le major Malcamp, gendre de Beaulieu,

(D'après Raffet.)

espéraient ainsi clouer sur la rive droite du fleuve lionapcule et ses troupes.

Cetait bien peu connaître l'armée d'Italie et son chef.

Il était midi. Bonaparte ne disposait à cette heure que des troupes d'avant-garde et d'un peu de cavalerie, et il croyait avoir en face de lui toute l'armée de Beaulieu.

Cependant le général en chef n"hésita pas.

« Avec nos grenadiers et nos carabiniers, dit-il aux officiers qui IVntouraient. on peut tout entreprendre. Augereau arrive, Massénasera bientôt en vue... Allons-y ! D'abord, qu'on m'établisse deux pièces en face du pont, afin que les Autrichiens ne puissent pas les couper. »

Sous une grêle de balles, les pièces furent amenées à l'endroit fixé et mises en batterie.

Quelques planches vermoulues et mal jointes posées sur des pilotis, c'était là ce pont de Lodi que l'héroïsme des soldat's français a rendu à jamais célèbre.

Pendant plusieurs heures, au-dessus de ces planches, les canons français et autiichiens tonnèrent, échangeant leur mitraille sans autre résultat que de décapiter la statue de saint Jean Népomucène, patron de Lodi.

Bonaparte, qui suivait Taction du liant du campanile de Santa-Chiara, tenait avant tout à gagner du temps, afin de permettre à ses lieutenants d'arriver et à sa cavalerie de trouver un gué pour franchir l'Aflda.

Sous Tazur. la fumée des canons forme des nuages qui interceptent parfois les rayons du soleil, mettant comme une ombre triste sur le riant paysage.

Derrière les murailles de la place, nos vaillants soldats attendent avec impatience le moment d'entrer en ligne, de marcher à la mort.

De temps à autre Bonaparte parcourt les rangs et s'entretient familièrement avec ces braves, en prononçant des paroles arflentes qui élèvent les cœurs.

Vers cinq heures, on annonce Tarrivéo de la première colonne de Masséna, commandée par Cervoni.

Bonaparte alors fait un geste.

La charge !

Les tambours i^oulent: un grand frisson secoue n-js soldats, un frisson d'orgueil et (l'héroïsme.

Les 27e et 29e légères, enlevées par Dupas, un colosse, s"élancent sur le pont que balaye la mitraille.

« En avant ! » rugit Dupas, qui est beau comme un dieu.

Le pont se couvre aussitôt de morts et de blessés, nos grenadiers vont reculer.

Alors Bonap-:irte assiste à un spectacle vraiment superbe, qui l'émeut profondément.

.\ux cotés de Lupas, qui l'este presque seul sous la rafale de fer et de plomb, se précipitent Masséna et ses aides de camp, Lautour et Reille, Lannes, Berthier, Monnier, Cervoni. Ces héros marchent sur les morts et sur les blessés, ils sont aveuglés par la fumée. Autour d'eux, la mort frappe sans relâche, et pourtant ils ne reculent jias. C'est effrayant et sublime.

Soudain des grenadiers s'aperçoivent qu'un banc de sable coupe le lit du fleuve; ils se laissent glisser le long des pilotis, traversent le fleuve à gué et tombent sur le flanc des Autrichiens.

Cette diversion permet à ceux qui sont sur le pont de travei-ser à leur tour; ils foncent sur l'ennemi, massacrent les fantassins et vont tuer les artilleurs sur leurs pièces.

Malheureusement la cavalerie de Beaumont, que lîon.iparte attendait , n'apparait pas.

Mais voici le chef d'escadron Ordener. avec trois cents cavaliers; il

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