Eusèbe, Prépar. évang., VIIT
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tait qu'aspiration ou intuition’. Son ‘influence fut. d'autant plus grande qu'il sut éviter les exagérations, et l’on peut voir en lui l’incarnation la plus parfaite du système juif alexandrin. À vrai dire son judaisme transformé n’est plus une religion, mais une simple philosophie ; Dieu touche à l’abstraction, et les formes symboliques du judaïsme n'ont plus de valeur pour celui qui en a découvert la signification profonde : idée est l'essentiel, le reste est accessoire ; les cérémonies sont bonnes pour le vulgaire qui ne peut s’élever plus haut sans ce moyen, mais elles ne sont bonnes que pour lui. Le vrai Judaïsme , c’est la foi en un Dieu unique, et la raison suffisant pour amener l’homme à cette foi, tous les hommes sont de vrais Juifs, qui admettent et professent cette doctrine fondamentale. | Les Juifs d'Égypte ne furént pas unanimes à reconnaître Ja nouvelle philosophie religieuse, qui, sans compensation aucune, mettait le Judaïsme au niveau du paganisme. Les protestations ne manquèrent pas, comme le prouvent le second livre des Maccabées et quelques autres écrits alexandrins , le livre d'Énoch, le IV® d'Esdras, les fragments juifs des oracles sybillins. Il est probable aussi que le temple d'Héliopolis ,
1. On a pu appliquer à ce système le mot de Polonius sur les nonsens de Hamlet : « G’est une folie, mais cette folie a de la méthode. » W. Newman, Symbolique du culte de l'ancienne alliance. (Lausanne, 1860.)
fondé par Onias, fut un centre de résistance aux innovations alexandrines , et que son opposition fut d'autant plus forte que sa position loin de Jérusalem, pouvait le ‘rendre suspect de tiédeur et de relâchement. Ce qui prouve que la lutte dut être vive, c’est la vivacité même des répliques de Philon aux attaques dont il était l’objet: € Que les superstitieux s’éloignent les oreilles bouchées! Nous ne livrons les mystères divins qu’à ceux qui ont été initiés aux choses sacrées, c’est-à-dire à ceux qui cultivent sans ostentation la piété sincère et vraie; nous n'admettons pas aux choses sacrées ceux qui, frappés d’une maladie incurable, sont séduits par la pompe des paroles, l’éclat des mots, les illusions des coutumes, et qui ne font pas consister la sainteté dans autre chose.» (Des chérubins , $ 12.)
Le judaïsme alexandrin n’était donc au fond qu'un : passage du supranaturalisme au rationalisme; c'était la religion naturelle et philosophique, doublée d’un reste d’'amour-propre national; on ne voulait pas sacrilier la religion des pères.
Philon, qui était né 30 ans avant Jésus-Christ, croyait rajeurir le judaïsme et le rendre éternel; 1l devait être le témoin de ses dernières convulsions. Il fut envoyé en ambassade auprès de Caligula, et revint sans avoir rien obtenu. Il jouit jusqu’à sa fin de la haute estime de ses compatriotes établis en Égypte. On peut considérer comme le plus illustre de ses disciples,
quant à la tendance, Numénius d’Apamée, grec et chrétien, qui fleurit en Syrie au deuxième siècle , et qui avait coutume d’appeler Platon le Moïse Attique.
Il n’y avait pas de danger que, par suite de leur principe, quelque relâché qu'il fût, les Alexandrins retournassent au paganisme; leur profession de foi était réduite à son minimum, au dogme de l’umité de Dieu, mais au moins ils en avaient une, et ils y tenaient. En revanche, les païens pouvaient être tentés de passer au judaïsme, qui était la forme positive du dogme monothéiste ; or, en fait de questions religieuses, une position philosophique ne remplace pas une religion. Ceux des païens qui étaient gagnés à l'idée juive, comprenaient parfaitement qu'il ne leur suffisait pas de dire: Nous sommes philosophes. Ils devaient incarner leur nouvelle foi dans une religion nouvelle, celle qui seule réalisait le nouveau dogme. Le judaisme s’imposait à eux, non point qu'il fût pour eux l'idéal, mais il était une première étape vers l'absolu, et la seule réponse possible à leurs nouveaux besoins. Et comme on ne peut rompre réellemént avec une religion qu'en en embrassant une autre (M. Edgar Quinet la fort bien rappelé dans sa lettre à Eugène Sue), un grand nombre de païens, décidés à rompre avec lidoltrie, aspiraient à entrer dans le judaïsme , et se faisaient recevoir comme prosélytes. Cest aussi parmi eux que le christianisme
naissant trouva le plus grand nombre d’âmes disposées à le recevoir.
Les prosélytes dataient de loin chez les Israélites. Notre Seigneur, en reprochant aux Pharisiens leur prosélytisme exagéré, et leur zèle sans connaissance (Matth. XXIIT, 15), constate cet esprit de conquête, si naturel aux convictions fortes et arrêtées.
Les Juifs en distinguaient de deux sortes:
1° Les prosélytes proprement dits, appelés aussi prosélytes de la Justice ou de lAlliance; c’étaient ceux qui, en entrant dans le judaisme, acceptaent toutes les conséquences de leur conversion, s’engageaient à en supporter les charges, à observer toutes les cérémonies de la Loi, et par là même avaient droit à tous les priviléges des Juifs, comme s’ils eussent été Juifs de naissance.
9° Les prosélytes de la Porte ; c’étaient ceux qui renonçaient à l'idolâtrie, et n’adoraient que le seul vrai Dieu, mais ne se chargeaient pas du joug de la loi de Moïse. Ils n'étaient tenus qu’à l’observation des sept préceptes ‘ que les Juifs appelaient noachiques, ou des enfants de Noé, savoir :
1. On sait combien le préjugé du chiffre sept remonte à une haute antiquité ; il existe encore aujourd'hui; bien des personnes croient encore aux sept planètes, quoiqu'on en découvre chaque année de nouvelles, et aux sept couleurs de l'are-en-ciel, quoique le vert soit la es du jaune au bleu; le violet le passage du Dne au rouge : l'orange le passage du rouge au jaune.