‹ L'époque des MaccabéesChapitre 30 sur 48 · PT · texte numérisé non relu

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mier revers, pour renverser le judaïsme et supprimer le culte. En ce sens, c'était encore une guerre de religion. Mais le parti national avait trop évidemment le dessus, pour que le maintien du pays tout entier sur le pied de guerre fût absolument nécessaire. Quelques bonnes garnisons et l'occupation militaire de Jérusalem auraient suffi.

Au point où nous sommes arrivés, on peut suppri= mer les détails; ils manquent d'intérêt, et d’ailleurs on les trouvera presque tous dans l’un ou l’autre des livres Maccabées.

Judas attaqua la citadelle qui renfermait, comme on l’a vu, outre la garnison syrienne, un grand nombre de Juifs apostats: sur l’avis de ces derniers, qui comprenaient que perdre la citadelle, c'était perdre toute la province, on demanda des renforts au roi. Le jeune Antiochus vint avec Lysias, son régent. La forteresse de Begh- Sur se vit forcée de capituler, après que Judas eut essayé, mais en vain, de porter du secours aux assiégés. Ce fut en cette circonstance qu'Éléazar, un des fils de Mattathias, perdit la vie, en transperçant

… de sa lance un éléphant qu'il croyait porter le roi;

l'animal, en tombant, l’écrasa dans sa chute.

Après la reddition de Beth-Sur, les assiégés, ayant obtenu la vie sauve et la conservation de leurs effets, Antiochus marcha contre Jérusalem et forma le siége du temple. Les Juifs manquaient de vivres, l’année

sabbatique ne leur ayant pas permis de faire des provisions. Ils allaient donc être forcés de capituler, quand tout à coup des propositions avantageuses et honorables leur furent faites par Lysias. Ils se rendirent, et sur la foi du traité, laissèrent pénétrer Antiochus dans l'enceinte des fortifications du temple. Le Syrien les admira comme un travail d’art formidable; il les admira même si bien que, malgré la foi jurée, il ne put s'empêcher d'en ordonner la démolition; car, pensait-il fort prudemment, on ne sait pas ce qui peut arriver. C'était la neutralité du plus fort.

Ce qui avait décidé Antiochus, ou plutôt Lysias, à faire aux Juifs des propositions de paix aussi inattendues et à les traiter en quelque sorte en amis, c’est l'avis qu'il avait reçu que Philippe l'avait supplanté dans la confiance d’Épiphanes, par conséquent dans la régence du royaume et dans la tutelle du jeune roi. Philippe s'était déjà emparé d’Antioche, et menaçait de s'emparer de toute la Syrie. Il importait donc à Lysias, non-seulement de partir au plus tôt, mais en-

core de laisser des alliés derrière lui. Il est peu pro-

bable qu’il ait expliqué tous ces motifs au jeune roi | J ) qui d’ailleurs n’avait qu'une huitaine d’années.

Disons encore un-mot d’une de nos vieilles connaissances, que ses intrigues ramènent sur notre chemin, mais qui, bien heureusement, n’y restera pas longtemps. Je veux parler de Ménélas. Toujours désireux

de retrouver sa place de souverain sacrificateur et celle de gouverneur de Jérusalem, deux places que les succès de Judas Maccabée lui avaient fait perdre, il avait suivi le jeune roi dans cette expédition, sachant que sa vieille expérience et la connaissance qu’il avait du pays pourraient utilement desservir ses frères en faveur des Syriens. [Il ne connaissait pas bien le cœur humain; il ignorait qu’on peut se servir des traîtres et des renégats, mais qu'on les désavoue et les repousse quand on n’en a plus besoin. Tout le mouvement qu'il se donna le fit trop remarquer, et Lysias, qui en avait assez de cette guerre contre les Juifs, mécontent de la guerre, et peut-être aussi mécontent de la paix, Lysias éprouvant le besoin de décharger sa colère et sa conscience sur quelqu'un, trouva sous sa main le misérable qu'il déclara être l'auteur de tout le mal: c'était un moyen aussi de se libérer envers lui. Accusé devant le roi, Ménélas fut condamné, conduit à Bérée en Syrie’, et précipité dans une tour pleine de cendres, où il mourut étouffé.

Sa charge fut donnée à l’un des plus cruels ennemis des Maccabées, à Éliakim ou Joakim, qui prit le nom grec d'Alcime ou Jacime* ; c'était un homme tout dé-

1. L'ancien He/bon de Ézéch. XXVIT, 16, qui s’est conservée jusqu'à nos jours dans le nom d'Alep.

2. Josèphe, Antiq. XII, 9, 2 7. — D'après 1 Macc. VIT, 5, 9, Alcime n'aurait été nommé que sous Démétrius le successeur d'Eupator. Grotius concilie ces deux données différentes, en supposant que l’un a nommé et l'autre confirmé Alcime dans sa dignité. :

voué aux intérêts du roi, mais impie, et ne ressortissant pas de la famille sacerdotale. Son nom grec indique d’ailleurs son caractère; en ces temps de trouble, changer de nom, c'était en général changer de religion, apostasier.

