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ENTRE DEUX CAMPAGNES

Après la sunglanle liataille. l'empereur d'Autriche. Franrois II. fit demander à Napoléon une entrevue, que celui-ci se hâta d'accorder et qui eut lieu aux avant- postes, entre Austerlitz et Grœding.

« Voici, dit Napoléon en montrant sa modeste tente, les palais que Votre Majesté me force d'habiter depuis trois mois.

— Ce séjour vous réussit assez bien, » répliqua l'empereur d'Autriche.

L'entretien fut cordial, et Napoléon promit un armistice pour la Russie.

La paix avec l'Autriche fut signée, le 28 décembre, à Presbourg.

L'empereur François abandonnait les États vénitiens, l'istrie et la Dalmatie, que Napoléon réunit au royaume d'Italie; le Tyrol et laSouabe, dont bénéficièrent les ducs de Bavière et de Wurtemberg, qui prirent le titre de rois, et le duc de Bade, qui devint grand-duc.

Avec le bronze des canons et des armes pris à l'ennemi . on lit la colonne de la Grande-Armée, qui fut élevée à Paris, sur la place Vendôme.

Le roi de Prusse, etfrayé, envoya auprès de l'empereur des Français un ambassadeur, M. d'Haugwitz. Comme celui-ci félicitait Napoléon, le lendemain de la bataille, le vainqueur d' Austerlitz répondit durement:

« Voici un compliment dont la fortune a changé l'adresse I »

11 consentit cependant à traiter avec la Prusse, qui reçut le Hanovre en échange du duché de Clèves, de la place de Wesel et de la principauté de Neuchàtel.

Quelques mois après Austerlitz, Napoléon constitua la Confédération du Rhin, composée de la plupart des iiriiices allemands chefs de i^etits

États qui s unirent sous la protection de la France. Il chassa aussi les Bourbons de Xaples.

II voulut alors faii'c quelque cliose pour sa famille, ses compagnons d'armes et ses serviteurs.

Joseph Bonaparte devint roi de Naples et de Sicile; Louis, roi de Hollande; Élisa, duchesse de Lucques; Pauline, duchesse de (luastalln. Murât, son beau-frère, reçut le grand-duché de Berg; Berthier, la principauté de Xeuchâtel; Talleyrand. celle de Bénévent: Bernadotte. celle <le Ponte- C.orvo.

Lelirun et ('.ambacérès reçurent les duchés de Parme et de Plaisance; ( ".hampagny, Fouché, Gaudin et Maret furent faits ducs, ainsi que Duroc, Soult, Moncey, Victor, Mortier. Oudinot, Macdonald, Caulaincourt, Savary.

Les généraux et ses soldats reçurent des dotations. Davout reçut trois cent mille francs en argent et un revenu superbe. Lannes. mieux partagé encore, eut un million en argent et un revenu.

L'Empereur songeait aussi à constituer une noblesse autour do son trône, et nous verrons cette idée prendre corps après Tilsitt.

Napoléon avait réalisé superbement le rêve qui l'avait hanté pendant si longtemps, qui l'avait aidé à supporter les jours de misère et les heures de tristesse.

Il eut le tort de vouloii' dépasser ce rêve.

La France était à lui; il voulut l'Europe.

Il donna des couronnes à ses parents et à quelques-uns de ses lieutenants, parce qu'il ne pouvait les prendre toutes, les réunir toutes sur sa tète.

Mais il entendait devenir le chef des rois et des princes que créait son caprice ou son ambition; il entendait que son cerveau pensât pour eux, et par eux il espérait gouverner l'Europe.

C'était attirer bien des haines vers le trône qu'il avait conquis à la pointe de son épée.

Le coup de tonnerre d'Austerlitz grondait encore, que déjà les difficultés extérieures surgissaient.

Vn moment, l'Empereur avait espéi-é que l'Angleterre allait changer de politique: Pitt. l'implacable ennemi de la France, atteint au cœur par le succès d'Austerlitz, était mort en maudissant Napoléon. Malheureusement, Fox. son successeur, homme de haute intelligence et de grand cœur, l'avait suivi de près dans la tombe, et le pouvoir venait de retomber entre les mains des partisans de la guerre.

