Voy, de l’Israël Apes d'Alexis Muston
pas instinctivement à les ternir en discutant leur principe et leur droit.
Les guerres des Maccabées et ces luttes gigantesques d’une poignée d'hommes contre lés rois de Syrie ne sont mentionnées dans aucun des historiens grecs contemporains, ce qui s'explique soit par le peu d’importance qu’elles avaient au milieu de l’ébranlement oénéral du vieux monde, soit surtout pour le mépris que les Grecs affectaient pour tout ce qui n’était pas
eux... qui sua lantum loquantur, dit Tacite, Annal. IL, ch. 88. |
Alcime put donc faire, sans être troublé davantage, l'ascension de son siége pontifical. Lui et Bacchidès étaient les maîtres du pays. Des choses cruelles se passèrent.
Les Juifs fidèles se groupèrent autour de Jonathan, frère de Judas, et se retirèrent avec lui au désert, sur les bords du Jourdain. La petite guerre recommençait. * Dans une de ces rencontres, Jean, ayant voulu sauver des mains d’une tribu d’Arabes nomades le bagage et les trésors de l’armée juive, tomba entre les mains de brigands bédouins qui le mirent à mort.
Des cinq fils de Mattathias il n'existait donc plus que Simon et Jonathan.
Vers la fin de 161 , la Paléstine est retombée entre les mains de Bacchidès; la citadelle renferme comme otages les fils des hommes les plus influents du pays,
et le petit nombre des fidèles sont errants dans les montagnes et dans les déserts, «eux dont le monde n’était pas digne.» (Hébr. XI, 38.)
Alcime, le pontife, esprit fort, procède à l'exécution des réformes qui lui paraissent commandées par le progrès des lumières et par l'esprit du siècle: il fait abattre le mur qui sépare le parvis des Gentils de celui des Juifs, pour accorder aux premiers les mêmes droits et un accès aussi facile qu'aux seconds. Mais tandis que, pour flatter les Syriens, … faisait ainsi démolir ce mur qu'Antiochus le Grand, pour flatter les Juifs, avait fait respecter par un décret spécial, Alcime fut frappé d’une attaque d’apoplexie et mourut subitement.
Le général Bacchidès, peu flatté du rôle qui lui était
imposé, de protecteur et gouverneur d'un pontife, peu habitué comme militaire à ces petites guerres d’escarmouches, compliquées d’intrigues sacerdotales, se :
hâta de considérer sa mission comme terminée après la mort d’Alcime, et se retira avec son armée. Le siége resta vacant pendant sept ans, jusqu’en 153.
Il semble parfois qu’on lise des pages de l'histoire contemporaine. K Bientôt le parti des Maccabées reprit le dessus. Jérusalem étant encore entre les mains des Syriens et des apostats, Jonathan établit son quartier général à Micmas, et fit une guerre à mort au parti anti-national. Micmas était situé auprès d’un défilé important
; sous le rapport stratégique, au nord de Jérusalem".
Le repos dont Jjouirent les Juifs pendant quelque
temps, et qui ne fut interrompu que par une expédi-
on de Bacchidès, laquelle n’aboutit à rien, fut dû
probablement à l'intervention des Romains. Démétrius
les ménageait alors beaucoup, pour obtenir qu'ils reconnussent son autorité encore contestée.
En 154, un homme nouveau, un audacieux aventurier, paraît sur la scène. C’est Alexandre Balas. Il se dit fils naturel d'Antiochus Épiphanes; et, grâce à ce brevet de bâtardise qu’il se délivre glorieusement à lui-même, il se donne pour frère et par conséquent
. «successeur d'Eupator, par conséquent aussi cousin,
mais rival de Démétrius. Il vient fomentant la guerre
% “e F7 nt pour disputer le trône à son parent, et finit par + Je tuer dans une bataille (150).
+ Ges troubles survenus en Syrie furent trés-utiles aux Juifs, et remirent un peu leurs affaires. Les deux © concurrents rivalisérent de prévenances pour attirer
à eux cette portion flottante et incertaine de la population syrienne; Démétrius, pour sa part, mit en hberté les nombreux otages qui étaient retenus dans la cifadelle; Balas, de son côté, constata son autorité et ses intentions bienveillantes, en envoyant une couronne d’or et une robe de pourpre à Jonathan, avec l’inves-
1, 1 Sam, XIIT, 5; XIV, 4. Es. X, 28, 29.
