‹ L'épopée impérialeChapitre 37 sur 56 · MALTE · texte numérisé non relu

MALTE

Le 3 prairial an VI (22 mai 1798), une scène grandiose se déroulait à l'est de l'Ile de Corse, sur la mer tranquille qui bleuissait à perte de vue.

Dans l'or éclatant d"un radieux soleil, Fescadre de l'amiral Brueys, qui conduisait en Egypte l'armée de Bonaparte, était rangée en ligne de bataille. Quinze vaisseaux, treize frégates, quatre avisos, douze chaloupes et deux cents bâtiments de transport profilaient leurs silhouettes sur l'azur ensoleillé.

Tout à coup, un vaisseau de cent vingt canons, VOrient. se détacha <le la ligne : une musique militaire éveilla les échos des montagnes lointaines, le canon tonna, des acclamations éclatèrent.

L'Orient, glissant majestueusement sur l'onde, passa lentement devant les autres bâtiments, salué par le tonnerre des canons et par les hourras des soldats et des marins.

A la galerie du vaisseau, on apercevait, dans une éclaboussure de soleil. la silhouette meiuie de Bonaparte.

Le général avait voulu, avant le dépnrt, se montrer à ces soldats au.xquels il dcnait tant cl (pii allaicni (Vieillir pour lui de nouveaux lauriers.

Des savanls, des artistes, qui accompagnaient nos soldats, mêlaient

leurs ;iccl;iiii;iti()iis à celles des équipages. Parmi les hommes iliusti-es qui entouraient Bonaparte sur le pont de VOrient, on se montrait Monge, Méchain, Berthollet. (iedtïroy Saint-Hilaire, Desgenettes, Larrcy. et bien d'autres f{ue l'amour de l'art ou de la science entraînait vers la terre d'Egypte.

Trois jours plus tard, l'escadre doublait le cap de Bonil'acio et virait de bord pour attendre quelques bâtiments de transport venant d"Ajaccio.

Bonaparte contempla les montagnes sauvages qui lui rappelaient son enfance un peu triste, les chères montagnes dont il avait si souvent rêvé dans son petit lit de Brienne.

Un soupir souleva sa poitrine, il eut un geste vague, puis il détourna la tête et porta ses regards sur un groupe de grenadiers d'Arcole et de Rivoli.

C'était la réalité (]ui se dressait, à ses yeux, devant les souvenirs d'autrefois. Le ])assé n'avait plus d'attr.iil |iiini' lui.

-Il allait vers sa (U'stinée.

Le 19 prairial, l'amiral Brueys donna Tordre de forcer les voiles et de piquer droit sur ^lalte, et les troupes apprirent avec joie qu'on allait prendre, en passant, cette ville cpii semblait imprenable.

Le 21, l'escadre fit plusieurs évolutions pour se placer devant la rade; un parlementaire fut envoyé au grand maître, et les vaisseaux approchèrent de la terre.

Le parlementaire ayant rapporté une réponse négative, on dut se préparer au combat.

En pleine nuit, le ciel fut illuminé pai' des milliers de fusées lancées du vaisseau-amiral, des fanaux furent hissés au sommet de tous les mâts. On eût dit un feu d'artifice.

Les soldats, émerveillés par le spectacle, battaient des mains et ])Oussaient des exclamations joyeuses.

Le 22, à deux heures du matin, Bonaparte fit débarquer huit mille hommes, se mit à leur tète, et, repoussant des tirailleurs maltais, s'em- ])ara de deux tours.

Le 23. jtendant une suspension d'armes, la cour de la ( Irande Chevalerie envoya un parlementaire au général français.

« .le vous dorme jusqu'à demain pour réfléchir, dit Bonaparte; et si, à deux heures, vous ne vous êtes pas rendus, je mets la ville à feu et à sang. »

La menace produisit son effet : le lendemain, Malte ouvrait ses

le Je Malle. (D'après Giulin.)

portes . à nos soldats, qui y lurent très l)ien accueillis par la population.

Les Français ne pouvaient se lasser de contempler la citadelle hérissée de quatre rangées de batteries, les formidables remparts, les tours crénelées et mille autres ouvrages de fortillcation aux formes étranges élevés sur les gradins gigantesques d'un amphithéâtre que bordaient des roches sauvages sans cesse martelées par les flots.

