LE VOL DE L'AIGLE
Les soldats de Bonaparte eurent à souffrir encore dans les sables du désert de Syrie; mais la joie que leur causait le retour en Egypte les aida puissamment à supporter ces souffrances. Par une tempérât ui-e de 43o à l'ombre, ils trouvaient la force de plaisanter.
C'est qu'ils fuyaient une terrible maladie : la peste. Le redoutable fléau faisait trembler ces braves, qui tant de lois avaient vu la mort de près dans les combats.
Le général en chef ne craignit pas, en passant à .Jaffa, de visiter les malheureux pestiférés. Ce fut pour lui un spectacle cruel, et il dut se raidir pour essayer de consoler ces moribonds, pour tromper leur agonie en leur faisant espérer un prompt retour dans leur patrie, en leur parlant de cette France qu'ils aimaient tant et qu'ils ne devaient plus revoir.
Lorsque les tours et les minarets du Caire leur apparurent, enveloppés d'une lumière éclatante, les soldats poussèrent des cris de joie en brandissant leurs armes.
Ils espéraient jouir au Caire d'un peu de repos après tant de fatigues; ils espéraient, après tant de combats, vivre une existence tranquille de garnison.
Hélas! une armée turque venait de débarquer, sous la protection de l'artillerie anglaise, dans la rade d'Aboukir.
Il fallait se battre encore.
Le 25 juillet, Bonaparte abordait les ouvrages des Turcs, qui avaient enlevé déjà le fort d'Aboukir.
Le général en chef donna des ordres brefs, et des colonnes aussitôt se mirent en mouvement avec entrain.