CHAPITRE XII
LES ROIS MACCABÉES.
Aristobule I. — Alexandre Jannée. — Alexandre Hyrcan. — Aristobule IT. — Hyrcan. — Antigone. —- Fin de la dynastie des Maccabées. «
Nous avons vu mourir Jean Hyrcan, dans la trentième année de son administration, soucieux de l’opposition naissante des Pharisiens à son double pouvoir de prince et de pontife. [ avait prévu ou pressenti (car les Juifs, pleins de respect pour sa mémoire , lui attribuaient encore le don de prophétie) la mort prochaine de ses deux aînés, et il avait laissé le trône à sa veuve. Mais, sans respect pour la volonté paternelle, Aristobule, son fils aîné, ami de la civilisation orecque, et partisan des Sadducéens qui le conseillaient, s'était emparé du pouvoir. Il ne se contenta pas de la double dignité de prince et de pontife qu’avait possédée son père ; il voulut le titre de roi, et le prit comme il en avait pris l'autorité. Il fit, ou laissa mourir de faim sa mêre dans un cachot, parce qu'il redoutait son influence ; elle avait le droit pour elle, et tout le parti des Pharisiens la soutenait. Ce meurtre west peut-être qu'une calomnie de parti, mais ce qui est posiif, c’est qu'il l'avait fait mettre en prison, et
qu'elle y mourut ; il avait fait également emprisonner trois de ses frères. Ce qui est positif encore, c’est qu’à l’instigation de son épouse Alexandra (ou SL il fit mourir son frère Antigone, que de brillantes victoires avaient rendu populaire, et que l’on soupçonnait à tort de dessems ambitieux et fratricides; quand Aristobule eut reconnu la vérité, mais quelques heures trop tard, il fut saisi de remords si violents, qu'il en tomba malade; on dut le saigner, et par une horrible fatalité, le serviteur qui emportait le bassin plem de sang, le laissa tomber, sans le veulur, sur le sang même d'Antigone, ed répandu : ce rapprochement parut à der un châtiment providenüel, et un funèbre présage ; il ne tarda pas à succomber après un an de règne (106): la prophétie de Jean Hyrean était accomplie. Josèphe raconte qu'un vieillard esséen, nommé Judas, avait prédit à Antigone le jour et le lieu de sa mort. (Ant. jud. XIE, 19 ; Gucr. déesse dB
Le second roi de cette famille qui n’était pas appelée au trône, fut Jannée, troisième fils de Jean Hyrcan. IL fut tiré de prison par la veuve d’Aristobule, qui, n'ayant pas d'enfants, l’épousa. Ge fut cette circonstance qui lui fit donner le surnom d'Alexandre’ presque toujours joint à son nom de Jannée. Il régna comme un roi des peuples de ce monde, et rien dans
1. Ge nom grec d'Alexandre correspond au nom hébreu de Josué ou Jésus, et signifie «celui qui vient en aide. »
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sa conduite ne vint rappeler, ni le descendant d’Aaron, ni l’arrière-petit- fils de Mattathias. Il fut constamment en guerre avec les peuples voisins, et poussa ses conquêtes jusqu’au pied du Liban et au delà du Jourdain, avec des alternatives de succès et de revers. La soif d'enivahir, dit le poëte, tourmentera toujours les meuniers et les rois. Les peuplades qu'il assujettit furent laissées complétement libres... d’émigrer loin de la patrie, ou d'adopter la religion juive: c'était la hberté de conscience d'alors.
Les Pharisiens soulevèrent contre cet indigne pontife une redoutable opposition. Pour se défendre contre des révoltes et des soulèvements continuels, il se fit une garde du corps, composée de 6,000 étrangers (Jos., Ant. XIT, 21; Guer. des J., I, 3); ce fut tout ce que lopposition y gagna. Après dix ans de guerre civile, 1l parvint à réduire ses ennemis, il fit un grand nombre de prisonniers, et le cruel pontife d'Israël en fit crucifier huit cents en présence de ses maîtresses, et comme assaisonnement d’un splendide repas qu’il leur avait préparé. La guerre, d’après les chroniques du temps, avait coûté la vie à plus de 50,000 Juifs. Dès lors la terreur régna au pays. Les Juifs lui décernérentle surnom de Thracide (cruel comme un Thrace), et celui de Doker ( meurtrier). Il mourut après une longue et douloureuse maladie de trois ans, haï de tous, laissant les rênes du gouvernement à sa femme, avec le bon conseil de se réconcilier au plus tôt avec
les Pharisiens, fallüt-il pour cela désavouer et flétrir sa mémoire. Ge fut en 78; il avait 49 ans.
