AUX SOUFFRANCES DU FROID S'AJOUTENT CELLES DE LA FAIM
D*Arci à Pouka, 3o novembre.
Au petit jour, je quitte le « han » d'Arci avec la colonne.
Mes chaussures, que j'ai eu Fimprudence de mettre à sécher, cette nuit, près du feu, sont, ce matin racornies et dures comme du bois. Je clopine et souffre horriblement.
Les Albanais, en me volant mon cheval, m'ont volé en même temps mes derniers bagages et mes dernières provisions. Je n'ai plus rien.
Les vivres du détachement commencent à manquer! Il n'y a plus de biscuits que pour un jour... Et nous ne sommes guère qu'à la moitié de la traversée des montagnes qui nous séparent de Scutari !
Presque tous les hommes ont leurs équipements déchirés, arrachés, en loques. Beaucoup sont partis de Priszrend sans linge ni vêtements de rechange. Le lieutenant aviateur Maire, entre autres,
Il8 l'agonie de la SERBIE
qui fait la route vêtu seulement d'un pantalon et d'une veste d'été, et qui n'a ni couverture ni manteau!
Et nos infirmières ! Pauvres femmes ! Affublées des défroques militaires les plus invraisemblables, elles font peine à voir, tant leur fatigue est extrême. Cependant, avec une énergie surhumaine, elles supportent nos terribles épreuves et même elles les supportent mieux que nombre d'entre nous. Chaque soir, à l'arrivée à l'étape, parmi elles, il s'en trouve toujours au moins une qui puise encore dans son admirable dévouement féminin le courage et la force de panser les plaies les plus douloureuses, de donner quelques soins aux plus malades, aux plus épuisés.
Ce matin, le ciel est gris. Serait-ce le dégel? Le dégel qui nous permettrait peut-être d'avancer moins lentement et sans être obligés, à tout instant, de frayer notre route dans la glace ?
La neige, en effet, s'est amollie, mais elle n'en est pas pour cela moins glissante.
Après avoir franchi un premier torrent, nous abordons l'ascension pénible du col de Ani-Raps (889 mètres),
ttc/i. (L,oaimuiiiquBe par Vltlunratiun)
Derrière nous, le quartier général passe à Lioum-Koula. Le voîvode Putnik, malade, était transporté à bras dans une chaise à porteurs, fabriquée par ses soldats avec une caisse de voiture...