BONAPARTE CHEZ LUI
— C'est la faute à cette coquine. » faisait Bonaparte un peu confus en menaçant Hortense du doigt.
Et les rires redoublaient.
Le Consul était heureux ; ces bonnes parties de barres lui rappelaient
Le Premier Consul à la Malmai^on. ( D après le tableau de J.-B. Isaljey.)
l'école de Brienne, dont il conserva toujours un excellent souvenir. Parfois, comme pour s'excuser, il disait avec un peu de mélancolie dans la voix :
« J"ai eu une enfance triste, je n'ai jamais été enfant; il faut bien que je me rattrape un peu. »
Et il lui arrivait de murmurer :
« La Corse, Autun, Brienne! comme tout cela est loin!...
— Pas si loin que cela, » faisait Josépliiiie. loisqnelle entendait. Bonaparte soupirait. Il avait accompli tant de choses, qu'il lui semblait avoir vécu très longtemps déjà.
Le Consul et sa femme aimaient le théâtre, et ils étaient entouiés de jeunes femmes et de jeunes filles qui l'adoraient et se plaisaient à jouer la comédie.
Un jour, llortense de Beauharnais eut une idée qu'elle s'empressa de communiquer au Consul.
« Pourquoi donc, lui dit-ehe, n'aurions-nous pas un théâtre ici?
— Mais les acteurs, les actrices? fit Bonaparte.
— Les voici, répondit Hortense en montrant Murât. Bourricnne, Lucien Bonaparte, puis M^e Auguié, qui plus tard épousa Ney, Caroline Bonaparte, devenue M^e Murât, M'»^ Juuot, etc.
Le Consul accorda le théâtre et fit construire une petite salle où, sous la direction d'un acteur du théâtre de la République nommé Michot, on joua le Barbier de Séville, la Gageure imprévue, le Dépit amoureux, etc.
Les jours de spectacle, les portes de la Malmaison s'ouvraient devant de nombreux invités, ce qui forçait le Consul à quitter ses pantoufles. Joséphine recevait après la représentation et faisait avec joie les honneurs de sa jolie maison, où, ces jours-là, se constituait une sorte de cour.
Joséphine aimait à briller et dépensait beaucoup, beaucoup trop au gré de la famille Bonaparte, qui ne l'aimait i^as.
Souvent Mme Bonaparte mère faisait, à ce sujet, des remontrances à son fils, et cela ne manquait pas d'amener de légères scènes de ménage.
Mais Joséphine pleurait un peu, et, pour sécher ses larmes, le consul s'empressait de payer, ce qui faisait dire à Mme Laetitia, mère €'conome :
» Mon fils, vous ('tes trop faible. »
M"ie La'titia ne pouvait comprendre Joséphine.
La maison du Consul se composait alors de MM. Phister, intendant; Bérard, maître d'hôtel: Caillot et d'Anger, chef de cuisine; Colin, chef d'office; Hambert, premier valet de chambre; Hébert, valet de chambre ordinaire; et du mameluck Roustan.
Bonaparte s'occupait sans cesse d'embellir et d'agrandir son domaine, surveillant tout lui-même, traitant avec les fournisseurs et examinant les devis de très près.
A la table de famille, où prenaient place Mme Laetitia, MUe llortense,