‹ L'époque des MaccabéesChapitre 18 sur 48 · AN · texte numérisé non relu

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rent la Palestme, et qui, tous trois , à divers titres, méritérent d’être appelés grands. Le premier régna quarante ans, de 323 à 284; le second trente-huit ans, 283-246; le troisième vingt-cinq ans, 246-991 ; les trois ensemble cent et deux ans. Avec le quatrième, l'horizon commence à s’assombrir.

Depuis Cambvyse, l'Égypte était un pays en ruines, sans commerce, sans relations, sans autorités reconnues. Ses canaux étaient encombrés, ses villes étaient désertes et dépeuplées. Le premier des Ptolémée la releva, lui fit une position politique et militaire, protégea et restaura Memphis, son ancienne capitale, et s'occupa d'achever et d’embellir Alexandrie, la résidence de ses nouveaux rois. Littérateur lui-même, et auteur d’une Vie d'Alexandre, malheureusement perdue, il favorisa les lettres, les arts et les sciences, s'entoura de savants et de philosophes, et les réunit dans une partie de ses palais, qui fut dès lors spécialement consacrée aux muses, et qui reçut le nom de Musée. Il jeta les fondements de cette fameuse bibliothèque qui devait, sous ses successeurs, compter Jusqu'à sept cent mille volumes ou rouleaux, bien plus considérables pour la place qu'ils occupaient que les volumes de nos bibliothèques. Ce vaste établissement ne cessa de s’accroître, et, bien que l'incendie eût dévoré 400,000 volumes, lors du siége de la ville par César, Cléopâtre l’enrichit presque aussitôt de 200,000

volumes nouveaux, qui réparèrent en partie ce désastre”.

Ptolémée fit encore construire en marbre blanc le fanal de l’île de Pharos, que ses contemporains placèrent, comme phare, au nombre des sept merveilles du monde, et qui devait éclairer et guider la nuit les vaisseaux qui s’approchaient des côtes.

Pour assurer la continuation de son œuvre, il écarta du trône son fils aîné et-abdiqua en faveur d’un fils de sa seconde femme, Ptolémée IT, qui se montra le digne successeur de son père.

Cest peut-être ce second Ptolémée, surnommé Philadelphe, qui fit agrandir et fortifier Saint-Jeand'Acre, et qui lui donna le nom de Ptolémais, sous lequel cette ville est encore désignée dans le Nouveau Testament (Act. XXI, 7). Il restaura de même Rabbath- Hammon, l’ancienne métropole des Hammonites, qui reçut de lui pour un temps le nom de Philadelphie. Il avait épousé en premières noces une fille de Lysimaque ; 1l la répudia pour épouser la veuve de ce même

1. On sait que vers le milieu du VII siècle, Omar se servit de ces livres pour chauffer les bains publics d'Alexandrie; il y en eut pour six mois. Les motifs qu'il allégua se résument en un dilemme : ou bien ces livres sont conformes au Coran, par conséquent inutiles; ou bien ils sont contraires au Coran, par conséquent dangereux et nuisibles. Décidément l'Évangile seul a compris l'humanité et respecté toutes les grandeurs, en recommandant d'examiner toutes choses et de retenir ce qui est bon.

Lysimaque, qui se trouvait être en même temps lafemme de son propre frère. Par cette seconde alliance avec la mère de sa première femme, mère qui était aussi devenue sa tante, puisqu'elle avait épousé le frère de Ptolémée, le roi d'Égypte se trouva être avec luimême dans des relations de parenté incroyables ; 1l devint son propre oncle par alliance, son propre neveu, le beau-père, le beau-frère et le gendre de sa femme, et par conséquent de lui-même; tristes unions, tout égyptiennes, fréquentes dans cette dynastie, et qui contribuërent plus que tout le reste à l’abâtardissement de la famille des Lagides. Il donna sa fille Bérénice en mariage à Antiochus de Syrie, comme condition d’un traité de paix; on verra plus tard qu'il en résulta peu de bien.

L'un des plus grands rois de sa race, il continua l'œuvre paternelle. Son règne fut plus paisible encore que n'avait été celui de son père; l'Égypte devint le pays le plus commerçant du monde et la première puissance maritime. Îl fit creuser un canal joignant le Nil à la mer Rouge, et l’on y consacra moins de temps que l’on n’en met aujourd'hui à discuter la question du percement de listhme de Suez: il est vrai qu'il n’y avait pas alors de gouvernement dont ce projet contrecarrât l’égoisme commercial ou politique. Il enrichit la bibliothèque d'Alexandrie d’une foule de livres rares et la porta à 200,000 volumes. Il continua de réunir dans son musée les hommes les plus distingués

de son temps, Euclide, le père des mathématiques, Théocrite, l'inventeur de lidylle, Callimaque , Lycophron, Aratus, des philosophes, des médecins, des astronomes, etc. Son règne marqua dans l’histoire juive par l'impulsion donnée à la traduction de lAncien Testament en langue grecque, version connue sous le nom des Septante et dont nous parlerons bientôt.

Ce fut également sous son règne, que le vieux ponfe Omias IT ayant cru devoir, par patriotisme, refuser de payer l'impôt annuel qu'il devait à Ptolémée, les Juifs furent exposés aux dangers d’une invasion. Ils n’y échappérent que grâce aux concessions et aux paroles insinuantes de l’aimable et profane Joseph, neveu du pontife. La conduite de ce jeune homme, qui finit par devenir le grand receveur royal pour les provinces comprises entre l'Égypte et le Liban, montre que les Juifs commençaient à se mêler de nouveau des affaires de ce monde; ils en attendaient de linfluence, ils en recueillirent des fruits amers (Josèphe, Antiq. jud., XIE, 4).