Alexandra monta donc sur le trône, et se distingua dès l'abord par sa prudence et son habileté. Elle suivit les conseils de son mari, fit des avances aux Pharisiens, et leur offrit, s'ils le désiraient, de laisser sans sépulture le corps du feu roi. Désarmés par ces prévenances, les Pharisiens se turent devant leur ennemi mort; ils lui firent de magnifiques funérailles , et acceptèrent la part de pouvoir et de gouvernement qui leur était offerte de si bonne grâge.
Jannée avait laissé deux fils, Hyrcan et Aristobule, qui devaient exercer une AT décisive et fatale sur les destinées de leur famille et de leur patrie. L’aîné, Hyrcan, avait été investi des fonctions pontificales; il avait la tiare, sa mère avait la couronne. Les deux charges étaient enfin séparées. Les Pharisiens triomphaient. Les hommes les plus mfluents du part opposé réussirent cependant à se faire donner des commandements dans des forteresses importantes. Aristobule, le second fils d'Alexandra, était en relations habituelles avec les mécontents, fidèle à ces vieilles traditions monarchiques qui aiment assez à voir sur les bancs de l’opposition quelques membres de la famille royale, et prenant au sérieux son rôle de
César in spe, dont son courage et son intelligence, dignes des Maccabées, justifiaient assez les prétentions.
. Leur mère étant morte, son fils, le pontife, essaya de prendre la couronne, et monta sur le trône sous le nom de Hyrcan. Par cet acte impolitique, il s’aliéna une portion des Pharisiens, sans se concilier les Sadducéens, enrôlés sous la bannière d’un chef plus digne. Bienveillant, paisible et mou, il ne tarda pas à reconnaitre que ce double fardéau était plus qu'il ne pouvait porter. En présence des difficultés qui s’élevaient de toutes parts, au bout de trois mois, sur le point de livrer bataille, mais trahi par les uns, aban- : donné par les autres, il résigna solennellement toutes ses fonctions entre les mains de son frère Aristobule, autour duquel la masse de la nation s'était groupée à la remorque des Sadducéens. Pour adoucir l’'amertume de cette abdication, un mariage fut convenu entre Alexandre, le fils aîné d’Aristobule, et Alexandra, la fille unique d’'Hyrean ; de ce mariage devait naître un Jour la célèbre Marianne. | Arislobule IT monta donc sur le trône en 69. Les intrigues, à parür de ce règne, forment autour de la royauté un nuage qui va s’épaississant de plus en plus; elles se croisent et S’entremêlent de telle sorte qu'on a peine à s’y reconnaître. Ge ne sont plus seulement les deux frères qui se surveillent, ce ne sont plus seulement les Pharisiens et les Sadducéens qui cherchent à faire prévaloir leur influence ou leurs doctrines; ce sont encore les Iduméens, les Romains, qui veulent dire leur mot dans les affaires des Juifs.
Alexandre Jannée avait établi comme gouverneur en Idumée un certain Antipas, dont l’origine n’est pas bien connue. Nicolas, de Damas, le fait descendre d’une famille juive assez considérable; Strabon paraît admettre aussi cette généalogie; mais Josèphe, qui n’est pas suspect en pareille matière, ne voit dans cette illustre origine qu'une flatterie à l'adresse des Hérode. Une tradition conservée par Eusèbe, ferait d'Antipas humble portier d’un temple d'Apollon, près d'Askélon. Quoi qu'il en soit, portier ou non, il était devenu lun des chefs les plus influents de l’Idumée juive. Son fils Antipater, le père d'Hérode-le-Grand, joua un grand rôle dans ces temps de troubles. Aristobule le haïssait instinctivement , et la suite prouva que ses préventions n'étaient que trop fondées. En effet, Antipater, sous prétexte de légalité (on a toujours des prétextes), favorisa une restauration momentanée du fils aîné de la branche aînée; il ramena Iyrcan en Palestine, s'appuyant d’un côté sur une armée de 50,000 Arabes, de l’autre sur le parti des Pharisiens. Le concours de ces 50,000 Arabes dut être payé par la cession d’une douzaine de villes juives, frontières de son royaume, qu'Arétas s’annexa dès que la campagne fut finie.