ENTRE DELX CAMPAGNES 2ûo

La Russie, qui espérait pouvoir compter sur Tappui de rAngleterre, manifesta des intentions hostiles, et par une campagne de fausses nouvelles on sema l'inquiétude à la cour de Berlin.

Une coalition nouvelle était h craindre.

Pendant les négociations ouvertes avec l'Angleterre sous le ministère de Fox, il avait été question de restituer le Hanovre à cette puissance.

Traîtreusement, après la mort de Fox, le cabinet anglais prévint le gouvernement prussien de ce projet.

En Prusse, le parti militaire, ardemment soutenu par la reine Louise, désirait la guerre.

La nouvelle concernant le Hanovre donna plus de force à ce parti, et la guerre fut décidée.

« La reine Louise, dit alors Napoléon, fait pensera la magicienne Armide mettant elle-même le feu à son palais, »

La guerre n'était pas encore déclarée, que Napoléon était déjà à Bamberg.

Il y reçut, le 7 octobre 1806, un ultimatum, où la suffisance le disputait au ridicule, signé par le duc de Brunswick.

Entrevue de Napoléon et de François II après la bataille d'Aii.4. j,.,. . i il. l. w.iji, I-mO. , 1 baron Gros, reproduit d"après une gravure de la cbalcoj^raphie du musi'e du Loiivi

« Que les troupes françaises, y était-il dit, repassent incessamment le Rhin. »

L'Empereur répliqua par une lettre où se devinait son irritation.

« Monsieur mon frèi^e, écrivait-il, je nai reçu que le 7 la lettre de Votre Majesté, datée du 25 septembre.

« Je suis taché qu'on lui ait fait signer cette espèce de pamphlet.

« J'ai reçu immédiatement après la note de son ministre du 1er octobre. Elle m'a donné rendez -vous le 8. En bon chevalier, je lui ai tenu parole : je suis au milieu de la Saxe. Qu'elle ni"en croie : j"ai des forces telles, que toutes ses forces ne peuvent balancer lonp:temps la victoiie...

« Sire. Votre Majesté sera vaincue. Elle est aujourd'liui intacte et peut traiter avec moi d'une manière conforme à son rang. Elle traitera, avant un mois, dans une situation bien différente.

« Sire, je nai rien à gagner contre Votre Majesté: je ne veux rien et n"ai rien voulu d'EUe.

<i La guerre actuelle est une guerre impolitique. »

Ces sages paroles ne furent pas entendues.

Cette guerre, que l'empereur des Français jugeait impuiitique. était la guerre de la reine Louise.

Les Russes avaient promis leur concours à la Prusse. L'orgueilleuse reine, qui faisait partager à tous sa haine ardente, se croyait si sûre de vaincre, qu'elle ne voulut même pas attendre l'arrivée des troupes d'Alexandre.

Son armée, forte de cent soixante mille hommes, gagna la Thuringe sous les ordres du duc de Rrunswick, qui avait formé le projet de couper les routes du Rhin à l'armée française, concentrée à Bamberg.

Napoléon devina facilement ce plan. Il établit ses troupes le long de la chaîne du Frankenwald et forma trois colonnes, afin de tomber rapidement dans la vallée de la Saale et de se placer entre l'Elbe et l'armée ennemie.

Il disposait de cent soi.xaute mille fantassins et de quarante mille cavaliers.

La droite était commandée par Soult et Ney. le centre par Bernadotte . Davout et Murât, la gauche par Lannes et Augereau.

De tels hommes, dirigés par Napoléon, ne pouvaient être vaincus.

lENA ET AUERSTAEDT

Le 10 octobre 1806. la division Suchet et deux régiments de hussards arrivèrent devant la petite ville de Saalfeld, située sur la Saale saxonne. Lannes commandait ces troupes, qui appartenaient à l'aile gauclie française.

