La prière de Manassé
15 et 16. Le 2° et le 3° livres d'Esdras.
De ces seize livres, l’Église romaine, malgré la orande autorité de Jérôme, en a admis onze comme inspirés, et prononce, par l’organe du concile de Trente, lanathème contre quiconque ne les tiendrait pas, (pro sacris et canonicis» (sessions des 8 et 15 avril 1546); elle rejette seulement la prière de Manassé, les deux livres d'Esdras et les deux dérmiérs livres des Maccabées, qui, n’ayant jamais fait partie de la collection des Septante, ne sont pas même des Apocryphes, mais sont plus généralement désignés sous le nom de Pseudépigraphes.
L'Église grecque, de son côté, repousse Tobie, Judith, la Sapience, l’Ecclésiastique et les deux livres des Maccabées, admis par l’Église latine; en revanche, elle tient pour canonique la Prière de Manassé. L’arbitraire doit régner où manque l’autorité. ns
Toutefois, de ce que ces livres ne sont pas canoniques, il ne résulte pas qu’ils soient tous sans valeur; l'Église ne les a jamais entièrement dédaignés. Ils sont le seul lien qui rattache l'Ancien Testament au Nouveau; ils racontent une histoire importante et trop peu connue; ils caractérisent l'esprit des Juifs, la
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transformation lente et successive qui s’est opérée dans leurs opinions religieuses et politiques depuis les scènes de Babylone jusqu’à la chute de la dynastie hasmonéenne, et l'invasion de l'esprit moderne dans le vieux moule des prescriptions légales. Ils renferment, en outre, de belles maximes et d’utiles leçons, et peuvent contribuer, aujourd’hui comme aux premiers Jours, à l'édification des fidèles. Luther, en les conservant, leur a donné pour titre général : «Livres qui ne sont pas estimés comme la Sainte Écriture, mais qui sont cependant utiles et bons à lire.» L'Église anglicane, dans son VI article, dit de même: «(Quant aux autres livres, comme dit saint Jérôme, l'Église les lit à la vérité pour en tirer des modèles de conduite, ainsi que des règles pour les mœurs; mais pourtant elle ne les fait servir de fondement pour aucune doctrine.» Les Églises réformées et les Sociétés bibliques, par un esprit de routine qui ne s'explique pas, ont longtemps continué de publier aussi les Apocryphes avec la Bible, tout en ayant soin de prévenir les lecteurs que ces livres ne faisaient en aucune manière partie du volume sacré. Depuis quelques années cependant, on est en train de rompre avec cette tradition d’un autre âge, et les réformés, après de longues hésitations, se sont enfin décidés à les supprimer, pour être conséquents avec leur principe même de ne distribuer que la parole de Dieu. Mais comme toutes les réactions, celle-ci est tombée dans l'excès con-
traire, et la lecture des Apocryphes est Pr entiérement négligée.
Il y aurait une étude intér essante à faire sur le rôle que les Apocryphes ont joué dans l’Église depuis que, le concile de Trente ayant surfait leur valeur, les Églises évangéliques ont cherché à la réduire outre mesure. M. le pasteur Moulinié, dans une Notice sur les livres apocryphes de l'Ancien Testament (Genève, 1898), s’est constitué leur champion, et réfute avec intelligence plusieurs des objections, surtout dogmatiques, qu’on essaie de faire valoir contre leur emploi dans l’Église; il demande qu'ils soient conservés dans nos Bibles, mais avec un avis catégorique, imprimé en «caractères remarquables,» et constatant qu'ils ne doivent pas faire partie du culte divin. L’argumentation du vénérable pasteur de Genève se ressent de la faiblesse de sa cause; il demande qu'on mette avec la Bible des livres qui n’en font pas parüe, et il confond constamment un livre inspiré avec un bon livre; il reconnaît de plusieurs de ces écrits qu'ils ne sont pas précisément inspirés; pour d’autres, qu'ils n’ont pas une canonicité formelle, ou qu’on ne doit pas les considérer comme inspirés surnaturellement (par opposition sans doute à l'inspiration naturelle?) ; et malgré toutes ces réserves, si souvent répétées, 1l conclut au maintien dans le canon de livres non canoniques. C'est l'inconvénient d’une question mal posée. Toute la question est, en effet, de savoir quels sont les livres
appartenant à l’Écriture Sainte; si lon sort de ces limites, on ne saura guère où s'arrêter; il ne manque pas de bons livres, même contemporains, qui auraient plus de titres que bien des Apocryphes, à être adjoints au code sacré; certaines prières liturgiques valent mieux que la prière de Manassé; certains cantiques valent mieux que le cantique des trois jeunes Hébreux, et le fait que des Juifs sans autorité ont altéré le texte en Le traduisant ne suffit pas à constituer une tradition faisant loi pour l'Église.
