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CHAPITRE IV

La Terre - Sainte ; ses limites. — L'Égypte et la Syrie. — Les Ptolémée. — Les Juifs d'Alexandrie sous l'influence de la philosophie grecque.

Quand on parle de la Terre sainte, on a toujours plus ou moins confusément dans l'esprit cette longue bande de terre comprise entre la Méditerranée et le Jourdain d’une part, entre les montagnes du Liban (ou Mont-Blanc) et le désert du Sinaï de l’autre. Si les limites sont nettement déterminées à l'Orient et à l'Occident, elles le sont beaucoup moins au Nord et surtout au Midi. On peut cependant les accepter, malgré cet élément d'incertitude, lorsqu'on parle de l’ancienne Canaan, du pays promis à Abraham, conquis par Josué, possédé parles douze tribus, plus ou moins encore par les deux royaumes. Mais l’exil, en arrachant au sol les propriétaires légitimes et en facilitant l'envahissement du pays, avait apporté à cet état de choses des changements considérables, si profonds même que le retour ne put les modifier sensiblement, soit parce que ceux qui revinrent n'étaient pas assez nombreux pour occuper, ni même pour désirer d’occuper tout le pays, soit surtout parce que les possesseurs intérimaires n'étaient nullement disposés à

quitter la place et à se retirer devant les anciens propriétaires.

Jl y a bien toujours une nation juive, et un pays juif, mais l’un ne marche plus avec l’autre; les deux choses ne cadrent plus, ne s’'emboîtent plus l'une dans l'autre. L'esprit doit donc s’habituer à un nouveau travail et se rappeler que les Juifs sont partout, mais aussi que tout le monde est chez eux. Le pays luimême n'a plus un nom bien déterminé; tantôt il s’appelle la Syrie, à cause de l'influence du Nord, tantôt la Palestine, quand l'influence du Midi prévaut, ou bien encore lorsqu'il s'agit de le distinguer de la vraie Syrie, dont Damas était autrefois la capitale, et qui à, depuis Séleucus, Antioche pour centre principal.

D’après Strabon, la Syrie était divisée en un certain nombre de provinces, qui sont, en partant du Nord, la Comagène, la Séleucie, la Célésyrie, la Phénicie et la Judée. Cette division comprend des pays qui, évidemment, ne nous concernent pas. Si l’on s’en tient à cette bande de pays généralement connue sous le nom de Terre sainte, on peut dire que, sauf quelques modifications de détail, variant suivant les gouverneurs, elle était divisée sous les rois de Syrie en cinq provinces: la Galilée, la Samarie, la Judée, et de l’autre côté du Jourdain la Trachonite, et la Pérée. Les Romains y ajoutèrent plus tard l'Idumée, par la faute des Juifs eux-mêmes. Cest là la Palestine; mais, de ces pro-

vinces, les Juifs ne possédaient plus en propre que la Judée, et encore pas tout entière.

La Galilée, que l’on divisait en Haute et Basse, et qui, longtemps avant l'exil, portait déjà son nom, qui signifie cerele ou district, était comprise entre la Méditerranée et le cours supérieur du Jourdam; ses limites principales étaient le Carmel, Seythopolis, Tyr et la Pérée. Sa population, fort nombreuse , était un mélange de Phéniciens, de Syriens, d’Arabes, de Juifs et même de Grecs. Montagnards, les Galiléens passaient, à tort peut-être, pour peu cultivés; leur lansage était un patois rude et lourd, facile à reconnaitre: ils changeaient, par exemple, Alphée en Cléopas. Ils étaient courageux, mais inquiets et turbulents; c’est chez eux que prit naissance, sous Judas le Galiléen, la secte des Zélotes ou, pour mieux dire, le part de la résistance armée à la domination des Hérode. De nos jours on y trouve encore quelques rares habitants, mélange de Juifs, de Druses, de Maronites, d’Arabes et de Turcomans, qui adorent pêle-mêle Hastaroth, Mahomet, et les prophètes hébreux.

La Samarie, dont nous aurons à reparler plus tard pour tout dire en une fois sur ce peuple et cette religion, était placée entre la Galilée et la Judée; elle s’étendait de la mer au Jourdain, et comprenait l’ancien territoire d'Ephraïm, celui de Manassé occidental et la partie sud-est d’Issacar; son territoire était un des plus riches de la Palestine.

Le nom de Judée, nom très-général et qui signifie la terre des Juifs, a servi quelquefois pour désigner la Palestine tout entière; mais, dans le sens propre, il ue peut s'appliquer qu’à la partie sud de la Palestine, à la portion de pays plus spécialement habitée par les Juifs revenus de l'exil, et comprenant les territoires de Juda et de Benjamin, une portion de ceux de Dan et de Siméon, la partie méridionale des montagnes d'Ephraïm, et peut-être la plaine entière de Saron. C'était une contrée presque toute montagneuse, mais : d’une grande fertilité. La population y était mélangée comme partout, mais les Juifs y dominaient. Juvénal la caractérise :

Observant ubi festa mero pede sabbata reges, Et vetus indulget senibus clementia porcis. (Sat. VI.)

ÇUn pays où les rois même observent les sabbats, et dont l’antique pitié laisse les pores mourir de viallesse ,» définition qui n’est fausse que par sa ridicule superficialité, comme le sont et le seront toujours les jugements du monde sur l'Église. :

La Pérée, dont le nom ne se rencontre pas dans nos saints livres, mais qui n’en fut pas moins le théâtre de quelques-unes des scènes évangéliques, notamment de la destruction des deux mille pourceaux, était dans le sens restreint la portion de pays comprise entre l’Arnon et le Jabbok, et dans un sens plus général, toute la contrée située au delà du Jourdain, l’ancien

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