Dans cette ville si facile à défendre et dont la garnison, pourtant, navait pas osé nous résister, devant la formidable forteresse, des l)als furent organisés en l'honneur des Français.

Nos soldats passèrent cinq jours à Malte, et ce fut, dans leur rude et pénible existence, une période de plaisir et de repos.

Pendant que ses soldats s'amusaient et se reposaient, Bonaparte travaillait.

Il abolit l'ordre de Saint-.lean. alfrancliit six cents esclaves, créa des écoles et donna une constitutiDU à bile.

Les troupes liançaises quittèrent à regret ce séjour enchanteur où la population, heureuse d'être débarrassée du gouvernement des chevalieis, leur faisait fête. Ceux qui pai'taient enviaient le sort de la

130 L'EPOPEE IMPEIUALE

80c dcnii-brigadc. que le général en chef laissiiil dans l'ile sous le commandement de Vaubois.

Bonaparte les consola par un ordre du joiu- où il disait : « Soldats, la première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre; nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs dignes d"cN.citer 1 ennilation des Français. »

ALEXANDRIE ET LES PYRAMIDES

Le beau temps persistait, la traversée était délicieuse; les soldats ne pouvaient se lasser d'admirer la mer frissonnante (jui les portait et qui se fondait, à Fliorizou, dans le bleu profond d'un ciel superbe.

Bonaparte manifestait pourtant une certaine impatience.

Il savait que la flotte anglaise, commandée par Nelson, croisait dans la Méditerranée, chercliant l'escadre française povu' l'attaquer et l'empêcber de passer.

Le danger était sérieux.

^lais aucune voile ne se montra, et nos vaisseaux arrivèrent sans incident en vue d'Alexandiie.

Ce fut une joie pour tous.

On apercevait, dans le lointain, une énorme masse cylindrique qui semblait suspendue dans les airs et que les savants nommèrent : c'était la colonne Pompée. Le monument se dressait dans la lumière imprécise et décolorée du ciel d'Orient comme pour rappeler un passé glorieux, comme pour indiquer l'emplacement de la cité bâtie par Alexandre, qui compta parini les plus belles villes du monde.

Bonaparte ayant vainement offert son alliance au pacha, nos troupes débarquèrent de nuit, le L-'' juillet, et eurent à soutenir un petit combat d'avant- postes qui nous coûta quelques hommes, dont les têtes furent promenées dans les rues de la ville.

Le général en chef monta sur la colonne Pompée et put constater qu'on mettait la place en état de défense.

Par son ordre, plusieurs pièces sont alors mises en batterie et corn-

meneent le leu afin (rouvrir quelques brèches et de démoraliser le défenseurs.

Bonaparte charge enfin Kléber, Menou et lion d'enlever Alexandrie.

Les roulements endiablés des tambours qui battent la charge se mêlent aussitôt au bruit des canons, les soldats poussent de joyeux hourras pendant que les colonnes se forment à la hâte; puis, généraux en tète, une véritable trombe humaine roule vers la ville, dans la coulée d'or du soleil.

La i-ésistance fut courte: le 2 juillet, à midi, les Fran(;ais [irenaient possession d'Alexandrie.

Kléber, atteint d'une balle au crâne, toudja devant la colonne Pompée; sa blessure, heureusement, n'était pas dangei^euse.

Deux cents hommes à peine avaient été mis hors de combat. Nos soldats visitèrent alors cette cité de rêve et de légende, contemplant avec émotion le beau phare construit par Ptolémée Philadelphe, qui passa pour une des sept merveilles du monde; les bains de Cléopâtre, situés au fond du grand port; les citernes de Dinocratès.

Bonaparte laissa Kléber dans la place avec neuf mille hommes et une bonne partie de l'artillerie, il organisa une flottille qui devait suivre l'armée en remontant le Nil, puis il s'enfonça dans le désert de Damanhour. où d'horribles souffrances attendaient ses soldats.

