UNE PLAINTE MONTAIT DE LA VALLEE DE KOSSOYO
Gouvernement serbe et les légations étrangères, qui s'entassaient depuis quelques jours à Mitrovitsa, ont quitté précipitamment la ville avant l'aube, ainsi que le quartier général des armées, arrivé la veille seulement de Rachka.
Dans la nuit, de très mauvaises nouvelles sont parvenues, précisément du côté de Katchanik.
Une colonne bulgare, forte d'un régiment d'infanterie, avec plusieurs batteries d'artillerie et de cavalerie, s'est faufilée du village et de PrechevO (sur le front Vrania — Koumanovo) en traversant la vallée de la Vinachka-Morava, où les Serbes étaient peu nombreux. Elle a atteint les hauteurs de Jegliovatz et se trouve ainsi à la fois entre et derrière les forces serbes de Ghilané et celles de Katchanik.
La tenaille austro-allemande-bulgare, dont la charnière est Nisch, dont la pince austro-allemande descend du nord au sud, dont la pince bulgare progresse de l'est à l'ouest, menace de se refermer sur les armées serbes.
L'unique route permettant d'échapper à son étreinte, celle de Priszrend, suit d'abord la ligne ferrée d'Uskub, par Voutchitrn et Prichtina, jusqu'au village de Lipliane. Là, il faut bifurquer à angle droit, pour rejoindre la grande chaussée qui va de Ferizovitch à Priszrend.
56 l'agonie de la serbie
Or, de Jegliovatz, les Bulgares dominent ce point de bifurcation, distant d'à peine vingt kilomètres et qu'ils peuvent, d'une heure à l'autre, assaillir, en même temps qu'ils couperaient la ligne ferrée entre les stations de Lipliane et d'Ourochevatz.
C'est donc non seulement l'impossibilité de continuer la résistance à Katchanik, d'où les troupes ne peuvent plus espérer de salut que dans une retraite précipitée, mais c'est aussi la route du dernier refuge, de Priszrend, ville située à la frontière albanaise, tenue sous une menace immédiate.
Aussi l'affolement à Mitrovitsa, au matin du i6 novembre, est-il à son comble. A la suite des autorités, quiconque a encore à sa disposition un moyen quelconque de locomotion y jette en hâte quelques vêtements, quelques vivres et s'empresse de quitter la ville.
A la gare, plus de dix mille fugitifs sont entassés. Il n'y a plus de trains. Le dernier est parti, emportant les bagages et les archives du quartier général.
Après une matinée de recherches fiévreuses, j'ai la bonne fortune d'être accepté dans le camion