UNE ÉPOQUE
peu du mystérieux et poétique prestige qu'acquièrent les choses anciennes.
Le 16 décembre 1809, en présence de toute la famille impériale, le comte Regnaud de Saint-Jean -d'Angély fit la lecture de l'acte de séparation. Les larmes aux yeux, Joséphine, qu'assistaient la reine Ilortense et le prince de Beauharnais, donna son adhésion à cet acte et le signa. Il y était dit qu'elle se sacrifiait volontairement aux convenances dynastiques de son époux. C'était un véritable divorce; aussi, malgré
Renonciation de Josépliine à ses droits d'épouse. (D'après une i;ra\iiii' consei-v à la Biljliotiiéque nationale.)
le consentement de l'impératrice, le chef de l'Église ne le ratifia pas.
Le lendemain. Joséphine quitta les Tuileries pour se rendre à la Malmaison.
Napoléon pensa tout d'abord à s'allier à la famille des Romanoft; mais, ayant éprouvé des difficidtés de ce côté, il sollicita la main d'une archiduchesse d'Autriche, et, le 10 mars 1810, l'archiduc Charles, son ancien adversaire, épousait en son nom. à Vienne, l'archiduchesse Marie- Louise.
Le mariage civil fut célébré à Saint-Cloud le i" avril 1810. et. le lendemain, à Paris, eut lieu le mariage religieux'.
A la fin d'avril, l'Empereur et sa jeune femme firent un voyage dans le nord de la France et poussèrent jusqu'à Anvers.
Marie-Louise aimait les fêtes, et Napoléon, qui tenait à la distraire, raccompagnait souvent. Au cours d'une de ces parties, tous deux coururent un danger sérieux.
Un bal avait lieu en leur honneur chez le prince de Schwartzemberg, ambassadeur d'Autriche, qui occupait l'ancien hôtel de Montesson, rue de la Chaussée-d"Antin. Au moment où TEmpereur et l'impératrice allaient se retirer, un incendie terrible éclata dans la salle de bal et fit de nombreuses victimes. La belle- sœur de l'ambassadeur périt dans les flammes; le général Touzart et sa fille furent atrocement brûlés et moururent quelques jours plus tard.
Napoléon, qui était légèrement superstitieux, fut très frappé par cet accident et y vit un présage funeste. Plusieurs années après, il y pensait encore.
Le 20 mars 1811, une agitation extrême se manifesta dans la capitale, une foule énorme se portait vers les Tuileries et encombrait les quais.
Soudain le canon des Invalides tonna.
La foule devint .silencieuse; tous ceux qui la composaient s'étaient arrêtés, et, anxieux, comptaient les coups de canon.
Au vingt et unième, il y eut une rumeur confuse, une angoisse inexprimable pesa sur les cerveaux et sur les cœurs. Était-ce le dernier?
Enfin, un nouveau coup éclata, — le vingt-deuxième.
Alors une sorte de délire souleva cette foule, des chapeaux volèrent en l'air, on se serrait les mains, on s'embrassait sans se connaître et l'on ci'iait : « Vive l'Empereur ! »
Marie-Louise venait de donner un tils à Napoléon.
Dans tout l'Empire on célébra par de grandes fêtes la naissance de ce
' Le mariage religieux de Napoléon et de Joséphine n'avait eu lieu que la veille du sacre et avait été consacré par le cardinal Fesch, oncle de l'Empereur et grand aumônier.
Lorsqu'il fut question pour Napoléon d'un second mariage, une commission de sept évêques déclara que le mariage religieux célébré par le cardinal Fesch comportait trois causes de cassation : 1" la clandestinité; 2» l'insuffisance de consentement des parties; 3° l'absence du propre prêtre, c'est-à-dire du curé de la paroisse.
Faisant preuve d'une admirable indépendance de caractère, le cardinal Fesch protesta énergiquement.
On ne tint aucun compte de cette protestation, et le mariage religieux fut cassé sans l'autorisation de Rome,
Le Pape n'eut pas à intervenir et ne sanctionna jamais ce nouveau mariage.
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petit roi de Rome, qui ne devait jamais régner. Mais cela, c'était le secret du destin.
Après son mariage, Napoléon se trouva tranquille du côté de TAutriche; mais il lui fallait compter encore avec l'Angleterre et avec la Russie.
Il n'avait pas cessé, hélas! de poursuivre sa chimère, et son mariage,
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Mariage de l'empereur Napoléon et de Marie -Louise, archiduchesse d'Autriche,
au palais du Louvre, le 2 avril 1810.
(Tableau de Rouget, reproduit d'après une gravure de la chalcographie du musée du Louvre.)
en lui donnant un peu plus d'orgueil, ne fit qu'augmenter son amour de la domination.
Contre l'Angleterre, il arma le port d'Anvers et y fit e.xécutor d'importants travaux de défense; il s'occupa également du port de Cherbourg, qu'il visita en 1811, et de celui d'Amsterdam. En même temps il augmentait notre flotte et voulait rétablir la réputation coloniale de la France.
L'Empereur se sentait alors en pleine force, en pleine puissance,
et, malgré les ennuis de la guerre d"Espagne, qu'il eût dû considéier comme un avertissement, il s'efforçait sans cesse d'agrandir son empire, sans songer qu'à partir d'une certaine limite, tout accroissement de territoire devient une cause de faiblesse pour le gouvernement.
