CHAPITRE X
Guerres et conquêtes. — Prières pour les morts. — Conclusion
de la paix. — Supplice de Ménélas. — Alcime, souverain sacrificateur. — Démétrius monte sur le trône. — Bacchidès et Ni-
canor. — Mort de Judas Maccabée. — Jonathan, chef et sacrificateur. — Alexandre Balas. — Onias V et le temple d'Héliopolis en Égypte. — Les Juifs de Sparte. — Mort de Jonathan. — Tryphon. — Simon, prince et sacrificateur. Son règne paisible. Nouvelle ère. — Jean Hyrcan. — Les frontières naturelles reconquises et l’Idumée annexée. — Aristobule roi.
Quoique délivrés de leur plus cruel ennemi, les Juifs ne pouvaient cependant pas encore songer à déposer les armes. D’anciennes haines, d'anciennes rancunes, d'anciennes jalousies se réveillaient autour d'eux; on haïssait en eux un peuple qui, par une fausse interprétation de la Loi, se croyait en droit depuis des siècles de mépriser les autres peuples; et bientôt ils se virent en guerre avec tous leurs voisins. Judas vainquit les Iduméens, et porta.ses armes victorieuses contre les peuplades qui occupaient l’ancien pays des Moabites et les contrées de Galaad. Simon, frère de Judas, s’empara de la Galilée. Autant qu’on le put, on transporta les Juifs qui habitaient ces provinces ou districts, dans la Judée, pour les mettre à l'abri des injures et des violences auxquelles ils étaient conti-
nuellement exposés, sans que la petite armée maccabéenne pût venir à leur secours en temps utile. Ces entreprises réussirent, et les Juifs, devenus enfin courageux et guerriers, revinrent de chaque expédition chargés d’un riche butin. Ils n’oublièrent jamais de présenter à Dieu leurs actions de grâces dans son temple. Une seule expédition manqua; faite en labsence de Judas et de Simon, et malgré leur défense expresse, par deux officiers jaloux de commander aussi et de se faire un nom, elle était dirigée contre Jamnia, port de la Méditerranée, à peu de distance de Joppe (c'était l’ancienne Jabné de 2 Chron. XXVI, 6. Après la destruction de Jérusalem, 1l sy forma sous Titus une célèbre académie juive). Gorgias mit en déroute les trop présomptueux volontaires, et leur tua deux mille hommes.
Lysias ayant encore une fois été battu par les Juifs, consentit à traiter avec eux. H se fit ainsi (163) une espèce de paix, ou plutôt de trêve, pour la durée de laquelle il accordait aux Juifs le libre exercice de leur religion. Les ambassadeurs romains eurentune grande
part à cette négociation; ils étaient venus en Syrie . pour régler la succession contestée d’Antiochus Épi- «
phanes. Antiochus Eupator, son fils, était sans doute sur le trône, mais son cousin germain, fils du prédécesseur et frère aîné d'Épiphanes, Démétrius, fils de Séleucus Philopator, prétendait avoir des droits plus anciens à la couronne et les revendiquait. Le sénat
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romain les reconnaissait, mais il aimait mieux avoir en Syrie un roi mineur et faible qu’un roi fort et puissant, de sorte qu'il refusa par deux fois à Démétrius la permission de retourner dans sa patrie.
Les petites guerres avec les petits voisins n’en continuérent pas moins, et c’est à l’occasion d’un de ces
- combats que Judas offrit un sacrifice pour les péchés
des Juifs tombés dans la bataille (2 Macc. XIT, 39 et suiv.). On a contesté quelquefois le sens expiatoire de ce sacrifice et de ces prières; le sens en est cependant bien clair: (Ils se mirent à prier, dans leur requête, d'effacer complétement le péché qui avait été commis.» (On pourrait à la rigueur discuter la valeur exacte de ces mots, s'ils étaient isolés, mais ils s’expliquent eux-mêmes au verset 44.) (En effet, s’il n’avait espéré (Judas) que ceux qui étaient morts ressusciteraient, c’eût été superflu et dénué de sens de prier
pour les morts.» — Et au verset 46: QI fit ainsi l'expiation pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de
é leurs péchés.»
La chose est donc claire. L'auteur du 2° hvre des
«Maccabées croyait à l’efficacité des prières pour les
morts; il a cru à bien d’autres choses encore, qui n'engagent personne. On peut même aller plus loi; on peut admettre que Judas lui-même et ses hommes croyaient à l'utilité de ce genre de prières; mais Judas a plutôt la renommée d’un capitaine et d’un patriote
que la réputation d’un théologien. Il est probable d’ailleurs qu’en cette circonstance, Judas eut plus en vue le salut de ceux qui vivaient, et la nécessité de les réveiller par le spectacle d’une grande expiation, que le salut de ceux qui n'étaient plus. — Quoi qu’il en soit ce passage d’un livre non inspiré, non canonique, est le seul appui dont l’Église romaine se serve pour justifier Les prières et les oblations en faveur des morts.
Cette Église, pour le dire en passant, pourrait avantageusement défendre plusieurs de ses dogmes, en se plaçant au point de vuehumain seul, et c’est quelque chose; mais il faut qu’elle abandonne le terrain biblique et le terrain historique. Elle-répond à des besoms que le Protestantisme ne satisfait pas entièrement, et elle pourrait faire valoir quelques arguments dans ce sens; au lieu de cela, elle abandonne ses véritables armes, pour nous ravir les nôtres, et elle se coupe, elle se blesse, elle s’enferre.
La guerre continua. Peut-être n’était-elle plus aDsolument nécessaire pour sauver le judaïsme e@ | # soustraire à l’idolâtrie forcée. Peut-être un prophète,
s'il y en eût eu à ce moment, eût-il ordonné la cessa- % tion des hostilités. La guerre était à la fois guerre civile, entre le parti fidèle et le parti apostat de la nation; et guerre d'mdépendance contre la tyrannie des Syriens, dont on savait de reste qu'ils n’attendaient que la première occasion, le premier prétexte, le pre-