titure sacerdotale. Ce dernier se déclara pontife en , 193, après une vacance de sept ans. Les Maccabées # comme on l’a vu, descendaient de la famille de Jéhojarib, qui descendait elle-même d'Éléazar, fils d’Aaron (4 Macc. IL 1; Josèphe, Antiq. VI 1; 1 Chron. XXIV, 7, 6). Ils avaient donc tous les droits à occuper cette charge émimente, et l’on peut croire que Judas Maccabée lui-même, quoique sans autre investiture que celle de son courage, de son patriotisme et de sa piété, ne s'était pas fait faute, en ces temps de trouble et de désorganisation (ou de réorganisation), de remplir aussi les fonctions pontificales. Dans les moments de crise , l'essentiel doit toujours passer avant la forme et les formalités. En tout cas, Judas est porté SUP É e quelques listes comme le successeur d'Omias V et le prédécesseur de Jonathan: c’est le droit au lieu du : fait, puisque Onias V n’a pas exercé ses fonctions, du “. - e moins à Jérusalem. Quoi qu'il en soit, la sacrificature souveraine resta dès lors dans la famille des Macca- # bées, et sans interruption, jusqu’au temps d'Hérode.
Jonathan fixa sa résidence à Jérusalem et fortifia de nouveau le temple. Il n’y eut que la citadelle et la forteresse de Beth-Sur, entre tant de lieux fortifiés par les Syriens, qui refusèrent de reconnaître l’autorité des Maccabées; c’est que cette garnison se composait en majeure partie de Juifs apostats.
Après la mort de Démétrius, Alexandre Balas épousa, sans doute pour se faire une position et pour
se donner une contenance un peu royale, Cléopâtre, fille de Ptolémée Philopator, qui la lui amena luimême. Lors de la célébration du mariage, les deux rois y invitérent l’un et l’autre, et, en premuère ligne, le pontife Jonathan, ce qui prouve combien les Juifs et les braves Maccabées avaient su se concilier l'estime et l'admiration de leurs voisins. Quelques jaloux, quelques envieux murmurérent sans doute de cette haute distinction accordée à Jonathan, mais ils furent bientôt réduits à se taire.
Vers cette époque il se passa en Égypte un fait extraordinaire, en opposition directe avec l'esprit comme avec la lettre de la loi théocratique, et que les Juifs,
ceux de la Palestine surtout, purent un moment regarder comme un schisme, une déchirure dans l'unité religieuse de la nation.
Onias V, outré, comme on l’a dit, de voir la charge qui devait rester dans sa famille passer à Alcime par une de ces injustices inévitables dans les agitations de la politique, avait donc pris le parti de fuir une patrie qui ne lui parlait que de déceptions et d’ingratitudes. Il s'était retiré en Égypte, un peu comme le missionnaire de la dispersion, comme un évêque in partibus infidelium. Avec une souplesse toute cléricale, et qu'il ne faut peut-être pas lui reprocher trop sévèrement, il avait réussi à s’insinuer assez avant dans les bonnes grâces de Philométor et de Cléopâtre, sa femme, pour
se faire nommer gouverneur du canton et de la ville d'Héliopolis, triste piége d’honneurs et de puissance
matérielle, où sombreront toujours les ambitions religieuses. Il avait le pouvoir temporel, il rêvait encore le pouvoir spirituel. Il rêva, quel rêve pour un petitfils d'Aaron! il rêva de faire construire dans la ville paienne d'Héliopolis un temple à l'instar de celui de Jérusalem, avec Lieu saint, Lieu très-saint, parvis des Gentils, autel, ete. N’y eut-il là que de l'ambition, le désir de ne pas mourir sans avoir été grand sacrificateur ? Y eut-il exclusivement, comme il le fit entendre au roi, dont il fallait demander l'autorisation (style officiel), y eut-il exclusivement un motif politique, le désir d'attirer de toute l'Asie les Juifs encore dispersés, et de les grouper autour du trône égyptien, en les rassemblant autour d’un pontife de la race sacerdotale? Cette tentative inouïe fut-elle avant tout une œuvre de foi, une protestation contre l’arbitraire d’Antiochus, une revendication des droits de la famille pontificale, le désir sérieux d'établir une mission juive au milieu des païens, et de constituer la religion de manière à la rendre respectable ? Si la connaissance du cœur humain permet de supposer chez le vieux pontife, évincé de sa patrie et de ses titres, un mélange de sentiments divers, probablement un peu d’ambition, un peu de politique, un peu de vengeance satisfaite, on ne saurait cependant sans injustice se refuser à croire que l'idée religieuse fût dominante
