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LE VOL DE LAIGLE

Raliiillc d'Aboukir. (D'après ll.'cr.mps

Il emmenait avec lui les plus énergiques de ses lieutenants, Murat, Lannes, Junot, Bessiéres, Berthier.

L'aigle prenait son vol vers les sommets éclatants.

Après le départ de Bonaparte, Kléber se rendit à Romanieh, et, ayant ouveit le pli qui lui était destiné, y trouva, en même temps que des instructions sur la conduite à tenir, sa nomination de commandant en <-hef de l'armée d'Egypte.

La nouvelle le précéda au Caire, et lorstpril rentra dans cette y\\\e, il fut acclamé par toute la population, dont les cris d'allégresse se mêlaient au bruit des salves d'artillerie des Ibrts.

Il était dû à la troupe un fort arriéré de solde.

Le nouveau chef, poui' mettre lin à cette situation, retrancha les frais de table de tous les généraux, lit suspendre les grands travaux commencés, augmenta les droits de commerce et taxa de huit icnt mille livres les C.ophtes, qui jusqu'alors avaient été exempts d'impôts.

La perspective de séjourner en l^^gvpte ne réjouissait pas beaucoup

L'EPOPEE IMPEIUAI.E

Kléber. doiil l'esprit él;ii[ assez morose, et il se laissa très vite aller au décourageiiieiit.

Il ne carlia pas ses sentiments, de sorte (pie l'armée ne tarda pas à les partager.

lie Sambre-et-Meuse et d'Orient. (Tableau d'Ansiaux, reproduit d'après une gravure de la Chalcographie'du Louvre.)

« Retourner en France. » tel était le rêve le plus cher des soldats de l'armée d'Egypte et de leur chef.

Ne pouvant plus résister au désir qui le tenaillait, Kléber signa la convention d'El-Arish avec Sidney-Smith, acte d'après lequel l'armée devait être transportée en France par des vaisseaux anglais.

Le gouvernement britannique ayant désavoué son représentant et

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exigeant que les Français se rendissent à discrétion. Kléher retrouva toute sa vaillance, toute son énergie.

Il communiqua la lettre anglaise à ses soldats et la fit suivre de ces ({uelques mots :

« Nous saurons répondre à une lettre insolente [)ar des victoires. Soldats, préparez-vous à comhattre. »

11 tint parole: le 20 mars ISOo. il écrasa l'armée tui'que à lléliopolis et reprit, après un sanglant coml»at, la ville du Caire, qui s"(''tait soulevée derrière lui.

Le général habitait la maison de Bonaparte, place Ezbekieh.

Le M juin 18U0, il se promenait seul dans le jardin de cette maison, rêvant probablement à la France, qu'il espérait Itientôt revoir, lorsqu'un visiteur nommé Soliniaii s'avimra vers lui et. lui saisissant une main comme pour la baiser, lui plongea, par quatre luis, un .poignard dans la poitrine.

Le pauvre Kléber se traina pendant «quelques instants sur le sol en se débattant, puis il e.xpira sans avoir pu prononcer une parole.

Cette scène rapide eut un seul témoin, le citoyen Protin. qui fut blessé en se portant au secours du général.

Soliman, condamné à avoir les i)oings biûlés et à être enqialé vif, montra devant la mort un extraordinaire cuurage.

A Kléber succéda Mennu. qui était loin d'avoir la valeui- de son pi'édécesseur et ne jouissait pas dune très grande autorité.

Ayant appris par l'riand (jue les Anglais venaient de débarquer dans la presqu'île d'Aboid<ir, il mit trop de lenteur dans ses opérations, donna aux Anglais le temps de se recdimaitre et de s'organiser, et lut repoussé le 21 mars 1801, après rm combat sanglant au cours duquel le général Lanus tomba héroïquement en enlevant sa division.

Vers la lin de la journée, le général en chef de l'armée anglaise, Abercromby, qui venait d'être frappé mortellement, s'écria :

« Je meurs content, car j'ai battu la première armée du monde! »

Cet ennemi mourant rendait ainsi un superbe hommage à nos soldats.

Une nouvelle défaite à Canope mit les P'rançais dans une situation e.xtrèmement difficile. Enfin, le 2 septembre 1801, notre aimée dut évacuer l'Egypte, qu'elle occupait depuis trois ans.

Elle comptait alors, selon la forte expression de l'un de ses officiers moins de baïonnettes que de gens estropiés.

BRUMAIRb

En face de Fréjus. jardin fleuri que baigne la mer bleue, des vaisseaux se sont arrêtés et se balancent mollement, les voiles pendant le long des mâts, pareils à ces oiseaux marins qui se laissent bercer par le flot pour reposer leurs ailes.

On sait déjà, sur la côte, que Tun de ces vaisseaux porte le général Bonaparte, le chef gloi-ieux dont la France attend la victoire au dehors et la tranquillité au dedans.

Toute une population se dirige vers le rivage; on se bouscule, on s'écrase, des bras agitent des chapeaux et des casquettes, des femmes pleurent de joie, tous crient : « Vive Bonaparte! »

Le général descendit à terre aussitôt que les matelots eurent terminé leurs manœuvres.

11 fut entouré, pressé, presque porté en triomphe; chacun voulait le voir, le toucher; on lui baisait les mains, on baisait ses effets. C'était du déliie.

Bonaparte remerciait avec beaucoup de modestie, essayait de calmer les plus enthousiastes.

Au fond, il était heureux.

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