‹ L'époque des MaccabéesChapitre 23 sur 48 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les Juifs sous les Séleucides. — Séleucus. — Antioche. — Daniel XI. — La chevelure de Bérénice. — Persécutions de Ptolémée Philopator. — L'influence romaine. — Antiochus le Grand. — Héliodore. — Antiochus Épiphanes.

Séleucus, l’un des meilleurs officiers d'Alexandre, était à la mort de son maître (893) gouverneur de la Médie et de la Babylonie, et commandant en chef de la cavalerie. Il ne lui fut pas difficile, après la victoire remportée sur Perdiccas (321), des se faire adjuger Babylone pour capitale du royaume qu’il entrevoyait dans l'avenir comme devant être son partage. Antigone rêvait aussi de son côté, mais il faisait un tout autre rêve qui, s'il s'était accompli, aurait déjoué les espérances de Séleucus; il ne voulait rien moins qu'absorber à son profit toute la monarchie du feu roi. Séleucus fut en 315 dépossédé de sa province et proserit; il s'enfuit en Égypte, se ligua avec Ptolémée et revint en 312 après la victoire de Gaza. Les Babvloniens l’accueillirent avec ivresse; il avait su se conciher leur affection pendant son court gouvernement, et cette affection suppléa à la faiblesse numérique de son armée. Cest de cette année 312 que date l’êre des Séleucides.

Bientôt 1l agrandit son territoire, acquit ou soumit en 311 l’Assyrie et la Médie, puis la Perse, l'Hyrecanie, la Bactriane et toute la Haute-Asie; enfin, après la bataille d'Ipsus (301), il réunit encore à ses États la Syrie, la Phrygie, l'Arménie et la Mésopotamie. Toutes ces victoires lui méritèrent le surnom de Nicanor, ou Vainqueur. | |

Babylone était située aux confins les plus reculés de la civilisation, loin des grands centres, et par conséquent sans grande influence possible : Séleucus comprit que les temps de Babylone comme métropole étaient passés; il résolut de se donner une autre capitale, et fonda Antioche sur les bords de l’Oronte. Cette résidence des Séleucides et des gouverneurs romains de l'Asie devint plus tard un des principaux centres du christianisme parmi les païens; elle fut détruite vers l'an 1265 par un sultan d'Égypte, nommé Bibars. Aujourd’hui, l’on trouve encore sous le nom d’Antachia une petite ville bâtie sur les ruines de l’ancienne capitale.

Dans ces contrées de l'Asie antérieure, désolées par tant de guerres, Séleucus bâtit, ou agrandit et embellit trente-quatre villes. Il invita des Juifs à venir les habiter, probablement des Juifs de la Babylonie, dont les ancêtres n'étaient pas retournés en Palestine sous Cyrus, et il leur reconnut les mêmes droits et priviléges qu'aux Macédoniens et aux Grecs. Les Juifs furent donc bientôt aussi nombreux à Antioche qu’à

Alexandrie; mais leur développement sy fit dans un sens beaucoup plus commercial que philosophique ou littéraire. Prideaux suppose que c'était surtout grâce au concours des Juifs babyloniens, dont il s'était concilié les bonnes grâces, que Séleucus avait pu remonter sur son trône et fonder sa puissance; mais même sans cette supposition, l’on peut parfaitement comprendre que Séleucus, comme Ptolémée, ait cherché à gagner les Juifs à ses intérêts en les favorisant et les protégeant.

Il aimait la paix, les lettres et les arts.

Il céda sa femme Stratonice, avec une partie de ses états, à son fils Antiochus, qui avait conçu pour sa belle-mère une étrange passion que les mœurs de ce temps ne jugeaient point aussi sévérement que nous le faisons aujourd'hui. C'est de cette union incestueuse que naquirent tous ces rois de Syrie qui firent la guerre au peuple de Dieu.

