‹ L'époque des MaccabéesChapitre 17 sur 48 · MR · texte numérisé non relu

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territoire de Ruben, Gad et Manassé oriental, l'ancien pays de Galaad. Le nom même de Pérée vient du grec Pérûn, traverser, parce que pour y arriver il fallait passer le Jourdain. Les données géographiques "de cette époque ont du reste quelque chose de vague et de difficile à saisir, comme celles de tout pays qui, sans histoire et sans importance réelle, est exposé à de continuels morcellements ; on le comprendra si l'on se rappelle que la Pérée se subdivisait en Batanée au Nord-Est, et Pérée proprement dite, et que celle-ci, à son tour, se subdivisait en Haute et Basse-Pérée ; que, d’un autre côté, l’on admettait généralement la division de la Pérée en huit districts ou cantons, la Pérée propre, Galaad, la Décapole, la Gaulonite, la Batanée (ancien Basan), l’Auranite, la Trachonite et l’Abilène ; que la Trachonite, enfin, comprise entre l’'Anti-Liban et les montagnes de l'Arabie, était parfois considérée comme une province à part, et régie tantôt par l'un, tantôt par l’autre des gouvernements voisins.

Quant à l’Idumée, qui s’étendait anciennement de la mer Morte à la mer Rouge, et qui occupait ce qu'on a dès lors appelé l’Arabie Pétrée, mécontente de son lot rocailleux, dépossédée d’ailleurs par les Nabathéens, elle avait profité de l’exil des habitants de Juda, pour empiéter peu à peu sur leur territoire, et s’avançant vers le Nord, elle avait fini par s'emparer entièrement de la Judée méridionale, c’est-à-dire de la tribu de Siméon et de la moitié de celle de Juda:

Hébron, l’ancienne capitale de Juda, était devenue sa capitale, et quand les Juifs revinrent de l'exil, les faits étaient trop accomplis pour qu’on püût revenir en arriére ; il y avait prescription, personne ne songea à disputer des frontières, dont au fond l’on n’avait pas besoin. Il importe donc de se rappeler que l’Idumée, au temps dont nous parlons, n’est plus l’ancien Edom des descendants d'Esaü. Plus tard, lorsque les Romains, par leurs intrigues, commenceront à se montrer sur la scène où se passe cette histoire, les Juifs s’'annexeront l’Idumée; ils en convertiront et circonciront les habitants, sans prévoir les suites amères de cette annexion moitié militaire, moitié diplomatique; les Iduméens, soi-disant convertis, imposeront aux Juifs un roi de leur nation et le feront agréer par les Romains.

On voit donc que, s’il y a quelque chose d’un peu net et défini dans ce qui concerne la Judée propremeni dite, il reste un grand vague sur les limites précises du pays entier, quand il s’agit de ses rapports avec les pays voisins qui s’en disputèrent si longtemps et si souvent la possession. C’est un territoire variable, un sable mouvant; et si Jérusalem en reste le centre, quand il s’agit du culte et de l’admimistration régulière, si la Samarie et la Galilée en sont forcément exclues, quand il s’agit de la religion et du vrai peuple du Dieu de l'Ancien Testament, le territoire reprend toute son étendue comme pays au moment où com-

… es —

mencent les luttes pour l'indépendance nationale. Reconquérir les anciennes frontières sera l'idée fixe de la famille hasmonéenne.

L'unité nationale fait complétement défaut aux Juifs à l'époque dont nous nous occupons, aussi bien que l'unité territoriale : l'unité religieuse devra nécessairement s’en ressentir. Le développement intérieur et moral dépend souvent des circonstances extérieures dans lesquelles on est placé; les faits agissent sur les principes et sur les théories, et les modifient d’une manière sensible dans un monde où l'esprit et la matière sont indissolublement unis; en vain l’on cherchera l'absolu, on ne le trouvera que réfléchi ou réfracté par le milieu dans lequel on s’agite. L'éducation première, les relations sociales, la tournure particulière de l’inteligence ou du caractère, les passions, les habitudes, tout concourt à former une atmosphère, un air ambiant, qui ne laisse pas arriver purs les rayons de l'esprit de Dieu, et qui, tout en leur conservant leur lumière et leur chaleur, en modifie la direction ou la force, et produit ces effets variés qu’en tout temps l'on a remarqué chez ceux qui, partant d'un même point de vue, arrivent cependant à des conclusions différentes.