On divise ordinairement les Apocryphes en trois catégories, suivant leurcontenu : les livres de philosophie morale, tels que la Sapience et l’Ecclésiastique ; les livres historiques, tels que les deux premiers des Maccabées, les fragments d’'Esdras, et, selon quelquesuns, Judith ; enfin, les romans religieux, ou fictions ; destinés à mettre en relief certaines vérités, tels que Tobie, Suzanne, Bel et Dragon, etc.; le livre de Judith doit certainement être rangé dans cette classe,
Le Premier livre des Maccabées a une valeur historique réelle, malgré certaines méprises de détail qui constatent son origine humaine, que du reste il reconnait lui-même. Il parut d’abord en caldéen, sous le ütre de «Sceptre du Prince des Fils de Dieu» Jérôme l'a vu sous celle forme. Quelques savants pensent qu'il a été écrit par Jean Hyrcan, fils de Simon Maccabée, qui fut pendant trente ans chef et sacrilicateur
des Juifs; et comme dans ce livre on se sert des Archives de l'État (4 Macc., XVI, 93, 24), il est bien probable qu'il a été composé sous les yeux d'une personne jouissant de quelque autorité. Il ne fut traduit en grec que plus tard, peut-être vers le fou HE siècle. Il raconte l’histoire de la révolution qui éclata sous Antiochus Épiphanes, et les guerres illustres qui assurèrent, par les soins de la famille Maccabée, lindépendance de la nation juive, asservie aux Séleucides; il finit à la mort du souverain pontife Simon, et comprend l’espace d'environ quarante années (170 à 130 avant Jésus-Christ). — Le second livre de ce nom n'a pas, à beaucoup prés, la valeur du premier : il reprend de plus haut l'histoire des Juifs (185 avant Jésus-Christ), et ne va que jusqu’à la mort de Nicanor: d’après son contenu, il devrait donc être placé avant l'autre; il a été écrit en grec, et adressé par les Juifs de Palestine aux Juifs d'Égypte; c’est le simple extrait d'une histoire plus détaillée, tirée d’un recueil fait par Judas, probablement le fils de Jean Hyrcan; il abonde en récits édifiants, en pieuses réflexions et en fades légendes; les miracles les plus extravagants y sont racontés sans le moindre esprit critique, et mêlés aux histoires les plus touchantes et les plus naives; on pourrait lui donner pour épigraphe les paroles de saint Paul: Examinez toutes choses et retenez ce qui est bon. — Quant aux3° et 4° livres des Maccabées, ils n'ont aucune valeur et ne sont patron-
nés par aucune Église; nous n'avons donc pas à nous en occuper. Le troisième, cependant, se trouve dans l'édition des Septante, faite par le pape Sixte, réimprimée dans les Polyglottes de Walton, et dont le texte est reproduit par Van Ess. On l’a publié pour la première fois en français dans l'édition de Paris de 1675.
Les Addilions au livre d'Ester ne sont pas un livre à part, mais sept chapitres que Lysimaque, le traducteur du livre canonique d’Ester, a ajoutés de son chef au texte original, pour recommander aux Juifs alexandrins la célébration de la fête de Purim; il à fait au suprême degré ce qu'on peut appeler une traduction libre, ajoutant ici un songe, là un édit royal, là encore une scène pathétique sur l’entrevue d’Ester et du roi, que le texte hébreu n'avait pas, suivant lui, rendue assez dramatique, etc. Ces fragments ne renferment rien qui doive être absolument rejeté, mais l'autorité de Dosithée, le souverain sacrificateur, qui se chargeadu manuscrit de Lysimaque pour le porter en Égypte, ne peut leur donner le caractère canonique qui leur manque. Ils sont néanmoins admis par les Églises grecque et latine. |
Le premier livre apocryphe d ra est nommé le troisième par ceux qui voient les deux premiers dans les livres canoniques d'Esdras et de Néhémie. Il se compose de neuf chapitres, et raconte, entre autres, avec quelle habileté Zorobabel sut profiter d’un défi d'esprit qui avait eu lieu entre lui et deux autres
gardes de Darius, pour faire entendre à ce prince la vérité, el obtenir de lui un édit favorable aux Juifs. — Quant au second livre apocryphe de ce nom, il ne contient dans ses seize chapitres que des visions plus ou moins apocalyptiques sur la fin des temps: il est repoussé par toutes les Églises, et peut être rangé parmi les produits de la Kabbale juive; quoiqu'il se donne pour louvrage. d’'Esdras le prophète, tout porte à croire qu'il a été écrit par un Juif converti au christianisme, et par conséquent après la venue de Jésus- Christ; les noms de Jésus ct de Christ lui sont familiers (VIE 28, 29), et l’idée d’un grossier anachronisme n'a pas effarouché lauteur.