Le 2 février 4808, le général Miollis avait occupé Rome pour puuii le Pape, qui entendait rester neutre dans la question du blocus continental. Deux mois plus tard, les provinces ecclésiastiques d'Ancône, de Camerino, d"Urbino et de Macerata furent annexées au royaume d'Italie.
Un décret du 17 mai 1809, daté de Scho^nbrunn, compléta cette œuvre impolitique eu annexant à l'Empire français Rome et ce qui restait des États du Saint-Siège.
Le Pape lança contre l'Empereur une bulle d'excommunication.
Alors, aveuglé par l'orgueil, Napoléon voulut étonner le monde : le Pape et quelques cardinaux furent enlevés nuitamment du Quirinal, le 6 juillet, par les soldats du général Radet.
Interné d'abord à Savone, Pie VII fut ensuite conduit à Fontainebleau, où plusieurs scènes très vives eurent lieu entre l'auguste vieillaid et le puissant Empereur.
Le Souverain Pontife, fatigué, avait fini, après une résistance de cinq jours, par donner son adhésion au projet de Concordat de Fontainebleau; mais il se rétracta presque aussitôt dans une lettre adressée à l'Empereur.
Cet acte aurait entraîné la confiscatiini do la Papauté au profit de l'Empire, la renonciation au pouvoir temporel et au domaine du Saint- Siège.
Le blocus continental était de plus en plus rigoureux, de plus en plus étendu; mais l'Angleterre n'en souffrait pas seule.
Louis Bonaparte, roi de Hollande, abdiqua pour ne pas présider à la ruine complète de son pays et s'éleva vigoureusement contre le despotisme de son frère.
La Hollande devint un département français.
Pour les besoins du blocus, Napoléon enleva au royaume de AYestphalie, que gouvernait Jérôme, les villes hanséatiques et les côtes, depuis l'Ems jusqu'à l'Elbe.
De nombreux corsaires français, parmi lesquels se distingua Surcoût, faisaient sur mer la chasse à l'Anglais.
Mais, en revanche, les Anglais s'emparaient de nos colonies; ils
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occupèrent bientôt le Sénégal, la (Guadeloupe, la Réunion et File de France.
t'],. Dans l'espoir d'abaisser l'Angleterre, de l'obliger à capituler, Napoléon avait imprudemment créé une situation des plus dangereuses. Chaque jour la misère augmentait, les raines s'accumulaient.
YI[. (D'après le portrait de David.)
On ne saurait détruire l'équilibre économique des nations sans que les peuples aient à soufïrir cruellement.
La haine montait autour du tn'me de Napoléon.
Malgré l'état de malaise dans lequel se trouvait le pays, malgré l'inquiétude que causaient partout les actes et l'ambition de l'Empereur, la France travaillait.
Aux grandes entreprises qui étaient nées sous le t'.onsulat s'ajoutèrent
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d'autres entreprises. Paris vit s'élever des abattoirs, des halles pour les marchés; la place du Carrousel lut agrandie; des quais superbes, des bassins modifièrent la physionomie des rives de la Seine; on commença la construction du pont d'Iéna.
La plupart des grandes villes de France suivaient l'exemple de la capitale, et Ton trouve presque partout des constructions qui rappellent l'activité de cette période du premier Empire.
Dans les arts, les lettres et les sciences, la France soutenait brillamment sa réputation, et les hommes de valeur ne lui manquaient pas.
Nous citerons :
En PEINTURE : David, qui exerça une inlluence des plus heureuses sur son art en ramenant les peintres à l'étude de la nature et en leur rendant le goût de la vérité et de la simplicité; Gros, qu'on a nommé l'Homère de l'épopée impériale et qui nous a laissé des œuvres sincères pleines de grandeur et de noblesse; Prud'hon, qui réussit surtout dans l'allégorie et fit preuve d'un talent original et souple.
Derrière ces trois maîtres venaient : Regnault, dont les portraits étaient fort appréciés; Girodet, un poète de la peinture, à l'imagination parfois un peu étrange; Ingres, qui débutait, mais dont le talent très sûr excitait déjà la jalousie de David; Gérard, le roi du portrait; Boily, le peintre de la petite bourgeoisie, au talent spirituel et délicat; Taunay, un excellent paysagiste; Isabey.
Enfin, des jeunes gens, dont quelques-uns devaient honorer leur pays et leur art, fréquentaient les ateliers et se pressaient à l'entrée de la carrière. Géricault, Eugène Delacroix, Paul Delaroche. Horace et Carie Vernet étaient de ceux-là.
En SCULPTURE, Houdon brillait d'un vif éclat.
L.v MUSIQUE avait comme représentants Méhul, Cheruljini et Lesueur.
L.\ LITTÉRATURE, gênée par une censure soupçonneuse et sévère, produisait fort peu, et l'on doit remarquer que la plupart des écrivains étaient des ennemis de l'Empereur.
Chateaubriand donna son Génie du Christianisme et son Itinéraire (le Paris à Jérusalem. M»ne de Staël publia sa Corinne et son beau livie De l'Allemagne. Charles Nodier fit imprimer, en 1802, sa première nouvelle. Désaugiers fournit à la scène des pièces charmantes.
L'Empire, qui fut assez pauvre en écrivains d'imagination, peut encore revendiquer Xavier de Maistre, dont le Voyage autour de ma chambre parut en 1811, et Béranger, qui débuta vers 1813.
Dans les sciences, il suffira, pour célébrer la gloire de Tépoque, de