De loin, autour de la petite ville, qui dressait ses maisons grises dans une vaste plaine bordée de hauteurs, nos soldats avaient aperçu des troupes.

« Ce doit être Augereaii, » disait-on dans les rangs.

C'était le corps d'armée du prince Louis de Prusse.

Lannes n'avait qu'une division à opposer à ce corps d'armée. Pourtant il n"hésita pas et ordonna l'attaque, après avoir prescrit à son artillerie d'occuper les hauteurs.

Aussitôt les canons rugirent, nos boulets balayèrent la vaste plaine, et la division Suchet, par une manœuvre haliile, tourna la ligne ennemie.

Les Prussiens nous attendaient en avant : ils furent criblés de balles par derrière et durent exécuter, sous un feu violent, un demi-tour qui jeta le trouble dans leurs rangs.

Ils nous avaient à peine fait lace, que nos tambours et nos clairons donnaient le signal de la charge.

Le torrent furieux des baïonnettes culbuta les masses ennemies. 11 y eut de grands cris, des coups de feu; puis les Prussiens se débandèrent et s'enfuirent.

Le prince Henri lança contre nous ses escadrons pour protéger la retraite : ils rencontrèrent nos hussards et furent rejetés vers l'infanterie qui fuyait.

258 L'EPOPEE IMPEUIALE

Le prince s'était précipité dans la mêlée et, bravement, essayait d'arrêter ses escadrons. Poursuivi par plusieurs soldats du 10^ hussards, il entendit crier: « Rendez-vous ou vous êtes mort! » Il se retoui'ua et, pour toute réponse, balafra d'un coup de sabre le visage du maréchal des logis Guindé.

Ce sous-officier i-iposta par im furieux coup de pointe en pleine poitrine.

Le prince tomba mortellement blessé.

Le maréchal des logis Guindé fut nommé chevalier de la Légion d'honneur par l'Empereur et admis dans les grenadiers à cheval de la garde. Il devint capitaine et fut tué à Hanau.

Pendant que tonnait le canon de Saaifeld, Napoléon se trouvait à Schleitz, où Ton se battait également.

Le 13 octobre, Davout et Bernadotte étaient à Naumbourg; Lannes, qui avait traversé léna, s'était établi sur les hauteurs; la garde impériale airivait à léna.

L'Empereur apparut sur la position en même temps que la garde, et aussitôt il partit en reconnaissance.

Il fallait faire vite, car la bataille devenait imminente. Déjà une fusillade très vite s'engageait entre les détachements ennemis du général Tauenzien et la division Suchet, qui venait d'occuper la hauteur du Landgrafenberg.

Napoléon trouva superbe la position du Landgrafenberg et réussit à y placer son artillerie.

Il y envoya également le corps de Lannes et la garde à pied. -Pendant la nuit, une nuit très froide et très brumeuse, l'Empereur, escorté de cavaliers portant des torches, visita plusieurs fois les troupes. « SouVenez-vous d'Ulm et d'Austerlitz, » disait-il aux soldats. Aux chefs de corps, il donna des conseils sur la tactique à employer contre la cavalerie.

« Vous devez, disait- il, lui opposer des carrés de fer et de feu inébranlables. Songez bien qu'il y va de la réputation de l'infanterie française. » Dans les campements, les hommes grelottaient, l'Empereur n'ayant permis que deux ou trois feux par compagnie, c'est-à-dire pour deux cent vingt hommes. Par contre, vingt hommes par compagnie furent autorisés à descendre chei-cher des vivres à léna, que ses habitants avaient abandonné. Trois officiers accompagnèrent chaque groupe.

lENA ET AUERSTAEDT 2o«

léna était abondamment pourvu de tout.

Autour des feux, cette nuit -là, les grenadiers se préparèrent au combat en buvant du vin chaud liieu sucré à la santé du roi de Prusse.

« Il y en avait à profusion, dit le capitaine Coignet dans ses Mémoires; chaque grenadier avait trois bouteilles, deux dans le bonnet à poil et une dans la poche. »

Avant le jour, la bataille commença, et ce hument les canons prussiens qui donnèrent le signal attendu avec impatience par les deux armées.

