‹ L'épopée serbe; l'agonie d'un peupleChapitre 7 sur 24 · UNE PLAINTE MONTAIT DE LA VALLÉE DE KOSSOVO · texte numérisé non relu

UNE PLAINTE MONTAIT DE LA VALLÉE DE KOSSOVO

automobile avec lequel le chef du service des téléphones et télégraphes militaires cherche à sauver quelques pièces importantes de son matériel.

Ce camion est déjà bondé, mais je n'ai plus aucun bagage. Avec le vêtement que j'ai sur le dos, il ne me reste qu'un sac de soldat autrichien, ramassé, au mois d'août 19 14? sur le champ de bataille, lors de la victoire du Tser et du ladar.

Il contient quelques biscuits, mon nécessaire de toilette, une paire de souliers de rechange et une couverture.

Je vous détaille ma misère, mais je suis encore un privilégié dans l'épouvantable débâcle. Le dénuement des soldats et du peuple serbes est complet. La plupart, vêtus de haillons, marchant pieds nus, ne vivent que de choux et de maïs crus !

Mais, toutes les misères, toutes les souffrances dont j'ai été témoin jusqu'ici ne sont rien à côté des effroyables choses auxquelles j'ai assisté après avoir quitté Mitrovitsa...

A cinq kilomètres à peine de la ville, nous trouvons la route barrée par une trentaine de camions et d'automobiles embourbés.

Des soldats et des groupes de prisonniers s'efforcent de les tirer de la fondrière.

Seuls, les piétons et les cavaliers réussissent à passer et Lipliane est encore à une cinquantaine de

kilomètres ! Je désespère de pouvoir y arriver avant les Bulgares.

A la nuit, après quatre heures passées en efforts infructueux pour débarrasser le passage, je pars à pied. Il me faut deux heures de marche, sous une pluie battante, pour gagner Voutchitrn.

Le 17 novembre, le jour se lève sur un paysage désolé. La pluie, qui n'a pas cessé, tombe en averses redoublées; le froid devient plus vif, et bientôt ce sont des rafales de neige qui couvrent la ville, l'immense plaine de Kossovo et les montagnes qui l'encadrent. Seule, la route est sombre, car elle est couverte par les fugitifs, qui ont passé la nuit sous la tourmente et qui marchent, en trébuchant, les uns derrière les autres, tête basse, ahuris de fatigue, de souffrance et de désespoir.

Je garderai toujours le souvenir de cette horrible journée, pendant laquelle je traversai, de Voutchitrn à Prichtina, la plaine de Kossovo, qui, déjà, par elle-même, est bien le paysage le plus lugubre qui se puisse voir.

Tous les malheureux qui m'entourent sont épuisés; surpris par le froid, par la soudaine tempête de neige, ils tombent en grand nombre sur la

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