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LA MALMAISON

Avant son départ pour l'Egypte, Bonaparte avait souvent déclaré à Joséphine que la vie de Paris, avec ses obligations mondaines, le fatiguait un peu et l'ennuyait beaucoup.

« Si tu voulais, lui disait-il parfois, nous chercherions une petite maison dans un coin de campagne, et nous nous reposerions de temps en temps des dîners et des bals en élevant des poules et des lapins. »

Joséphine ne répondait ni oui ni non; elle commençait alors à être un peu reine et jouissait déUcieusement des hommages discrets qui montaient vers sa grâce et sa beauté.

Sous le ciel d'Orient, dans le sable brûlant du désert de Damanhour, Bonaparte se prit <à penser souvent au charme d'une vie calme et douce dans une retraite champêtre, et, dans ses lettres, il pressa Joséphine de lui ménager cette satisfaction à son retour.

« Je ne veux pas un palais, lui écrivait- il, mais une de ces riantes villas comme tu en as tant vu en Italie. Que le logis soit un peu plus grand que la maison de Socrate, mais qu'il ne soit point aussi splendide que celle de Scipion. »

Joséphine se décida et chargea des amis de chercher, aux environs de la capitale, la retraite rêvée par son mari.

Ils découvrirent, sur la route de Paris à Saint-Germain-en-Laye, un château en assez mauvais état entouré d'un joli parc, connu dans le pays sous le nom de la Malmaison.

Le château plut à Joséphine; elle l'acheta, pour la somme de deu.\ cent mille francs, à M. Lecoulteux du Moley, et y donna une charmante

fête, à Toccasion de son installation, le jour où Bonaparte fit sa rentrée au Caire après l'expédition de Syrie.

Joséphine, alors, se prit à aimer la vieille maison et voulut l'embellir avant de la présenter à Bonaparte.

Elle en fit une merveille, et lorsque le général la visita, après son retour d'Egypte, il s'écria :

« Citoyenne, vous êtes une Armide et vous mériteriez un Renaud! »

Devenu consul, Bonaparte habita presque constamment la Malmaison, où il se rendait le soir, après l'expédition des affaires du gouvernement. Le voyage n'était pas sans danger, car le consul devait passer de nuit entre les carrières de Nanterre et un cabaret des plus mal famés, que son enseigne. — une vieille enseigne parlante, — avait fait baptiser « le Chant-du-T'.oq ».

A la Malmaison, on vivait en famille. « les pieds dans ses pantoufles, » selon l'expression du Consul lui-même, et les intimes seuls y étaient admis.

Parmi les intimes qui, presque chaque jour, avaient l'honneur de contempler, dans ses pantoufles, le chef du pouvoir exécutif, on peut citer : Lannes, Murât, Duroc, Kellermann, Berthier, Junot, Bernouville, Talleyrand, Larrey, Ducis, Cabanis, Chénier, David, Isabey. Méhul. Lemercier, Talma, Desgenettes.

La famille Bonaparte faisait les honneurs de la maison avec une simplicité charmante, et Ton passait à la Malmaison des soirées délicieuses.

Souvent même, ces personnages, dont la plupart devaient laisser un nom dans notre histoire, s'amusaient comme de véritables enfants.

Il n'était pas rare que le Consul proposât une partie de barres sur la pelouse du château.

Chacun déposait sans façon son habit sur l'herbe; deux camps se formaient, et une course folle commençait.

Hortense de Beauharnais prenait plaisir à taquiner le Consul.

« Allons, lui disait-elle en le poussant en avant, supposez que vous êtes au pont d'Arcole et traitez >L Larrey. qui s'aventure beaucoup, comme un simple Autrichien. »

Le Consul s'élançait alors impétueusement, si impétueusement, qu'il tombait dans les bras de Talma ou deBarnouville et était fait prisonnier.

Les rires éclataient, et Talma, avec un grand geste, s'écriait d'une voix caverneuse :

« Souvent est pris qui croyait prendre!

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