Lorsque le jour parut, un brouillard épais emplissait les vallées.

Dans ce brouillard, la division Suchet commença le mouvement offensif, ayant pcjur avant-garde la brigade Glaparède, et marcha vers le village de Glosewitz.

La division (iazan, précédée de ses canons, se mit en mouvement à son tour, se dirigeant siu^ le village de Cospoda.

Les positions ennemies furent enlevées à la baïonnette, et le corps de Tauenzien recula en désordre, nous laissant vingt canons et de nombreux prisonniers.

Notre armée put alors se dépluyer. et les curps piirent leur place de combat.

A gauche de Gazan, Augereau installait les divisions Heudelet et Desjardins; à droite se massait la division Saint-Milaire.

On attendait Ney et Murât.

En face de nos troupes, le prince de Hohenlohe déployait l'armée prussienne.

Bientôt Ney déboucha dans la plaine avec son avant-garde, forte de trois mille hommes seulement.

A ce moment, la fameuse cavalerie prussienne repoussait le lO" chasseurs et le 3e hussai'ds.

Ney lit former son avant-garde en carrés ot attendit le choc formidable des cuirassiers prussiens.

Admirables de sang-froid, ses soldats ne tirèrent que sur son ordre, et la première décharge abattit des centaines d'hommes.

Les cuiras.siers reculèi-ent, puis chargèrent de nouveau; mais il leur fut impossible d'entamer les caiTés héi-issés de baïonnettes.

Napoléon accourut el fut surpris en apercevant Ney au milieu d'un carré autour duquel tourbillonnait toute la «"ivalerie prussienne, et que protégeait à présent un rempart formé de cadavres d'hommes el de chevaux.

Bertrand et Lannes s'élancèrent au secoiu-s de Ney et le dégagèrent,

260 L'ÉPOPÉE impkiuall:

puis notre infanterie exécuta un mouvement en avant vers le bois dlssersteldt, au moment où Âugereau et Soult arrivaient en ligne.

« Le centre en avant, dit Napoléon à ses aides de camp, et faites marcher la garde. »

Les aides de camp partirent au galop.

Cinq minutes plus tard, tous les tambours battent la charge, dix mille poitrines poussent une clameur joyeuse, et dix mille baïonnettes s'inclinent vers les lignes ennemies.

Un signe, une épée qui se lève, et Ion dirait qu'une digue vient de se rompre : les masses françaises pai-tent au pas de charge, donnant l'impression d'une force irrésistible.

Les baïonnettes avancent, semblant pousser la mort devant elles: tout est culbuté, broyé, anéanti.

Le prince de Hohenlohe. pleurant de rage, lance toute sa cavalerie contre nos troupes.

Murât n'est pas arrivé encore.

Napoléon n'a sous la main que ses chasseurs et ses hussards. Qu'importe !

Il connaît leur valeur.

Il se retourne pour leur montrer la cavalerie ennemie.

Ces héros n'ont pas attendu le geste : déjà ils sabrent les escadrons prussiens, et liientôt reviennent vainqueurs, ramenant des milliers de prisonniers.

Mais voici une nouvelle troupe qui s'avance : c'est le corps de Riichel. que flanque la cavalerie saxonne.

Les fusils français crépitent. Rûchel tombe, frappé d'une balle en pleine poitrine, et ses troupes reculent, sont emportées par le flot tumultueux des fuyards, à l'exception des deux brigades saxonnes de Burgsdorf et de Nehroft'.

A ce moment . un galop furieux fait trembler le sol : Murât débouche sur le champ de bataille à la tête de ses di-agons et de ses cuirassiers et, sans même chercher à savoir ce qui s'est passé, se précipite sur les troupes en retraite, qu'il poursuit jusque sur les bords de l'Ilm, oîi il fait des centaines de prisonniers.

Pendant ce temps, les deux brigades saxonnes reculaient lentement devant les divisions Desjardins et Heudelet. Écrasées par l'artillerie, harcelées par des nuées de tirailleurs, elles étaient formées en carrés et se défendaient héroïquement.