chez lui, et que, reniant un temple qui n’était plus digne de ce nom, il voulût restaurer en Égypte le vrai culte du Dieu d'Israël. Peut-être aussi voyait-il plus loin encore. Peut-être comprenait-il que le moment allait venir, où la terre entière serait couverte de la connaissance de l'Éternel, et voulait-il pour sa part préparer et hâter ce moment, en initiant les Égyptiens aux vérités de la Révélation. Il ne faudrait pas non plus lui supposer un zèle tout pur et tout ardent; l'expérience a prouvé, et prouve tous les jours, que les hommes les meilleurs, quand ils se mêlent aux intrigues de ce monde, perdent dans les agitations de la politique beaucoup de leur spiritualité. |
Quoi qu'il en soit de ses motifs particuliers, il fit valoir auprès du roi les raisons d'État, les intérêts du royaume. Mais pour les Juifs, qui hésitaient devant ce qui leur paraissait une énormité, il dut trouver d’autres raisons et faire valoir d’autres motifs. Il leur cita ces paroles d’Esaïe, XIX, 18, 19, dont il prétendait s'appuyer : (Alors il y aura cinq villes en la terre d'Égypte, qui parleront la langue de Ganaan et qui jureront par l'Éternel des armées. Ville du Soleil (Héliopolis) sera le nom de l’une d’elles*. En ce jour-là, 1l y aura un autel à l'Éternel au milieu de la terre d'Égypte, et un monument dressé à la frontière à l'Éternel.» Nos versions portent, au lieu de ville du soleil, ville de destruction, d’après la variante généralement reçue, mais que repoussent l’ancienne version arabe,
Lu DEN
Symmachus, la Vulgate (civitas solis), le Talmud, le Syriaque et aujourd'hui encore seize manuscrits. La différence entre les deux textes est du reste presque nulle pour l'œil et pour l'oreille (0971 où DA),
quoique immense pour le sens: c’est une aspiration plus ou moins dure. Il est possible que le prophète ait intentionnellement joué sur le mot, et qu’en disant la ville du soleil, le centre de lidolâtrie, il ait voulu laisser pressentir à l'esprit la ville de destruction, la fin de l'idolâtrie. L'ancien paraphraste caldéen traduit ainsi: (Ville du Soleil, qui sera détruite, sera le nom de lune d’elles ;»» il accepte les deux textes, les deux versions et les deux sens. — Ce passage d’'Esaïe, de quelque manière qu’on le traduise, se rapporte plutôt aux temps messianiques, et nous ne saurions admettre, quant à nous, l’exégèse d’Onias; mais il faut reconnaître quil la fit goûter à ses contcmporains, et que les travaux du temple marchèrent rapidement et sans entraves (149 av. Jésus-Christ). Des lévites et des sacrificateurs y furent solennellement installés, et le culte s’y célébra dès lors régulièrement, sans toutefois que l’histoire des deux siècles qui suivirent en fasse davantage mention. Après la destruction de Jérusalem, le culte fut interdit dans ce temple, que Vespasien fit.plus tard démolir.
En Syrie, le gouvernement d'Alexandre Balas subissait les inconvénients de son origine aventurière, Il
fut bientôt troublé. Démétrius Soter, qui avait perdu le trône et la vie dans la bataille, avait laissé un fils connu dans l’histoire sous le nom de Démétrius Nicanor. Gelui-ci rentra en Syrie en 148, pour s'emparer du royaume paternel, et, après deux ans de guerre civile, il réussit à monter sur le trône. Mais les mesures violentes qu'il adopta provoquèrent en 146 des troubles qui ne furent apaisés que par l'intervention de 3,000 Juifs (des mercenaires à la solde de l'étranger), qui vinrent au secours de Démétrius, et qui, désintéressés dans le pays, firent à Antioche un horrible car- .nage. Ainsi l'ordre fut rétabli, mais pour peu de temps seulement; c’est l’inconvénient du système; le droit du sabre ne peut pas prétendre à tous les avantages. Un officier, nommé Tryphon, introduisit en-Syrie un jeune Antiochus, fils ou prétendu fils de Balas, et tout ‘aussitôt il se forma de nouveau deux partis, le roi Démétrius s'étant réfugié à Laodicée, et le prétendant résidant à Antioche avec son tuteur.
