‹ L'épopée serbe; l'agonie d'un peupleChapitre 16 sur 24 · VERS SCUTARI TERRE PROMISE · texte numérisé non relu

VERS SCUTARI TERRE PROMISE

De Pouka à Skut, i^r décembre.

Épuisés par la fatigue et par le manque de nourriture, — pour ménager nos vivres nous ne faisons qu'un repas par jour, et quel repas î — abrutis par le défaut de sommeil succédant à des étapes effroyables de dix à quinze heures, où, avec d'intolérables souffrances, nous nous traînons, les pieds meurtris, où nous glissons à tout moment sur la glace et dans la neige traîtresse, où, à la moindre inattention, nous risquons la chute affreuse, au fond de Tabtme sans cesse côtoyé, — ainsi nous continuons notre route avec une énergie machinale et désespérée, en plein cauchemar.

Mais j'abrège. Il me faudrait, pour chaque étape, recommencer à évoquer les mêmes images d'horreur, de douleur et de mort.

Cependant, plus nous avançons, plus nos souffrances deviennent insupportables. Les éléments semblent s'être coalisés pour multiplier les difficultés de notre marche, pour briser nos dernières forces, en élevant devant nous barrière sur bar-

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rière, dans la désolation sans exemple de cette Albanie hostile !

Ecrasé par la fatigue, hier, à peine arrivé au bivouac, je me suis anéanti dans un sommeil si profond que je n'ai pas senti tomber la pluie, survenue au cours de la nuit, en sorte que, ce matin, au réveil, je me suis retrouvé étendu dans un lac de boue et trempé comme une soupe.

C'est le dégel, c'est la preuve que nous atteignons le versant adriatique, et cette constatation a ranimé nos courages.

Les plus hautes montagnes sont passées maintenant, et nous pensons avoir achevé la partie la plus rude de notre calvaire.

Illusion !

Lentement, sous la pluie, nous nous traînons. Physiquement, nous sommes à bout de forces. Il a fallu, au départ, abandonner presque tous les derniers bagages (amenés pourtant jusque-là au prix de quelles difficultés et de combien de peines !) pour hisser sur les chevaux ceux d'entre nous dont les pieds sont gelés et ne peuvent plus les porter.

Et nous recommençons à grimper. La rampe, très dure, nous semble interminable. Des brumes

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