Hyrcan, qui du reste n'avait guère l'air de s’en soucier, fut obligé de remonter sur le trône, avec un royaume amoindri, et lhumiliation d’une parole violée et d’une restauration étrangère.
Sur ces entrefaites, Rome, que nous ne voyons et n’entendons encore que vaguement, et dans une espèce de lointain, n’en poursuit pas moins, et sûrement, son œuvre de conquêtes et d’asservissement. Pompée venait de s'emparer de la Syrie (65) ; il envoya son général Scaurus en Palestine pour voir ce qui s’y passait. On le pria d'intervenir dans la lutte entre les deux rères, et vu la vénalité romaine bien connue, on Jui fit de part et d’autres de riches présents. Hyrcan avait pour lui le parti national, il avait pour lui le droit d’aînesse, et, par conséquent, le droit à la couronne. Aristobule avait pour lui le droit du dernier occupant, et des avantages personnels incontestables ; peut-être aussi avait-il payé davantage. Scaurus décida en sa faveur, et donna à Hyrcan l'ordre de se retirer. Arétas, de son côté, craignant l'intervention romaine, battit en retraite; mais Aristobule, en le poursuivant, mit les torts de son côté, et déplut à Pompée, qui n'aimait pas qu'on se battit quand il daignait offrir son arbitrage. Un frère d’Antipater, Céphalion, avait succombé dans cette rencontre.
Bientôt Pompée parut lui-même devant Jérusalem, et appela la cause. Aristobule s'étant présenté à lui avec l'appareil de la royauté, et s'étant exprimé avec la légitime fierté d’un Maccabée, Le célèbre capitaine, qui ne croyait qu'au droit du plus fort, le fit charger de fers pour constater son droit. Le parti des Pharisiens, qui élait aussi le parti d'Hyrcan, ouvrit à Pom-
pée les portes de la ville, ne comprenant pas que l'étranger, même s’il est ami, n’est encore qu’un étranger dans le pays. Le parti d’Aristobule, retranché sur la montagne du temple, essuya un siége de trois mois.
Pompée ne pilla pas le temple, mais, malgré l’énergique résistance des prêtres juifs, il pénétra dans :le Lieu Très-Saint : de ce moment aussi, chose remarquable, fortuite peut-être, mais en tout cas remarquée, sa brillante étoile militaire commença à pâlir. Toujours heureux jusque-là, il n’a plus dès lors éprouvé que des revers. |
Le lendemain le temple fut purifé, et Hyrcan rentra dans ses fonctions.
Les auteurs profanes de l’époque racontent que les Juifs adoraient un âne. Reland explique l'origme de cette fable par le fait que la manne, dans le Lieu Très- Saint, était renfermé dans un vase d’or, nommé Àsellus, à cause des deux anses fort élevées dont il était muni. (On n’y a trouvé d’autres dieux que des Asellos,» disaient ensuite les soldats de Pompée en se moquant.
Cela se passait en 63. En cette même année, Cicéron était consul à Rome, et réprimait la conjuration de Catilina. |
Voilà donc Jean Hyrcan de nouveau sur le trône, 63—240. Il avait exercé les fonctions de pontife après la mort de son père, Alexandre Jannée, sous le règne
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de sa mère Alexandra , 78—69. Pendant quelques mois il avait aussi possédé la couronne, mais renversé année même de son avénement, il avait vu la royauté et le pontificat passer entre les mains de son cadet, Aristobule, 69—635. En recouvrant sa double dignité, il a le sentiment qu'il n’a plus rien de légitime; son droit d’ainesse est effacé par l'intervention étrangère; il n'ose même plus prendre ostensiblement le titre de roi; son parti le lui défend, sa modestie, et peut-être ses convictions le lui défendent aussi : Pompée, d’ailleurs ne l'aurait peut-être pas permis. Hyrcan rest qu'un vassal du capitaine romain.
Les Juifs furent obligés de payer une contribution de guerre à leurs prétendus libérateurs, et de détruire les murs de Jérusalem. C’est donc ici que commence à se dessiner nettement la dépendance des Juifs et influence despotique de Rome.