Il est naturel de penser que les Juifs demeurés à Jérusalem, ayant leur temple, leurs livres sacrés, leur langue, leurs prêtres et leur eulte, resteront plus fidélement attachés à leur religion, et à la lettre même

de leur religion, que ceux qui ont conservé leurs établissements en Babylonie, et qui, tièdes déjà, seront plus ou moins accessibles aux traditions mystiques du mazdéisme. Les uns et les autres se distingueront encore des Juifs qui se seront établis en Égypte pour obéir à leur instinct national, et qui, devenus commerçants dans la ville la plus commerciale du monde, seront mis en contact avec les Grecs et avec la philosophie des Aristote et des Platon. Les Juifs de Jérusalem se ressentiront également du joug qui pèsera sur eux, et leur judaïsme, sous la paisible administration des Ptolémée, sera moins âpre qu'il ne le deviendra cent ans plus tard sous la tyrannie des Séleucides. Enfin, en Égypte même, les Juifs d'Alexandrie devront avoir une culture et des aspirations tout autres que ceux de la province, qui finiront plus tard par établir un culte rival, plus pur, à Héliopolis, sous la conduite d'Onias IE. Mais n’empiétons pas sur l'avenir.

Des quatre royaumes issus de la monarchie d’Alexandre, deux surtout prirent un développement considérable, la Syrie sous les Séleucides, et l'Égypte sous les Ptolémée ; tous deux finirent, du reste, par devenir à leur tour des provinces de l'empire romain.

L'Égypte n’était pas une puissance conquérante. Les Ptolémée, dynastie d'artistes et de savants, cultivaient les sciences et les arts. Alexandrie était le centre du commerce, des richesses et du luxe, mais aussi le centre respecté des connaissances, des lettres et du

goût. Elle eut le grand bonheur de ne compter, pendant le premier siècle de sa nouvelle existence, que trois règnes successifs qui, par leur longueur et par l'excellence des princes qui se succédèrent, permirent au pays de se développer librement, PRE el sans secousse.

Les Séleucides, tout en appréciant les beaux-arts, le commerce et les jouissances de la vie, étaient d’un naturel plus belliqueux. Ils travaillèrent toujours à augmenter leur puissance, qui alla croissant jusqu’à Antiochus le Grand (229 à 186); mais depuis lors, leur empire commença rapidement à décliner; les guerres avaient épuisé leurs finances ; une puissance militaire périra toujours par l’excès même de sa force; une forte armée ne vaut ni l’agriculture, ni le commerce, pour la prospérité réelle et durable d’un pays.

C’est entre ces deux empires que se trouvait placée la Judée, théâtre naturel de leurs guerres et leur champ de bataille prédestiné.

Sans influence ni ressources‘politiques, sans force, sans princes, sans prophètes, presque sans lumières, les Juifs attendent de Dieu leur salut et la délivrance d'Israël ; mais en même temps ils s’enfoncent de plus en plus, sous le rapport théologique et religieux, dans le bourbier de la lettre morte qui tue, et ne croient pouvoir ressaisir une apparence de vie nationale qu’en recommençant à intervenir dans les démêlés politiques des peuples voisins. Ils oublient que l'esprit vivifiant

de la révélation divine est le seul vrai principe de tout progrès et de toute civilisation : leurs rapports avec les Grecs les entrainent plus loin qu'ils ne l'avaient prévu d’abord; non-seulement ils se laissent aller à l'admiration de la culture grecque, mais ils vont jusqu'à limiter et à la prendre pour modèle : heureux et surpris de trouver dans Platon la doctrine plus ou moins nettement exposée de l’unité de Dieu et quelques beaux préceptes de morale, ils font plus que se réjouir en approuvant, ils cherchent à provoquer une fusion entre le mosaïsme et la philosophie, et toute leur théologie, à partir de cette époque, revêt ce caractère. Ils établiront bientôt que Platon s’est inspiré de Moïse, et, cette fihation bien constatée, ils croiront pouvoir à leur tour s'inspirer de Platon, sans renier la religion de leurs pères.