Une plaine immense, (jui parait sans boi-nes, où Ton n'aperçoit pas un abri, pas un brin d'herbe; une plaine désolée, dont le sol jaunâtre se fend Sous la morsure d'un implacable soleil et brûle le pied audacieux qui le foule; une plaine silencieuse, où l'on n'entend que le bruit de la terre qui craque et se déchire.

C'est le désert de Damanhour.

Clans ce désert, — dans cette fournaise. — manquant d'eau, manquant de pain, manquant de tout, les glorieux soldats d'Italie mai'chent comme en rêve, ne retrouvant un peu d'énergie que poui' maudire et leui- général et le Directoire.

Chacune des douloureuses étajies de la route est marquée par des cadavres; des hommes deviennent fous, quelques-uns se suicident en présence de Bonaparte.

Le général partage toutes les misères de ses soldats; comme eux, il soutïre de la soif et de la faim.

Mais, alors que des officiers comme Lannes et Murât se laissent aller au découragemeat . il conserve, lui. toute son énergie.

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Souvent il passe dans les rangs, cause familièrement avec les hommes, les console, les encourage.

La cavalerie ennemie harcèle sans cesse nos colonnes, à chaque instant il faut se défendre alors qu'on a peine à se traîner. Malheur à l'infortuné qui reste en arrière! malheur aux fractions de corps qui s'écartent du gros des troupes! Les prisonniers sont mis à mort après avoir suhi d'affreuses tortures, et leurs tètes deviemient poui- les mamelouks de véritahles trophées.

Si Bonaparte entend des plaintes nombreuses, s'il est obligé de supporter souvent des actes d'indiscipline, il lui arrive, en revanche, d'enregistrer des actes de dévouement admirables qui le consolent de bien des choses.

Souvent aussi, certains de ses vieux et lidèles grenadiers lui donnent des preuves d'affection (pii le touchent vivement.

Un jour le soleil, pins mauvais encore que de coutume, menaçait de faire éclater les crânes, les hommes tombaient à chaque pas sur le sol brûlant; la plupart eussent donné tout ce qu'ils possédaient, leiu' vie même, poui- une goutte d'eau.

l'yramidc^, Il jiullul i7!)S. (Tableau de Crûs, n'iuod de la chalcographie du musée du Louvre.

Le général soulfrait comme les autres; pour la première fois il sentait laiblii' son courage, une soif ardente le torturait. Soudain il se sent tiié doucement par la manche, et un grenadier lui glisse dans la main une petite fiole qui contient un peu de café.

« Non, non, fait le général ému. tu en as plus besoin que moi.

— Votre vie est plus précieuse que la mienne, réjjond le grenadier; et jiuis je n'ai pas soif. »

Bonaparte, alors, absorba le contenu de la bouteille.

Quelques années plus tard il se souvint : le grenadiei' de Dauianhour reçut le lirevel d'oflicier et l'une des premières croix de la Légion d'honneur.

L'armée sortit enfin de la plaine de feu; mais ce fut pour rencontrer sur la rive du Nil, auprès de Ramanieh, les mamelouks et les Bédouins au nombre de deux mille environ.

Desaix forma sa division en carré et, par des feux bien dirigés, mit l'ennemi en fuite.

Les troupes françaises enflèrent dans le village de Ramanieh. dont les jardins, quoique sans ombrage, étaient verts et riants, et où abondaient les melons d'eau, les rafraîchissantes pastèques et de succulents oignons.

Là, Bonaparte apprit que Mourad-Bey s'avançait avec son armée.

Bientôt la flottille qui avait remonté le Nil commençait les hostilités en ouvrant un feu terrible.

Le général en chef fit alors marcher toutes ses divisions en ordre de bataille; puis, auprès de Chébreis, il forma des carrés avec du canon aux angles. Gomme à Ramanieh, l'ennemi se dispersa sous les feux de ces carrés, laissant de nombreux morts sur le sol brûlant.

Mourad-Bey s'était retiré vers le (Jaire et se préparait pour une grande bataille.

Le 20 juillet, dans le poudroiement d'une lumière d'apothéose, l'armée française aperçut les Pyramides.

On parlait depuis longtemps, le soir, au campement, de ces monuments célèbres, auxquels s'attache le souvenir d'un lointain et fabuleux passé.