Sous Ptolémée II, fils et successeur du précédent, l'Égypte prit certaines allures belliqueuses, qui marquèrent la fin de sa prospérité et le commencement de sa décadence. Aux conquêtes de la paix, le roi voulut joindre celles de la guerre; les lauriers du commerce ne suffisaient pas à son ambition; la littérature

el les arts ne suffisaient pas à sa gloire. Tout en continuant de favoriser les lettres, il envahit la Syrie, fit la guerre à Antiochus le dieu pour venger le renvoi de sa sœur Bérénice, poussa jusqu’à Babylone, et rapporta de cette expédition le chiffre presque fabuleux de 25,000 statues, dont la plupart avaient été enlevées à l'Égypte par Cambyse. On a vu que le surnom d'Evergètes lui fut, à cette occasion, décerné par les Égyptiens. Il fut le dernier de sa race qui sut se faire aimer de ses sujets et craindre de ses ennemis.

Son fils Ptolémée IV, lempoisonneur, usé de débauches, ne régna que dix-sept ans (221 à 204); mais dans l'intervalle il eut le temps d’être battu par Antiochus le Grand et de perdre toutes ses possessions d'Asie. Les Syriens s’emparèrent de la Palestine, et les Juifs passèrent sous la domination des Séleucides. Nous n’aurons donc plus guëre à nous occuper des Ptolémée. Il nous reste à examiner ce qu’étaient devenus les Juifs et ce qu'ils avaient fait pendant les rêgnes éclatants et paisibles qui viennent d’être rappelés.

Leur histoire peut se résumer en peu de mots: sauf quelques émigrations plus ou moins considérables, elle fut essentiellement littéraire. Elle se caractérise par la clôture définitive du canon, par la traduction des Septante, et par l'apparition d’une littéra-

ture religieuse grecque, dont les Apocryphes sont le commencement et la partie la plus importante.

Après que la Phénicie, la Judée et la Gélésyrie furent, pour un temps, retombées sous la domination d'Antigone (314-501), Ptolémée, qui avait failli un moment s'en rendre de nouveau maître, avait vu sa conquête lui échapper, ainsi qu'il a été dit plus haut. Mais il ne quitta pas la partie sans porter à son ennemi un coup terrible, non-seulement en détruisant ses principales forteresses, mais encore et surtout en emmenant avec lui un grand nombre des habitants du pays, et des meilleurs, qui le suivirent du reste par choix bien plus que par force.

Déjà sous Alexandre, une première colonie Juive avait été attirée en Égypte, et notamment à Alexandrie (332). Une seconde avait suivi, en 320, dans les premières années de Ptolémée; c’étaient des prisonniers de guerre; peut-être furent-ils considérés comme esclaves; ils furent, comme on l’a vu, dispersés Jusque dans la Libye et la Cyrénaïque. En 319 eut lieu le troisième convoi, celui dont nous parlons, et qui pàraît avoir été volontaire.

En effet, les Juifs avaient recouvré une partie du territoire promis à Jacob, leur père, mais ils ne sy sentaient plus chez eux; ce n’était plus cette patrie à laquelle tant de liens rattachent l'homme. Sil est douloureux d’être exilé sur la terre étrangère, 1l est

peut-être plus douloureux encore de se sentir exilé et comme étranger dans son propre pays. Et c'était le cas pour les habitants de la Judée. On leur appliquait le proverbe: Les absents ont tort. Leur place avait été prise pendant l’exil; on croyait faire beaucoup en voulant bien partager avec eux. Ils étaient comme locataires dans une maison qui avait été la leur; ils n’étaient plus les maîtres, ils n’étaient plus les seuls habitants du pays: tout ce qu'ils connaissaient de leur histoire leur rappelait que leurs beaux jours étaient passés; ils n'étaient plus dorénavant qu'étrangers et voyageurs dans leur pays : au lieu de rester isolés, tout leur conseillait de se mêler au monde. Des Égyptiens, des Grecs, des Syriens, des Iduméens foulaient, comme eux, et presque au même titre, le sol sacré: les Juifs eux-mêmes sy trouvaient peut-être en minorité. Ils devaient se rappeler aussi qu'ils avaient ailleurs, dans les plaines de Babylone et sur les rivages du Nil, des amis, des parents, des compatriotes et des coreligionnaires. Le monde était ainsi leur patrie, et ils se formaient peu à peu à ce cosmopolitisme, qui devait être à la fois le châtiment de leurs péchés et la gloire de leur vocation. Si l’on ajoute à cela que le gouvernement d’Antigone leur était peu sympathique, si lon se rappelle que pendant son administration intérimaire (320-314), Ptolémée les avait séduits par sa douceur, sa clémence et son humanité; si l’on tient compte enfin des priviléges et des avantages matériels que

Ptolémée leur accordait pour les engager à le suivre en Égypte, les assimilant de tous points aux Macédomiens, on comprendra qu'ils se soient décidés sans trop de peine à le suivre, et qu'un grand nombre aient quitté leur pauvre patrie, pour aller chercher ailleurs un bon pays et une protection puissante. Le quartier des Juifs à Alexandrie compta bientôt des milliers de familles, et dans le nombre, des personnes considérables par leur fortune, leurs talents ou leur position. Les noms d'Ezéchias et de Mésullam, que nous avons déjà rencontrés, en sont des exemples isolés.

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