L'état des Juifs sous les Ptolémée fut une période de paix et de littérature.

On a déjà vu que Ptolémée, fils de he (d’où le nom de Lagides, donné à cette dynastie qui occupa le trône pendant 293 ans), avait obtenu, aussitôt après la mort d'Alexandre, le gouvernement de l'Égypte. Il le conserva sans contestation au milieu des rivalités contemporaines, prit en 905 le titre de roi, et s'aggrandit successivement par d’heureuses guerres qu'il n'avait point cherchées, et qui lui valurent en définitive Tvr et Sidon, la Judée, li le de Chypre et la Gyré-

naïque. Ces frontières restèrent dans la famille sous son fils et sous son petit-fils, c’est-à-dire pendant un siècle environ. La décadence commença sous Philopator, son arrière petit-fils, le premier des mauvais rois d'Égypte, et celui qui marqua le commencement de la période décroissante de ce pays. Quinze rois de cette famille, en y comprenant la célèbre Cléopâtre ; seize, en comptant le petit Césarion, fils de Cléopâtre et peut-être de César, qui fut tué à dix-sept ans, se succédèrent sur le trône. Presque tous portérent le nom de Ptolémée, et pour les distinguer autrement que par leurs chiffres, on leur a donné presqu’à tous des surnoms qu'il importe de prendre dans leur vrai sens, pour ne pas faire de confusion, et ne pas risquer de composer une idylle ou une pastorale sur une série d'ironies. En effet, ce sont des noms qui trompent. Le deuxième fut surnommé Philadelphe, ami de ses frères ; 1l fit tuer Arsène, son plus jeune frère, et chassa l’autre, Céraunus, pour épouser sa femme. Le quatrième est surnommé Philopator, l'ami de son père: on l’accusait de lavoir fait empoisonner; il fit encore mourir sa mère, puis son frère, puis Arsinoé, qui était à la fois sa sœur et sa femme. Le sixième reçut le nom de Philométor, qui aime sa mère; on connaît la haine qu’il ne cessa de témoigner à la sienne, parce qu'elle avait voulu lui préférer un de ses frères. Le septième se surnomma lui-même Evergètes Il ou le Bienfaiteur ; mais son peuple, loin de ratifier ce surnom, l’ap-

pela par dérision Kakergêtes, le Malfaisant, ou Physcon, le Ventru; c’est ce dernier titre qui a prévalu. Le onzième, à cause de sa passion pour la flûte, reçut le nom champêtre et significatif de Aulétès, le joueur de flûte, qu'il avait bien mérité. Deux surnoms plus honorables, ou mieux justifiés, furent celui du premier Ptolémée, qui fut appelé Sôter, Sauveur, parce qu’il sauva l'Égypte de la destruction et la releva de son abaissement ; et celui du troisième, qui rendit à l'Égypte les images de ses dieux, enlevées par Cambyse, ce qui lui mérita le titre d'Evergêètes, bienfaiteur.

Si nous faisions l’histoire d'Égypte, nous aurions à parler en détail de tous les rois de cette dynastie qui, après avoir commencé par le vainqueur d'Ipsus, finit par une femme et deux ou trois enfants, et quels enfants! et quelle femme! l'épouse successive de ses deux frères, Ptolémée XIT, dit Bacchus, âgé de treize ans ; Ptolémée XII, âgé de onze ans, et bien surnommé l'enfant; puis de César, puis d'Antoine, et qui se fit mourir à trente-neuf ans, désespérée de ne pouvoir séduire son nouveau vainqueur ; Octave refusait de se soumettre à ses charmes ; Hérode avait eu pareillement le bonheur d'échapper à la fasemation qu’elle essayait d'exercer sur lui. Elle a été chantée par La Calprenède (1648); elle aurait peut-être mérité mieux.

Mais c’est l’histoire des Juifs que nous racontons, et sous ce rapport nous n'avons guêre à nous occuper que des trois premiers Ptolémée, ceux qui possédé-

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