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Murât, qui n'avait plus rien à poursuivie et qui cherchait de la besogne, s'élance alors sur la première brigade, réussit à entamer le carré et met le désordre dans les rangs saxons.

Les cuii^assiers du général d'Hautpoul foncent sur la deuxième brigade et la culbutent.

Le 2'' régiment de dragons, entraîné p;ir son chef, le colonel Privé, a chai-gé trois fois, cerné un bataillon prussien, enlevé plusieurs drapeaux et quinze canons.

L'armée prussienne n'est plus qu'un lamentable trou])eau qui fuit devant les terribles cavaliers de Murât.

Le troupeau arrive devant la ville de VVeimar, que les habitants ont abandonnée, et se précipite dans les rues, que balaye déjà la mitraille de notre artillerie légère. Des escadrons français pénètrent également dans la ville; d'autres la tournent et gagnent la i-oute par laquelle les fuyards en pourraient sortir.

Weimar devint ainsi une véritable souricière, et des milliers de Prussiens y furent faits prisonniers.

Le champ de bataille était alors éclairé par les flammes qui s'échappaient de la malheureuse ville d'Iéna, où les obus prussiens avaient allumé de nombi'eux incendies.

A la lueur de ces incendies, Napoléon visita les lieux où il venait d'écraser le corps du prince de llohenlohe.

Vers la fin du combat, des grenadiers avaient aperç'U. à travers une haie, un superbe carrosse attelé de chevaux blancs.

Ils avaient voulu tirei- sur les chevaux; mais un général détourna les fusils en disant :

« Laissez partir cette voiture; toutes les balles françaises sont enti'ées dans le cœur de celle qui l'occupe. »

C'était la reine Louise, qui fuyait en })leurant.

Pendant que Napoléon combattait à léna contre le coips de llohenlohe, le maréchal Davout supportait, dans la plaine d'Auerstaedt, le choc de la principale armée prussienne, que commandait le duc de Brunswick et qu'accompagnait le roi.

Davout n'avait que vingt-cinq mille hommes à opposer aux cinquante mille du duc de Brunswick. Bernadotte. qui aurait pu l'aider, s'y refusa

2G4 L'KPOPEE IMPERIALE

par un sentiment de jalousie inexcusable, et de Naumbourg, où il se trouvait et où l'on allait se battre, il fila sur Dornbourg.

Davout se trouvait donc livré à ses propres forces, n'ayant aucun secours à attendre.

Il aurait pu, sans honte, éviter la bataille.

Il ne pensa qu'à marcher à l'ennemi.

Il le rencontra, le 14 au matin, dans un amphithéâtre de verdure où courait un ruisseau, où étaient cachés, comme des oiseaux dans leur nid, les villages d'Auerstaedt et de Ilassenhausen.

Ce fui lui qui engagea l'action.

La division Gudin forma des carrés à droite d'Hassenhausen, carrés dans lesquels s'étaient enfermés les généraux Gudin, Gauthier et Petit. Ces tioupes résistèrent à toutes les attaques des escadrons prussiens, enti'ainés par Blûcher.

Bientôt les divisions (iudin et Friant se portèrent en avant, dans une offensive vigoureuse, pendant que le 85e de ligne, chargé de garder le village, s'y comportait héroïquement et perdait plus de la moitié de son effectif.

Hassenhausen devenait, en effet, le seul appui de notre armée.

Le duc de Brunswick se mit à la tête de toute son infanterie pour donner l'assaut au village. Nos tirailleurs ne bougèrent pas d'une semelle et firent pleuvoir une grêle de balles sur la colonne ennemie, que battait également le feu de notre artillerie.

Soudain on vit le duc de Brunswick lever les bras vers le ciel, puis s'écrouler comme une masse : un biscaïen venait de le frapper mortellement à la tête.

(Jn l'emporta aussitôt, et un officier jeta un mouchoir sur la face du moribond, afin d'essayer de cacher le triste événement aux soldats.

