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LA GUERRE EN PALESTINE

Un événement se produisit alors qui remit tout en cause : l'escadre anglaise de Sydney-Smith, après avoir enlevé trois bâtiments chargés de munitions, ravitailla la ville.

Bonaparte trouva en outre devant lui un de ses anciens camarades de Brienne, Phélippeaux, qui avait dû fuir la France à la suite d'une conspiration et otïrit ses services à Djezzar.

Enfin, il apprit que l'armée tiu-que, rnssemhlée à Damas sous les ordies du pacha Abdallah, s'avani^ait à son tour.

Presque chaque jour, Djezzar organisait des sorties et nous faisait éprouver parfois des pertes sérieuses. La nuit, les assiégés allumaient des feux en haut des tours, sur les remparts et à l'extrémité des minarets.

Nos boulets faisaient de grands ravages dans la ville, et le peuple dut camper sur les places publiques. Pour se venger, Djezzar fit trancher la tête à tous les commerçants français qui se trouvaient à Saint-Jeand'Acre.

Ce jour-là, les grenadiers des 18*-' et 32^ se portèrent sous les remparts et se cachèrent derrière des aqueducs jusqu'au lendemain.

Au point du jour, nos canons ouvrent un feu d'enfer contre la grande tour, et les sapeurs du généial CalTarelli la minent sous une pluie de fer et de feu.

Reddition de Jall'a. (D'après une lilhogiaphie de Hallet.)

Soudain une détonation formidable ébranle le sol : la mine vient d'éclater, une brèche est ouverte dans l'épaisse muraille.

Le général Laugier s'élance, une échelle à la main, et crie :

« A moi . mes braves ! »

Laugier, héroïque, monte à l'assaut. La mort l'ait l'age, les cadavres roulent sur la muraille: le général avance toujours.

Mais un ennemi réussit à le frapper, il tombe à son tour et rend le dernier soupir sur un monceau de cadavres.

Malgi'é les ellbrts héroïques de Kléber. l'assaut fut repoussé.

Une autre attaque fut tentée peu après, et les Français s'élancèrent à l'assaut après avoir épuisé leurs boulets; mais ils ne purent parvenir à enlever la ville.

Il fallait faire face à l'armée de Damas, car nous allions nous trouver plis entre deux feux.

Bonaparte n'iiésita pas à aller au-devant de cette armée.

Murât battit son avant-garde à Jacoub et à ïibériade, pendant que Junot, avec trois cents fantassins et cent cavaliers, remportait un brillant succès à Nazareth contre plus de trois mille cavaliers.

Ce combat fut vraiment héroïque.

Lorsque arriva sur notre poignée d'hommes la trombe des Ottomans, les dragons crièrent : « Grenadiers, jusqu'à la mort! »

Les grenadiers répondirent : « Dragons, jusqu'à la mort! »

L'affaire ne finit qu'à la nuit. La plupart des soldats français étaient blessés; mais des centaines de cadavres couvraient devant eux ce sol dont ils devenaient les maîtres.

Après ce succès, hélas! sans grande portée. Junot rejoignit Kléliei-, et tous deux furent encore victorieux à Loubyeh, mais se virent cernés le 27 germinal dans la plaine que domine le mont Thabor.

Bonaparte accourut au secours de ses deux généraux avec la division Bon.

Kléber luttait depuis des heures à la tète de quinze cents hommes.

Soudain, un coup de canon lui annonce du renfort. Au même instant

un obus éclate entre deux escadrons ennemis qui s'écartent, et Kléber

aperçoit Bonaparte enveloppé dans un nuage de poussière.

Ses hommes poussent des cris de joie.

« Que trois cents hommes, s'écrie Kléber, marchent sur la redoute! »

Trois cents baïonnettes brillent aussitôt, et, dans un élan furieux, les retranchements ennemis sont enlevés au moment où Bonaparte entre en scène.

LA GUERHE EN PALESTINE lf,3

Une formidable décharge éidate : les cavaliers du pacha se jettent les uns sur les autres dans un désordi-e aflVeux; les chevaux trébuchent sur des cadavres, s'abattent, se relèvent, et, poussés par leurs cavaliers affolés, gagnent le Jourdain qu'ils traversent.

Kléber, pendant ce temps, écrasait les fantassins, et Murât débloquait le fort de Saffet.

L'armée de Damas était détruite, mais les Français n'avaient plus de munitions.

Bonaparte revient alors devant Saint- Jean-d' Acre; mais il n'était pas possible, sans munitions, de pousser les travaux du siège.

Pour se procurer des boulets, on employait un stratagème des plus curieux.

Nos soldats faisaient, par petits groupes, des évokitions vers le rivage. Aussitôt Sydney-Smith tirait sur eux de toutes ses pièces. Les soldats français couraient alors après les projectiles de l'escadi-o anglaise qui s'enfonçaient dans le sable.

On les leur achetait au tarif suivant : vingt sous pour un boulet de 36, quinze sous pour un boulet de 10, dix sous pour un boulet de 8.

Les assiégés étaient repoussés lors de toutes leurs sorties; mais, derrière les murailles, ils résistaient à toutes les attaques de l'armée française.

Nous avions déjà perdu les généraux Clalïarelli et Rambaud. Dans un dernier et suprême assaut, les généraux Bon, Fouler et,Venoux succombèrent également; Croisier. Arrighi, Duroc. Eugène de Beauharnais furent grièvement blessés.

Bonaparte résolut d'abandonner ce siège qui lui coûtait si cher, et l'armée leva le camp dans la nuit du i'i- au 2 prairial. La lu-oclamation suivante expliquait ce départ :

« L'Egypte est menacée par nos ennemis de l'Occident. Que ferionsnous d'une place ravagée par la peste? Volons à de nouvelles victoires! »

Les maladies avaient enlevé trois mille hommes à l'armée; deux mille avaient été tués ou blessés au cours des sorties, batailles et assauts.

A son entrée en Palestine, l'armée do Bonaparte comptait treize mille hommes environ.

Huit mille seulement en sortirent.

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