Pompée emmena capüfs le ro1 détrôné Aristobule, ses deux filles et ses deux fils, Alexandre , le gendre d'Hyrcan, et Antigone. Antigone devait cependant monter un Jour sur le trône, dernier roi de sa race. Alexandre ayant réussi à s'échapper, causa des troubles que les Romains n’apaisèrent qu'après quatorze ans de luttes : 1l fut pris et mis à mort plus tard, à Antioche, par l’ordre de Pompée, mais à linstigation d'Antipater. Son père Aristobule s’échappa aussi, mais après quelques efforts infructueux, il fut également
fait prisonnier par Gabimius, général romain, et renvoyé à Rome.
Hyrcan régnait donc, mais les Romains exploitaient le pays; ils avaient les finances et l’armée; ils étaient les maîtres. Crassus, successeur de Gabinius, marchant contre les Parthes, en 54, enleva les trésors du temple. «Son esprit, dit Plutarque, était celui d’un marchand, plutôt que d’un général romain.»
Lorsque, en 49, César eut pris Rome, Aristobule put espérer un changement de fortune ; 1l fut en effet mis en liberté, et reçut le commandement de deux légions, mais bientôt 1l mourut empoisonné par un partisan de Pompée. ;
Après la bataille de Pharsale (48), César venant de l'Égypte, et passant par la Palestine (47), confirma Hyrcan dans sa double dignité, mais, détail gros d’avenir, il nomma Procuraleur du pays, Antipater, fils d'Antipas, et père d'Hérode. Le bout de l'oreille commence à percer. Hyrcan n’est plus qu'un prête -nom.
Antipater, homme très-fin, tout dévoué aux intérêts de Rome, avait donc entre les mains le pouvoir politique ; de cette manière la Palestine était -de fait dans la dépendance des Romains, sans même qué:les apparences fussent sauvegardées , tandis que Hyrcan, Juif pieux et descendant des Maccabées, restait sur le trône comme une fiche de consolation pour le parti des Pharisiens, dont 1l représentait les idées religieuses. Tout cela était parfaitement calculé par les
Romains, à leur point de vue; ils en étaient déjà à rire de leurs augures; pour eux, la religion n’était qu'une superstition, sans réalité comme sans force. Mais comme les idées religieuses des Juifs formaient le principe de toute leur existence, leur seule raison d'être dans ce monde, elles ne pouvaient être ni méprisées, ni soumises aux caprices d’une politique étrangère, sans provoquer les suites funestes, qui ne manquèrent pas de se manifester, jusqu'à ce qu’enfin éclata cette grande lutte entre le judaisme pharisaïque et le despotisme romain, qui aboutit à l’extirpation de là nation juive et à la destruction de Jérusalem.
Antipater surveillait lui-même l'administration du pays. Il occupait avec soin de préparer l’avénement de sa race et la chute des Maccabées ; il avait décidé que tout ce qui restait de cette famille périrait de mort violente ; il avait préludé à ces meurtres par l’exécution d'Alexandre, accusé de révolte par les Romains. La famille d’Antipater se composait alors de sa femme, Cypros, d’une famille considérable de lArabie; de quatre fils, Phasaël, Hérode, Joseph et Phéroras, et d’une fille, l'intriguante et méchante Salomé. Il confia le gouvernement de la Judée à l'aîné de ses fils, Phasaël; au second, Hérode, à pçine âgé de 25 ans, le souvernement de la Galilée: il voulait habituer de bonne heure ces jeunes gens à l'exercice du pouvoir suprême. Hérode ne tarda pas à se distinguer sous ce
rapport; 1l montra dès ie début un caractère entreprenant et ambitieux. La Galilée était loin d’être tranquille, et dans ses montagnes on pouvait compter bien des hommes ennemis de la domination romaine, prêts à se révolter à la première occasion. Pour Hérode, ces patriotes n'étaient que des rebelles, des brigands, latrones ; c’est l'expression convenue entre ennemis politiques. Hérode purgea donc le pays d’une bande de brigands qui linfestaient sous la conduite d'Ezéchias, et fit mettre à mort tous ces hommes, sans enquête, sans Jugement, et sans en avoir référé à l'autorisation supérieure, à Hyrcan. Des plaintes nombreuses s’élevérent contre ces exécutions féroces et illégales. Cité à comparaître devant le grand conseil de la nation pour y rendre compte de sa conduite, Hérode comparut en effet, mais vêtu de pourpre, escorté d’une bande de soldats armés, et muni d’une lettre de Sextus César, gouverneur de Syrie, qui ordonnait à Hyrcan de renvoyer absous le fils d'Antipater. Le faible et vieux Hyrcan céda, et malgré les efforts énergiques de Saméas (ou Shammaï), le sanhédrin n’osa pas prononcer de condamnation. « Sachez, avait dit Saméas, que si vous enlevez cet homme au châtiment qu'il mérite, Hérode lui-même vous en punira un jour, vous et votre roi.» (était une prophétie qui ne devait pas tarder à se réaliser. Les beaux jours de lindépendance nationale étaient passés ; la nation baissait. (Josèphe, Antiq. jud. XIV, 17.)