Ménélas, celui qu'on vient de voir mourir, le frère du vertueux Onias IT, s'appelait aussi Onias, comme on l'a dit; êt pendant son pontificat, il aurait dû légalement porter le nom d’Onias IV, s’il n’eût pas pris un nom grec. Au moment où Ménélas est remplacé par Alcime, il ne reste plus de cette famille qu’un seul rejeton digne d'occuper le siége pontifical : c’est Onias V, fils d'Onias IT, et neveu des misérables pontifes dont il a été parlé. La sacrificature lui revenait de droit, mais comme elle entraînait en fait l'exercice du pouvoir temporel, et qu'on avait lieu de craindre que chez lui le pontife ne l'emportât sur le gouverneur, on lui avait préféré Alcime. Outré de cette injustice, Onias se retira en Égypte, où nous le retrouverons bientôt jouissant de l'estime et des bonnes grâces de Philométor, et de Cléopâtre sa femme.

Sur ces entrefaites, Démétrius, sous prétexte d’une partie de chasse, s'était échappé de Rome, où 1l était retenu dans une véritable détention par la politique soupçonneuse et jalouse du sénat romain. Il débarque en Syrie, et bientôt, avec une rapidité prodigieuse, il a regagné le temps perdu. Eupator et Lysias tombent

entre ses mains: il les fait mourir, et monte sur le trône (169).

Alcime, ne pouvant faire reconnaître son autorité par les Juifs, qui eussent peut-être subi le gouverneur, mais qui ne voulaient rien du pontife, recourut à Démétrius, qui envoya en Palestine Bacchidès à la tête d’une armée considérable. Ce renfort fut utile au pontife; il put exercer en sécurité son ministère pastoral, sous là protection des lances étrangères, et ne rougit pas d’être pontife dans de pareillés conditions. Mais les troupes syriennes eurent à peine évacué la Palestine, que Judas Maccabée reparut, et le pontife dut solliciter de nouveau, contre le peuple qu'il devait paître et administrer, l’intervention des soldats ct des généraux de Démétrius. L’'illustre Nicanor fut cette fois chargé du triste honneur de l'expédition; il y laissa son armée, sa vie et sa réputation.

En 161, Judas, prévoyant une nouvelle attaque des Syriens, fit une faute politique dont les conséquences furent désastreuses au point de vue matériel comme au point de vue moral. Il s’adressa aux Romains. Ceux-ci reçurent les ambassadeurs juifs avec beaucoup d’affabilité, ne répugnant nullement à mettre la main dans les affaires intérieures de ce petit pays, et s’exerçant d'avance en petit à leurs futures destinées. Mais avant que leur intervention eût pu se traduire d’une manière efficace, Alcime étaitrentré en Palestine, soutenu par une armée syrienne que commandait Bac-

chidès. Judas, pour avoir cherché le secours de Rome, puissance fatale pour les Juifs, perdit le secours de Dieu. Son armée se dissipa. Avec huit cents hommes qui lui restaient fidèles, il voulut encore tenter le sort des armes, bien résolu de vaincre ou de mourir, Il mourut,

Ses soldats et compatriotes l’ensevelirent en grande pompe à Modin, où reposait son père. Tous le pleurèrent, et menèrent deuil longtemps, disant: «Üomment est tombé le héros qui délivrait Israël!»

L’historien ajoute: « Or, le reste des faits de Judas, de ses batailles, de ses exploits et de sa magnanimité, n’a pas été rédigé par écrit, parce qu'il y en avait un grand nombre.»

À quelque point de vue qu’on se place, on est obligé de reconnaître que c’est toujours un grand caractère, celui de l’homme qui, pour l'indépendance de sa patrie ou de sa foi, ne craint pas d'entrer en lutte, malgré toutes les chances contraires, avec les rois et les puissants de ce monde. L'histoire en offre peu d’exemples; les luttes religieuses nous montrent Arnaud le pasteur et colonel des Vaudois, l’intrépide Jean Cavalier des Camisards, les héroïques covenantaires de l'Écosse; les luttes politiques en présentent quelquesuns dont les noms resteront longtemps populaires. Judas Maccabée tient des uns et des autres, et compte parmi les plus extraordinaires.

On a pu discuter le droit qu'avaient les Maccabées de s’insurger. On a fait observer que les cinq fils de Mattathias étaient tous morts de mort violente, et l’on a cité cette parole du nouveau Testament: «Celui qui tire l'épée périra par l’épée'.» Sans entrer dans la question de fond qui peut présenter des difficultés, et qui par cela même peut être résolue en des sens-différents par des esprits également pieux, évangéliques et consciencieux, nous rappellerons que cette parole est en effet une parole de l'Évangile, et qu’élle n’appartient pas à l'Ancien Testament, ni à son esprit. Or, Judas Maccabée vivait sous le régime de l’Ancien Testament, ettoute sa conduite est parfaitement conforme à l'esprit théocratique. C’est pour Dieu qu'il.combat, pour Dieu, dont il est le serviteur et le soldat. On n’a pas plus le droit de juger les hommes d'Israël d’après les règles de l'Évangile, que celui de juger les chrétiens d’après les prescriptions du mosaisme. Ce sont deux économies, deux écoles différentes, et c’est pour lavoir oublié que les meilleurs esprits ont été entrainés aux plus énormes bévues. S'il y a deux bouts à la lunette d'approche, il n’est pas indifférent que l’on regarde par le gros ou par le petit.

Ajoutons que même sous la nouvelle alliance, et pour certains faits de l’histoire moderne, la question ne paraît pas entièrement tranchée, et que l’hésitation

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