Jonathan, qui profitait, pour s’affermir, des divisions de ses voisins, finit par s'emparer de la forteresse de Beth-Sur; mais n'ayant pas compris la leçon qu'avait reçue son frère Judas, et voulant, en s’assurant l’appui de Rome, se soustraire aux dangers qui pouvaient lui venir de la Grèce, il se mit en rapports avec le Sénat qui, du reste, accueillit parfaitement ses ambassadeurs, comme on reçoit toujours bien ceux qui apportent de l’honneur ou du pouvoir,
Ces envoyés de Jonathan furent chargés en outre d'accomplir en même temps une autre mission, toute de confraternité juive, auprès d’une colonie d’Israélites dispersés. Nous ne parlons de cet épisode que parce qu'il montre combien étaient étroits les liens qui unissaient entre eux les Juifs de la dispersion, et aussi à cause des difficultés que le nom de la colonie a soulevées parmi les théologiens. On lit en effet (4 Macc. XIE, 2 et suiv.) que Jonathan et son peuple renouèrent des relations avec Sparte, avec les Spartiates et avec leur roi Daréius (Aréius, selon Josèphe, Antiq. XIIL, 8), se réjouissant de leur gloire, se souvenant toujours d’eux dans leurs prières et.leurs fêtes solennelles, ayant pour consolation les livres sacrés, etc. La lettre d'envoi mentionne une lettre antérieure que les Juifs de Jérusalem avaient reçue d’Oniarès (ou Daréius), roi des Spartiates, et qui porte entre autres: Il a été trouvé dans un écrit sur les Spartiates et les Juifs qu’ils sont frères et qu’ils sont de la race d’Abraham.» — Le second livre des Maccabées, V, 9, parle d’une origine commune entre les Juifs et les Lacédémoniens; mais son témoignage est Sans aucune valeur critique; il a commis la même faute que beaucoup d’autres, et ne doit compter que comme la première ou la seconde victime d’un malentendu causé par le passage cité du premier livre des Maccabées.
Qu'était-ce que ces Spartiates et cette Sparte ? La première pensée est qu'il n’y a eu qu’une seule Sparte,
et que c’est de celle-là qu'il est question: Joséphe, l'auteur du second livre des Maccabées, puis Grotiuset Calmet ont pris sous leur patronage cette parenté des Juifs avec les Lacédémoniens. Mais une seconde pensée vient bientôt rectifier la première; c’est qu’à l’époque dont 1l s’agit, Sparte n’existait plus guère avec des rois indépendants, et qu'aucun de ses rois ne s’est jamais appelé ni Daréius, ni Aréius, ni Oniarès, ni d'aucun nom qui rappelle ceux-ci. Il est résulté de là, pour Eichhorn et Winer, que la solution la plus simple de la difficulté était de déclarer fausse et inauthentique toute cette correspondance, procédé sommaire, expé-. ditif et facile, que l’on peut employer avec le second livre des Maccabées si l’on veut, mais qu’on ne saurait employer avec le premier, dont la fidélité historique est trop bien établie. C’est donc ailleurs qu'il faut aller chercher une solution.
Avant tout, il faut repousser toute assimilation des Spartiates dont il est parlé ici avec les Lacédémomiens,. la descendance de ces derniers ne pouvant pas histoquement se rattacher à Abraham, et la lettre du roi Daréius portant un cachet hébreu qui est trop évidemment contraire à tout ce que l'antiquité nous apprend des Lacédémoniens. Mais un passage d’Abdias (v. 20), peut nous mettre sur la voie: «Ces bandes des enfants d'Israël... et de Jérusalem, qui auront été transportés, posséderont ce qui est jusqu’à Sépharad, etc.» Sépharad est bien le nom hébreu de Sparte. Il y avait
= of =
là une colonie de Juifs exilés. Cette explication, de J. D. Michaëélis, est toujours un commencement. Il est vrai que l’on ne connaît pas ce pays; jusqu’à présent, les interprètes se sont contentés de l'explication de Jérôme, qui avait mal lu, et qui traduit (à Sépharad» par Bosphore. Ce serait alors ou le Bosphore de Thrace, le détroit de Constantinople, ou le Bosphore Cynérius, entre le Pont-Euxin et les marais Méotides. Les dernières recherches! font connaître en effet l'existence de petits royaumes juifs, sous des rois indépendants, échelonnés à travers toute l'Asie, depuis la mer Noire jusqu’en Chine, tous reportant leur origine aux catastrophes arrivées sous Salmanéeser et sous Nébucadnetsar. Beaucoup de grands et de nobles de la Géorgie font aussi remonter leur généalogie jusqu'au roi David. Il n’y aurait là rien d’impossible, et l’on comprend qu’au temps des Maccabées il ait pu y avoir un roi indépendant, régnant sur les Juifs dispersés de la Crimée (Jahn, Archéol. IT, p. 399). Cependant, ce n’est guère sur les bords de la mer Noire que l’on sera tenté d'envoyer une députation qui, se rendant de Jérusalem à Rome, doit profiter de son voyage pour visiter aussi Sparte en passant; le détour serait trop considérable. Il y aurait lieu plutôt de se ranger à l’opinion qui assigne à ces Spartiates, ou Spardiates, leur demeure dans les contrées occiden-