Lorsqu'ils se dressèrent, habillés d'azur et de soleil, devant les soldats français, un long frémissement parcourut les rangs, et liien des misères furent oubliées.

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Aux yeux de nos soldats, ces monuments gigantesques matérialisaient, si l'on ose s'exprimer ainsi, l'àme même de r(Jrient, l'âme mystérieuse de cette terre de rêve où des civilisations ont fleuri, où elles sont mortes sans laisser d'autres traces que les ruines de quelques temples, des blocs de granit et des sarcophages.

Bonaparte, ému lui-même, ajouta encore à l'émotion pieuse qui immobilisait son armée en prononçant des paroles enflammées que ses premiers historiens ont condensées sous cette forme lapidaire :

« Soldats, songez que, du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent! »

Le 21 juillet, l'armée de Mourad, augmentée des troupes d'Ibrahim, avait pris position sur la rive gauche du Nil, entre Embaleh et les Pyramides, ayant derrière elle le fleuve et la vallée du Caire.

« Ces troupes, a écrit un of'iicier français, étaient si belles et si l)rillantes, qu'on eût cru voir des anges couvi^ant les bords du Nil.

« Comme nous, elles l)rùlaient d'envie de combattre et de vaincre.

« L'orage grondait sur les bataillons.

« Les chevaux indomptables de l'Egypte frappent le sol, les mamelouks s'élancent dans un nuage de poussière.

i< Quatre mille coursiers frémissants blanchissent leiu' frein de sueur et d'écume; ils sont abandonnés à toute la fureur qui les anime.

« Mourad-Bey nous charge comme un général désespéré. »

Pour les Français, il fallait vaincre ou mourir.

Vaincus, ils étaient rejefés dans le désert affreux où tant de braves déjà avaient trouvé la mort, où tous avaient souffert comme des damnés.

Le souvenir seul de ces souffrances, s'il en avait été besoin, les eût conduits à l'héroïsme.

Les mamelouks arrivent en trombe, vraiment superbes sous leurs merveilleux uniformes, dont le soleil fait scintiller les broderies d'or piquées de pierres précieuses.

Mais la trombe se heurte à une muiaille humaine, aussi ferme que le granit des Pyramides, que hérissent des baïonnettes et que trouent çà et là des canons menaçants.

Les fusils et les canons crachent leurs balles et leur mitraille : des chevaux et des hommes roulent dans la poussière; les magnifiques cavaliers de Mourad tourbillonnent sous les volutes de fumée, reculent pour revenir aussitôt, et s'enferrent sur les baïonnettes lorsqu'une balle ne les arrête pas en route.

136 i;epopi;e imi'kriale

Ces ennemis sont dignes des soldats de Bonaparte.

Une batterie de trente canons nous gênait.

Le général Bon met Fépée à la main, se place en trte de sa division, et, sans un commandement, sûr d'être suivi, fonce sur la batterie, que traverse toute la division avant de tomber sur Mourad.

La belle résistance de Desaix et de Reynier, sur un autre point, permet à Dugua de se glisser entre Desaix et le Nil et de couper l'ennemi d'Embaleh et du fleuve.

Mourad doit se replier sur Giseli, tandis que les cavaliers qui opèrent autour d'Embaleh, cernés par Bon, Menou et Dugua, sont obligés de se jeter dans le fleuve et de le traverser sous les balles et la mitraille.

L'armée fi'anraise eut deux cents hommes hors de combat.

Plus de quinze cents cadavres de mamelouks joncliaieiit le chani[) de bataille ou roulaient dans les Ilots bleus du Nil.

Mourad-Bey possédait à Giseh, en face du vieux Caire, un liùtel magnifique qui lui servait de résidence d'été. Les Français en firent un hôpital.

Le i thermidor (22 juillet), les divisions françaises pénétrèrent au Caire, à la grande joie des soldats, qui croyaient y trouver la fin de leurs souffrances et de leurs misères. La femme légitime de Mourad-Bey était restée dans la ville, où elle jouissait d'une ti'ès grande autorité; elle s'était montrée favorable aux Européens et avait empêché le peuple de massacrer, avant l'arrivée des troupes françaises, ceux qui résidaient au Caire. Bonaparte pénétra dans la ville avec ses divisions, ayant laissé à Desaix le soin de poursuivre l'ennemi.