Les Églises d'Afrique et d'Occident ont longtemps considéré le livre de la Sapience comme canonique, à cause du nom de Salomon qui lui servait de patronage ; l'Église latine des premiers siècles s’en est servie quelquefois pour le culte; 1l y a eu de l’hésitation : Jérôme, Clément d'Alexandrie, Justin Martyr, Cyprien,
Saint Augustin } le 3° concile de Carthage citent ce livre comme ayant de l'autorité; les Églises d'Asie, en revanche, c’est-à-dire celles qui touchaient de plus près aux Églises de la Judée, ont-toujours refusé de le recevoir, soit à cause de limposture du titre, soit à cause de la tendance platonicienne assez prononcée de son contenu; la Sapience, en effet, semble enseigner que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde, mais que toutes choses ont été faites par un être Intermé-
OR. a fa
diaire, une espèce d’émanation, qui s'appelle quelquefois la sagesse (VIT, 19; VIE, 6; IX, 2), quelquefois la Parole (IX, 1; XVL 12). L’éternité de la matière serait presque affirmée (VIE 1; VIH, 19); l'ascétisme est préconisé, et particuhèrement le célibat et la virginité (LE, 15, 14); la préexistence des âmes est admise (VIE, 19; VIE, 1); comme Platon enfin, l’auteur reconnait les quatre vertus principales, la sobriété, la prudence, la justice, et la force, ou le courage (VIIL, 7). Les Juifs palestiniens durent protester contre ce mélange de judaïsme et d’'hellénisme; ils ne purent admettre comme règle de foi un essai de conciliation et de transaction entre leur religion et le paganisme, quelque élevé qu'il soit d’ailleurs, de Platon; la question est donc tranchée par cela même dans le sens de la non-canonicité, malgré la valeur non contestable et non contestée de certaines parties du livre. On pense qu'il fut éerit à Alexandrie par un Juif helléniste, et postérieurement à l’époque de la traduction des Septante. Le livre se divise en deux parties très-distinctes, dont l’une, les neuf premiers chapitres, est attibuée par quelques auteurs (Houbigant) à Salomon lui-même; l’autre serait l'œuvre du traducteur de la première partie, qui aurait placé ses propres idées, ses réflexions, prières et commentaires, à la suite du travail d’un maître vénéré en Israël.
L'Ecclésiastique a une histoire plus simple; écrit. d'abord en hébreu par Jésus, père de Sirach, selon
toute apparence avant les temps des Maccabées et sous l'oppression des Séleucides (XXXVI, 3 et suiv.), il fut traduit en grec par le petit-fils de l’auteur, Jésus, fils de Sirach (il portait le même nom que son aïeul), entre les années 240 et 200. Le prologue et la conclusion du livre sont évidemment l’ouvrage du traducteur lui-même. Les anciens connaissaient l'Ecclésiastique sous le nom de Panareton, le trésor de toutes les vertus, à cause de l'excellence des maximes qu'il contient. Cest, dans un sens, le plus important de tous les Apocryphes, et avec le premier des Maccabées, le plus utile à lire. Il ne faut pas oublier, quoique le texte hébreu soit perdu pour nous, que ce livre à été primitivement écrit en hébreu, et par conséquent par un Juif palestinien, pour les Juifs de la Palestine, et en dehors de l'influence de la philosophie grecque. L'idée juive s’y retrouve donc plus pure et plus dégagée d’alliage que dans la Sapience; on y reconnaît mieux le Dieu de l'Ancien Testament, les prospérités temporelles promises aux Justes, les douceurs de la vengeance et le repos de la mort (voy. en particulier XI, 14, 45; XXE, 11; XXV, 7; XXXIX, 28-31 ; XVII 24, 26; XXXVIIL 21). Et toutefois, malgré son matérialisme apparent, le spiritualisme juif semble déjà briser les vieilles entraves et se répandre sur la société nouvelle; les idées d’une vie à venir apparaissent plus claires et plus distinctes; les anthropomorphismes les plus accentués s’adoucissent; Dieu n’est
plus représenté comme l’auteur du mal, le rôle de Satan commence à se dessiner, et la sagesse devient une force créatrice (XLVI, 16, 20; XLVEI, 9, 11; XLIX, 44; XLV, 3, 5; XV, 11-20; XXI, 27; XXIV, 9-9; XXI, 5-7). Ce travail de l'esprit juif, se développant lui-même sous l'influence de l'esprit des derniers prophètes, est surtout remarquable quand on compare certäins passages de l’Ecclésiastique avec les passages parallèles du livre des Proverbes, que l’auteur semble avoir eu sous les yeux, et s'être proposé d’imiter ou de paraphraser; le commentaire, comme toujours, va un peu plus loin que le texte, mais il ne le contredit pas (cf. p. ex. Prov. VIIE, 22-31 avec Ecclés. XXIV, 9). Les malheurs des temps, les guerres, les apostasies surtout, ont encore modifié