Le maréchal Mollendorf. âgé de quatre-vingt-deux ans. le remplaça immédiatement.

Dès son arrivée sur la ligne de bataille, le vieux maréchal tomba, mortellement frappé, lui aussi.

Toute l'armée était engagée, le terrain se couvrait de morts et de blessés, la mitraille tombait par gerbes, les balles bourdonnaient comme des essaims d'abeilles.

A Poppel, le colonel Higonet, du 108'-, chargeait à la tête de son régiment, s'emparait du village, enlevait un drapeau et plusieurs canons et faisait un grand nombre de prisonniers.

La division Friant marchait sur Ekartsberg pour tourner les Pius-

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siens; la division Gudin se défendait toujours autour de Hassenhausen et d'Auei'staedt, repoussant toutes les attaques.

Mais nos troupes fondaient sous les balles, et la faiblesse des effectifs causait des craintes sérieuses au maréchal.

Soudain des cris de joie partirent de nos rangs.

La division Morand débouchait au pas de course sur le champ de bataille.

C'était le salut.

Une lutte terrible s'engagea autour d"Hassenhausen, qui resta finalement en notre pouvoir.

La division Morand, chargée par quinze mille cavaliers, ne se laissa pas entamer, et, après avoir causé à cette cavalerie des pertes énormes, elle la chargea à son tour.

L'infanterie ennemie accourut au secours de la cavalerie, une horrible mêlée s'engagea, il y eut une véritable boucherie. Nos soldats en sortirent victorieux, malgré les etîorts du feld-maréchal Kalkreuth, qui avait pris le commandement en chef des troupes prussiennes.

Pendant cette mêlée, le maréchal Davout enlevait le village de Tauchwitz avec la division Gudin.

L'ennemi pliait. Davout voulut donner l'assaut suprême.

Il prescrivit à Morand et à Friant d'attaquer les ailes de Tennemi, tandis que lui-même attaquerait le centre; puis, avant d'ordonner l'assaut, il passa devant le front des troupes et harangua les hommes.

11 vint alors se placer devant la division Gudin et fit battre la charge.

Sous les balles et la mitraille, nos colonnes s'avancèrent à la baïonnette, sans tirer un seul coup de fusil.

Cette fois, la déroute de l'armée prussienne fut complète, et ses fuyards allèrent grossir le troupeau des fuyards d'Iéna.

XAPOLEOX A BERLIN

Le 27 ûctobie 1806; Berlin s'éveilla de grand matin: peut-être n'availil pas beaucoup dormi.

Bientôt les rues s'emplirent de bruit et de mouvement : un fleuve humain roula sur chacun des ponts de la Sprée; une mer humaine poussa ses flots tumultueux vers l'entrée de la ville.

On attendait Napoléon, et les vaincus voulaient contemi)ler l'homme qui, en quelques heures, avait anéanti leurs superbes armées.

Il arriva, et l'inoubliable spectacle dont jouirent les Berlinois leur fit oublier la défaite, leur fit oublier la haine. Et ils comprirent combien avait été folle leur leine en essayant de lutter contre un tel homme et contre de tels soldats.

Ils l'avaient compris déjà, en contemplant, sur l'avenue de Gharlottembourg. les magnifiques cuirassiers d'Hautpoul et de Xansouty. qui formaient la haie.

Lorsque apparut le vainqueur d'Iéna, que suivaient les chasseurs à cheval de la garde et les maréchaux Davout, Augereau. Bessières. Duroc et Berthier, un murmure d'admiration monta de la foule des vaincus; puis une émotion intense secoua cette foule à la vue de quatre-vingts grenadiers, tous chevronnés et décorés, qui portaient les dntpeaux pris à l'ennemi.

A l'endroit même où l'orgueilleuse rein^ Louise passait naguère la revue de ses troupes, l'Empereur reçut les clefs de la ville de Berlin.

Il descendit ensuite au vieux palais, y reçut les autorités, leur assura que les personnes et les propriétés seraient respectées, et leur présenta le général Hulin, qui prenait les fonctions de gouverneur militaire.

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