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CHAPITRE VI

Littérature religieuse des Juifs (suite). — Les Livres Apocryphes.

Latraduction de la Loi hébraïque en langue grecque, et surtout la manière dont elle avait été faite, ne tarda pas à révéler chez les Juifs des instincts littéraires, dont jusqu'alors rien ne pouvait faire soupçonner l'existence. Des livres nouveaux parurent, écrits par des Juifs, avec ou sans nom d'auteur, quelquefois même sous des noms supposés, destinés à donner de la valeur à des choses qui n’en avaient pas par ellesmêmes. |

On a vu, en effet, comment la version des Septante avait de bonne heure éveillé l'attention par les additions nombreuses que s'étaient permises à la longue les auteurs, les rédacteurs ou les copistes. Ces altérations n'étaient point chose rare à cette époque; on ne les jugeait pas du même point de vue qu'aujourd'hui. Le plus habile se permettait des imitations et se plaisait à les mettre sous un patronage respecté ; l'auteur de la Sapience n’a pas reculé devant le nom de Salomon, et ses contemporains, sans accepter cette fausse paternité, ont cependant continué d’appeler son livre la Sapience de Salomon. D’autres, en co-

piant, peut-être pour leur propre compte, quelques ouvrages connus, ne se faisaient aucun scrupule dy ajouter, soit pour embellir, soit pour corriger, soit pour compléter, tout ce qu'ils pouvaient avoir appris, tout ce qu'ils pouvaient inventer sur lé même personnage ou sur la même époque; c’est ainsi qu'ont pris naissance les additions diverses aux livres d’Esdras, d'Ester, de Daniel, ete. D'autres, enfin, modifiaient les manuscrits, changeaient les textes, dans un but philosophique ou dogmatique, et ne s’en cachaient guère. Pour le dire en passant, c’est un fait bien étrange, un fait providentiel, que, lorsque tous les manuscrits anciens, même ceux des Septante, ont été complétement altérés, les manuscrits des livres saints aient pu nous parvenir avec si peu d’altérations et des variantes aussi insignifiantes. L'œuvre de Dieu était préservée, quand celle des hommes était soumise à tous les caprices de la critique ou de l'imagination. Quand on parle des Apocryphes, on se figure souverit un tout homogène, une collection proprement dite, un ensemble de livres ayant quelque chose de commun, soit le but, soit l’origine, soit l'époque où ils ont été composés, soit l'autorité qui leur à donné créance. Rien de cela n'existe dans la réalité; non: seulement les Apocryphes n’ont point d'autorité dans l'Église, mais encore ils n’en revendiquent aucune; ils ne se présentent pas comme un ensemble bien caractérisé, ils sont une collection fortuite, accidentelle,

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de livres ou de fragments écrits les uns en grec, les autres en hébreu, les uns en Égypte, les autres à Jérusalem , à diverses époques, à de très-longs intervalles les uns des autres, et plusieurs même à des dates qu'il est très-difficile, peut-être impossible, de déterminer. En réunissant ici les principales observations qu’on peut avoir à faire sur ce sujet, c’est, d’une part, pour épuiser ce qui concerne la littérature des Juifs pendant cette époque, d'autre part aussi, pour éviter des redites, parce qu’à défaut d’une unité réelle, les Apocryphes ont fini par obtenir une unité factice dans l'Église, et que ce qu'il y aurait à dire de l’un de ces livres , 1l faudrait le répéter de presque tous.

Le mot grec apocryphe se trouve dans le passage Mare, IV, 22: «Il n’y a rien de caché qui ne vienne en évidence;» voyez encore Lue, VITE 17; Col., IV, 3. Quant à son emploi ecclésiastique, pour désignér les livres dont nous parlons, il apparaît pour la première fois dans Clément d'Alexandrie {Strom., XIIT, 4). D’après la Bibliothèque sacrée des pères domimicains Fuchard et Giraud (Paris, 1822), ce nom s’appliquerait : 1° à des livres anonymes, ou dont les indications d'auteurs sont reconnues fausses; 2° à des livres qui ne devaient pas être lus publiquement, mais qui pouvaient se lire en particulier avec édification ; 3° à ceux | qui passent pour inauthentiques, ou dont lautorité divine n’est par reconnue, bien qu’ils aient pour auteur

un apôtre ou un homme de Dieu, comme l'épiître de Barnabas; 4° enfin, à des livres dangereux, composés par des hérétiques pour propager des doctrines erronées. À

Séduits par l'éclat des lettres grecques et par les charmes de la science et de la philosophie, qu'Aristote et Platon venaient d'élever à une si grande hauteur, les Juifs, et en particulier ceux d'Alexandrie, s'étaient mis à cultiver aussi la littérature, probablement sans de grandes prétentions littéraires. Et tandis que ceux de Jérusalem, de plus en plus irrités contre leurs conquérants, surtout contre les Séleucides, qui ne leur donnaient aucun dédommagement en échange de leurs libertés perdues, croissaient dans la haine de la langue grecque, au point de «maudire ceux qui lenseigneraient à leurs enfants’, » ceux d'Alexandrie, plus mêlés avec le monde, ayant moins souffert dans leurs droits religieux, plus philosophes, plus froids aussi peut-être, parce qu'ils étaient plus éloignés du centre, non-seulement acceptaient les Septante comme inspirés, mais n'étaient pas loin d'admettre comme ayant une certaine autorité, quoique inférieure, diverses compositions religieuses. originales qui avaient pris naissance au milieu d'eux. Plusieurs même prirent rang parmi les nouveaux littérateurs, et composèrent .des cantiques, des prières, des romans religieux, des

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