l’ancien esprit hébreu sur un point assez remarquable; l'auteur n’en est plus, comme aux jours de Moïse et de David, à voir une bénédiction divine dans le fait d’une nombreuse famille; il n’est pas sûr que les enfants réjouissent le cœur du père; il craint pour eux les défections et les défaillances de la foi (XVE, 1-3). — Malgré certaines lacunes dogmatiques, ce livre est en général conforme à l’analogie de la foi, et forme une sorte d’intermédiaire entre l'esprit de l'Ancien Testament et celui du Nouveau. Son état critique laisse beaucoup à désirer ; la version latine et la version grecque présentent des différences considérables qui ne permettent pas d’en fixer le texte d’une manière sûre.
La Prière de Manassé, qui n’est admise que par l'Église grecque, serait celle à laquelle il est fait allusion 2 Chron. XXXII, 19, comme ayant été conservée dans les paroles des Voyants; mais rien ne justifie cette tradition.
PBaruch, disciple et secrétaire de Jérémie, se serait retiré à Babylone après la mort de son maître, et y aurait écrit le livre qui porte son nom; d'anciens catalogues, même antérieurs à Jésus-Christ, semblent indiquer que les Juifs le lisaient tous les ans, avec les Lamentations, et qu'ils le regardaient comme faisant partie de celui de Jérémie. Il est rempli d'nexactitudes chronologiques et de contradictions.
Le livre de Daniel a été l’objet de plusieurs adjonctions et altérations, dont les Apocryphes nous ont conservé les principales. D’abord le Cantique des trois jeunes Hébreux dans la fournaise; il se placerait après Daniel, HI, 25; les Églises grecque et romaine le reçoivent, quoique les Juifs ne l’aient jamais reconnu ; la version des Septante, puis avec quelques variantes, celle de Théodotion le renferment seuls, mais divers indices laissent supposer qu’il avait été primitivement composé en hébreu ou en caldéen; c’est une réminiscence de passages des Psaumes ou d’autres livres de l'Ancien Testament, avec des paroles de reproches, d'njures et de menaces nullement évangéliques contre Nébucadnetsar. Le second fragment, c’est l’histoire de Suzanne ; il formerait le 13° chapitre de Daniel; on
connaît cette histoire, sa moralité et ses jeux de mots qui ne peuvent avoir été Imaginés qu’en langue grecque. Enfin, l’histoire de Bel et du Dragon, venant à la suite de celle de Suzanne, serait une variante de celle de Daniel dans la fosse aux lions; c’est à peu près la même histoire avec d’autres détails, ou bien la reproduction d’un fait semblable à une autre époque et dans d’autres circonstances : la ruse employée par Daniel pour confondre les prêtres imposteurs est par trop primitive, et le voyage aérien du prophète Habacuc, pour porter à manger à Daniel, laisse beaucoup à désirer tant sous le rapport de la vraisemblance que sous celui de la chronologie. Jérôme le traite carrément de fable. Tout le monde connaît le petit roman de Tobre, et les leçons de morale et de vertu qu'il donne à ses lecteurs sous la forme d’un conte oriental; des miracles bizarres, une démonologie toute persane, As-: modée exorcisé par Raphaël, puis chargé de chaînes; enfin, la jeune fille vertueuse réussissant à épouser celui qu’elle aime, après avoir causé la mort de sept prétendants qui avaient eu le malheur de la demander en mariage, voilà qui nous transporte bien plus en Mésopotamie et dans l'atmosphère de la théologie babylonienne, qu’à Jérusalem et sous l'influence des écrits hébreux. L'auteur a voulu établir que Dieu exauce les prières des affligés, quand ils sont pieux; et pour donner un corps à cette vérité, il à groupé autour d'une donnée historique possible ce que ses
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souvenirs Ont pu lui rappeler de cas analogues dans les écrits sacrés; puis, pour rendre son travail plus intéressant encore, il l’a paré, sans goût ni Jugement, de tout ce que la Perse lui avait appris sur les bons et les mauvais anges, et sur l'influence des esprits dans le monde. On ne connaît ni le nom de l’auteur, ni l’époque. où ce livre a pu se produire; on suppose, d’après la doctrine des sept archanges slégeant autour du trône de l'Éternel, qu’il est postérieur à Darius Hystaspe et aux sept officiers grands seigneurs qui l’entouraient dans sa majesté royale. — Josèphe et Philon n’en parlent ni directement, n1 indirectement; Méliton et Origène ne le connaissent pas; Athanase, Cyrille, Grégoire de Naziance, Épiphane, Hilaire, Jérôme le repoussent comme apocryphe. Le concile de Trente l'a reçu et condamne les fidèles à le recevoir, sous peine d’anathème.
