LE VOL DE L'AIGLE
L'infanterie enlève à la baïonnette les retranchements de yaiiche, l)endant que la cavalerie charge la ledoute de droite et en chasse l'ennemi.
Mais les choses ne vont pas si bien au centie, où les Fi-ançais commencent à [ilier.
Le chef de la '22e niet son chapeau au ]30ut d"une épée.
Marche dans le désert. (D'après Raflel.;
« Allons, les enfants, s'écrie-t-il, suivez-moi, et la victoire est assurée! »
Puis il s'élance sous la mitraille, tombe sur les Turcs, qui, se croyant vainqueurs, coupaient la tête aux blessés français.
A cette vue, les soldats de la 22^, fous de rage, deviennent des lions furieux et massacrent les misérables en hurlant : « Mort aux assassins! pas de quartier! »
Ce fut une véritable boucherie. Pendant près de huit heures, les Franrais sabrèrent et hachèrent, selon l'expression d'un témoin. Nombre de Turcs se noyèrent en essayant de ti-a verser le lleuve; la [)lage était tapissée de cadavres.
Trois mille hommes, dont le chef de l'armée turque, le pacha à trois queues Mustapha, s'étaient réfugiés dans le fort d'Aboukir. Bonaparte les bloqua, et bientôt la famine eut raison des assiégés. Dans la forteresse, on
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trouva les cadavres de tous les [irisonniers français, que Mustapha avait fait égorger pour diminuer le nombre des bouches à nourrir.
Cette brillante victoire fortifiait considérablement la position de Bonaparte et semblait asseoir sa puissance en Egypte.
Le soir de la bataille, Kléber, enthousiasmé, avait dit à son chef :
« Général, vous êtes grand comme le monde! »
Dès sa rentrée au Caire, Bonaparte adressa aux troupes une proclamation qui produisit sur tous une impression profonde, parce qu'elle semblait faire allusion au retour en France.
« Jouissons maintenant, disait- le général, du fruit de nos conquêtes. Égyptiens, soyez heureux : les étrangers ne ti'oubleront plus votre repos ni cette paix, si précieuse en Orient. Et vous, soldats français, enivrezvous dans les plus doux transports : vous voilà plus que jamais rapprochés de la France, de la patrie qui vous tend les bras. (Jue l'espoir le plus flatteur nourrisse vos âmes. »
Bien que Bonaparte eijt été séduit par la magie de l'Orient, il n'avait jamais perdu de vue les affaires de France, et partout, aussi bien dans l'atïreux désert de la Syrie que devant les Pyramides, il n'avait jamais cessé de caresser son rêve et d'en poursuivre la réalisation.
La France, depuis son départ, avait connu les mauvais jours, et la situation était loin de s'améliorer.
Au dehors, en Italie, en Allemagne, en Hollande, les armées de la République avaient eu des revers.
Au dedans, grâce à la faiblesse croissante du gouvernement, des conspirations éclataient, l'anarchie se développait.
La France courait des dangers sérieux.
Bonaparte avait prévu tout cela.
Après Aboukir. il estima que son heure était arrivée.
Il se croyait sûr de conduire les armées françaises à la victoire et de sauver la nation. Le peuple reconnaissant se chargerait alors de réaliser le rêve du général glorieux, la France n'aurait rien à refuser à son sauveur.
L'exécution suivant toujours de près la jiensée chez Bonaparte, il part du Caire quelques jours après avoir lancé sa proclamation aux troupes, passe dans le delta, se dii'ige sur Alexandrie et s'embarque pour la France dans la nuit du 5 au <j fructidor, ayant laissé à Romanieh un pli pour Kléber.