Il se logea dans une maison de la place Ezhehieh. Les généraux, les commissaires et ordomiateurs installèrent leurs services dans un hôtel de la même place.

Le général en chef s'empressa de fortifier la ville, qui n'était défendue que par une citadelle délabrée, où se voyait encore l'aigle des Bomains et dont la partie la plus curieuse était un riant salon soutenu par douze colonnes d'un granit parfaitement poli.

11 fit bâtir sur les collines qui dominaient la ville un certain nombre d'ouvrages; le fort Kléber défendit la porte de la Victoire.

Il lui fallait, en effet, intimider la population.

Bonaparte résolut alors de poursuivre Mourad, de marcher sur Ibrahim, vers la Syrie, et d'occuper la branche de Damiette. Il envoya sur le

ALEXANDRIE ET LES PYRAMIDES

Nil la 'i5« demi -brigade, cûminandée par le généra! Vial, qui laissa en passant cent cinquante hommes à Mansoura.

Un terrible événement se produisit à ce moment : notre escadre, attaquée par Nelson devant Aboukir, le 14 thermidor, fut complètement détruite, à l'exception des vaisseaux le Généreux et le Guillaume Tell, et de deux frégates, qui purent gagner Malte. L'amiral Brueys avait été coupé en deux, sur VOrient, par un boulet.

Entrûe ilo Boiiain

Les Français se trouvaient. [)Our ainsi dire, prisonniers en Egypte.

« II faut mourir ici. s'écria Bonaparte, ou en sortir grands comme les anciens! »

Desaix, lancé à la poursuite de Mourad. s'était emparé de Medinet, avait battu l'ennemi à Keneh et à Benouth et s'était avancé au delà de Thèljes. s'imposant par la noblesse de son caractère à l'admiration des Arabes, qui le surnommaient le « Sultan juste ».

Bonaparte, de son côté, cherchait à s'attacher les populations en respectant leur religion, leurs mœurs et leurs coutumes. FI essayait même de frapper les esprits en se donnant comme un envoyé du Pro|ihète. et il salua le nom d'AUali dans la grande pyramide de Chéops.

Il s'ocrupu également de l'organisation administrative de ce fertile pays. Par ses soins, Timpôt fut perçu régulièrement et surtout honnêtement; il institua l'enregistrement, supprima les peines coiporelles et réforma la justice.

En même temps, il essaya d'appliquer les ressources du pays à l'organisation de son armée et créa un régiment de dromadaires qui rendit de giands services.

Il voulut aussi s'occuper des arts et des sciences et créa VInstitut (ïÉgijpte, qui tint sa premièi^e séance le 23 août 1798, sous la présidence de Monge, dans le palais d'Hassan. Bonaparte fut vice- président de cette assemblée, qui eut Fourrier comme secrétaire perpétuel.

La Porte, ne se jugeant pas assez forte pour parler haut, avait laissé occuper l'Egypte sans protester.

Mais, après le désastre naval d'Aboukir, FAngleteiTe et la Russie firent à Sélini II F des promesses qui engagèrent le Divan à déclarer la guerre.

Deux armées se formèrent, l'une à Damas, l'autre à Rhodes, et, par une proclamation, le sultan engagea l'Egypte à se soulever.

Le 30 vendémiaire, la révolte éclate au Caire, les Arabes y massacrent tous les Français qu'ils peuvent rencontrer et pillent la maison de l'étatmajor.

Aussitôt on court aux armes, nos soldats s'élancent au pas de charge, baïonnettes au canon, font un massacre général dans les rues et refoulent plus de six mille fuyards dans la grande mosquée.

Bonaparte fit bombarder l'édifice pendant toute une nuit, et il allait le faire sauter, lorsque le grand prêtre sollicita un généreux pardon.

Le général en chef, qui voulait ramener le peuple à lui. accorda le pardon malgi'é les murmures de ses soldats et se montra aussi clément qu'il lui était possible.

Loisqu'il eut apaisé la révolte, il se préoccupa de la situation que lui créaient les armements de la Porte.

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