Quant à Judith, il est peut-être plus difficile encore de comprendre qu’on ait voulu lui donner le caracière d’un livre inspiré; c’est à peine s'il est lisible à force de réalisme, et nous nous contenterions dé le mentionner pour mémoire, si le fameux Grotius ne nous donnait pas un exemple de la manière dont 1l faut se servir des Apocryphes; «en les spiritualisant,» dit-il. Mais c’est une méthode qui n’est pas à la portée de toutes les intelligences. C’est précisément le livre de Judith qu’il choisit, dans lequel «tout doit être pris pour une fiction parabolique.» — «Par Judith 1
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«faut entendre la Judée; par Béthulie, le temple ou «la maison de Dieu; et par le glaive qui en sort, les «prières des saints. Nabuchodonozor marque le diable, «et l'Assyrie le royaume du diable, qui est l’orgueil. « Par Holopherne est désigné l'instrument du diable «dans cette persécution, savoir Antiochus Épiphanes, «qui cherche à se rendre maître de la Judée, cette «belle veuve, ainsi appelée parce qu'elle était desti- «tuéé de secours; et Eliakim signifie Dieu, qui devait «s'élever pour sa défense et à la fin détruire cet «instrument du diable qui voulait la corrompre.» — Ce genre d'interprétation date de loin; les pères l'ont soigneusement cultivé; il a l'avantage de lever toutes les difficultés chronologiques, historiques, géographiques, et même morales; mais comprendre ainsi n’est plus comprendre, et s’il y a là de l'esprit, ce n’est du moins pas l’esprit de Dieu.— On suppose que le livre de Judith a été d’abord écrit en grec, puis traduit en caldéen, en latin et en d’autres langues; on ignore à quelle époque il à été composé; les premiers indices historiques que l’on trouve sur son compte sont postérieurs à Jésus-Christ; c’est dans Clément de Rome et dans les Constitutions apostoliques qu'il en est parlé pour la première fois ; Josèphe et Philon ne l'ont pas connu, ou ne l’ont pas jugé digne d’un souvenir; les pères lui ont fait un peu meilleur accueil, mais ils n’ont pu en faire un livre inspiré, ni même un bon livre sous aucun rapport, malgré quelques phrases
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morales et religieuses qui se rencontrent çà et là dans le cours de la narration.
Pour nous résumer, les Apocryphes sont des livres que la Synagogue ni l'Église n’ont jamais reconnus, qui n’ont jamais eu, les uns ou les autres, en leur faveur que des témoignages isolés, indécis, incertains; dont la valeur ecclésiastique est très-diverse; dont les uns appartiennent au Judaïsme pur, d'autres au Jjudaïsme alexandrin, d’autres au judaïsme mazdéen, quelques-uns à l’essénisme, et dont trois peut-être sont postérieurs à l'établissement du christianisme. Presque tous.ont été écrits en grec. Leur état critique est en général déplorable, et l’on ne peut pas espérer d'en jamais retrouver le texte authentique. Littérairement, ce sont d'assez lourdes et indigestes compilations. Aucun d'eux ne revendique la canonicité; plusieurs même déclarent n’être pas inspirés (1 Macc. IV, 46; IX, 27; 2 Macc. IL 23; XV, 38; voy. encore la préface de l'Ecclésiastique). L'Église de Rome, en revanche,, les a canonisés il y a 317 ans, pour des motifs assez difficiles à comprendre; le secours qu'elle espérait retirer pour ses dogmes de deux ou trois passages de ces livres, ne valait pas les inconvénients qui pouvaient résulter d’un pareil coup d'État. Elle veut qu'on les reconnaisse comme inspirés «dans toutes leurs parties; » sinon, pas de salut: (Extra hanc fidem, nemo potest esse salvus.»
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