Après Séleucus vint son fils, Antiochus [*, surnommé Soler, ou Sauveur, à cause d’une grande victoire remportée par lui, en 275, sur Nicomède et sur les Gaulois venus à son aide. Sous son règne mourut, en 263, Antigone de Socho, l’un des plus savants hommes de son temps, qui, depuis Simon le Juste, avait été à la tête du grand Sanhédrin; les Juifs l'ont en grande estime et le regardent comme le premier Thanna ou docteur de la Tradition. Seul de tous les

Juifs palestiniens, il a porté un nom grec, ce qui permet de supposer chez lui, sinon une origine, du moins une culture grecque, et une tendance à s'affranchir des préjugés nationaux trop étroits de la plupart de ses compatriotes. En tout cas, c'est d'un de ses disciples, mais qui peut-être l'avait mal compris, et qui fit secte à part, de Sadoc, que dérive, d’après une tradition juive, la secte des Sadducéens. Nous aurons l’occasion d'en reparler. | Vers le milieu du troisième siècle (laissant de côté tout ce qui dans les cinq premiers rêgnes des Séleucides est étranger à cette histoire), Antiochus IF, surnommé Théos, ou le Dieu, perdit plusieurs provinces de l'Asie antérieure, pendant que d’un autre côté Arsaces lui démembrait son royaume en jetant les fondements de cet empire des Parthes qui fit si longtemps trembler les Romains et les Byzantins, et qui ne succomba qu'au septième siècle de l'ère chrétienne, sous les coups fanatiques des successeurs de Mahomet. Antiochus affaibli, éprouvant le besoin d'entretenir de bonnes relations avec Ptolémée Philadelphe, conclut avec lui une alliance dans les conditions suivantes: Antiochus répudierait son épouse et sœur Laodice, dont il avait deux fils; il épouserait Bérénice, la fille de Ptolémée, et les enfants mâles qui naîtraient de ce mariage seraient reconnus les héritiers de la couronne. Cette paix fut conclue en 249. Le divorce et le nouveau mariage eurent lieu; c’est ainsi que «la fille

«du roi du Midi vint vers le roi d'Aquilon pour re- «dresser les affaires» (Dan. XI, 6).

L'histoire du temps dont nous parlons se trouve tout entière renfermée dans le XI° chapitre de Daniel, au moins jusqu'au 39° verset. Cette prophétie est la plus claire et la plus détaillée que nous ayons dans l'Écriture, A l’époque où nous sommes parvenus, une prophétie divine était nécessaire pour soutenir la foi des croyants, et comme il n’y avait plus de prophètes capables d'expliquer des oracles cachés sous des emblêmes trop mystérieux, 1l fallait que cette prophétie fut conçue en termes directs et précis, dont l’interprétation ne püt être douteuse.

Au verset 2°, nous voyons Xerxès Ati aux trois rois Cambyse, Smerdis et Darius, et marcher contre la Grèce. — Les versets 8 et 4 parlent d’Alexandre le Grand et de sa puissance; ils racontent comment son empire a été partagé entre ses quatre principaux généraux. — Au verset , on voit la fondation de la dynastie des Ptolémée et de celle des Séleucides. — Quant à l’accomplissement de la prophétie du verset 6, on vient de la signaler : Bérénice épouse Antiochus. Depuis ici jusqu’au verset 59, le texte biblique marche de front avec l’histoire, et semble parfois n'en être que le résumé, tant la prophétie est claire et détaillée. |

Quant à la dernière partie du chapitre, verset 40-

45, les opinions des interprètes diffèrent. Les uns rapportent ces versets, comme le précédent, à Antiochus Épiphane; les autres regardent les mots: «au temps déterminé» du verset 40 comme indiquant une époque très-éloignée, et ils rapportent ces versets à Mahomet ou à l’Antéchrist. Il est évident que dans la dernière partie de ce chapitre 1l y a une transition brusque de l’histoire ancienne à l’histoire prophétique, et d’Antiochus Épiphane à l’'Antiochus mystique annoncé par plusieurs prophètes. Mais à quel verset le passage d’un sujet à l’autre commence-t-11? Les commentateurs sont loin d’être d'accord. Les Maccabées semblent clairement désignés à la fin du verset 32, de sorte que, d'après quelques-uns (Guers), la prophétie des derniers temps ne commencerait qu’au verset 33”. Mais notre Seigneur semble faire une allusion trèsdirecte au verset 31 (Matth. XXIV, 15), et le considérer comme appartenant aux temps futurs; le fil historique se briserait donc d'après ce passage entre les versets 90 et 31. Selon d’autres, enfin, la transition serait marquée au verset 36. Il est difficile de prononcer d’une mamière absolue; il y a là comme deux tableaux qui se.fondent l’un dans l’autre, ou, si l’on veut encore, le passage gradué d’une couleur à une autre, qui ne permet pas de déterminer bien exactement où l'une finit et où l’autre commence; il y a de la marge

Page 1