En 44, pour donner aux Juifs un semblant de satisfaction , César permit à Antipater, ou si l’on veut à Hyrcan ,.de rétablir les murs de Jérusalem. La même année (19 mars), il fut assassiné. Cicéron mourut en 43. Brutus occupa la Grèce , Cassius les contrées d’alentour. La Palestine payait force contributions pour alimenter ces guerres. Hérode fut confirmé dans le commandement dont il était investi en Galilée ; il reçut même la promesse formelle qu’il serait fait roi des Juifs après que les armées d’Octave et d'Antoine auraient été réduites ; cet aveu de Josèphe prouve que son avénement à la royauté fut la suite des intrigues de sa famille , et non la conséquence naturelle de la guerre et des services rendus.
Pendant ces troubles, un Juif du nom de Malichus ou Malique, désireux soit par ambition , soit par patriotisme, d’affranchir Hyrcan de la tutelle qui pesait sur lui, dressa des embûches à Antipater; cependant il sut si bien dissimuler ses véritables intentions que, lorsque le complot fut découvert, il put nier toute participation, et conserver les bonnes grâces de son maître. Bientôt après (45), Antipater étant mort à la suite d’un festin, Hérode et Phasaël soupçonnèrent Malique de l'avoir empoisonné ; ils ne firent semblant de rien, adressèrent en secret un rapport à Cassius , puis Hérode, profitant d’un voyage qu'il fit avec Hvyrcan et Malique, attira ce dernier dans une embuscade
et le fit massacrer devant les portes de Tyr. Hyrcan s’évanouit en apprenant ce meurtre ; il comprit enfin, mais trop tard, quelle était la race de ceux qui le patronnaient.
Après la bataille de Philippes, qui donnait à Marc- Antoine la souveraineté des provinces de l'Asie (42), les troubles excités par le parti de Malique, et par Antigone , frère d'Alexandre, fils d’Aristobule , et neveu de Hyrean , furent momentanément apaisés par Hérode, mais la haine des Juifs contre ces Iduméens, contre Hérode et Phasaël, s’accrut de jour en jour. Antoine étant venu en Orient, les habitants de Jérusalem lui envoyèrent une députation considérable, Josèphe parle de mille hommes (Antiq. XIV, 95), pour le féliciter, et le supplier en même temps de les débarrasser du joug des Iduméens. Josèphe traite d'ingrats ces amis de leur patrie; ceux que Rome s’assimile , elle se les assimile bien. Antoine pensa comme lui, repoussa les envoyés à coups de sabre, et Les fit massacrer par ses soldats.
Mais l’indomptable patriotisme des Juifs n’était pas vaincu. Rome possédait tout l’ancien monde ; les Juifs possédaient à peine le petit territoire que leur avaient légué leurs pères; le gouvernement du pays était entre les mains des étrangers, et malgré cela il devait s’'écouler encore cent ans avant qu'ils fussent domptés, et réduits à s’expatrier. Les nations ont la vie dure.
Antigone fit alliance avec les Parthes, qui portaient alors leurs armes victorieuses sur les bords de la Méditerranée. Avec leur secours, et soutenu des débris de son parti, il parvint à s'emparer par surprise de la montagne du temple, tandis que les Iduméens contnmuaient d'occuper la citadelle. Après beaucoup de scènes sanglantes on en vint à des pourparlers. Hérode refusait tout arrangement; son frère Phasaël et le vieux Hyrcan, plus débonnaires , consentirent à se rendre à Damas , au quartier-général des Parthes ; Phasaël comptait éblouir ses adversaires par de magnifiques promesses et les détacher d’Antigone ; mais ses efforts échouërent, et, soit préméditation, soit panique, le bruit ayant couru que les Romains avaient violé la trêve , Hyrcan et Phasaël furent retenus prisonniers.
Hérode , voyant que les affaires se gâtaient, prit la fuite. Depuis quelque temps, l’idée lui était venue d’épouser Marianne , la fille d'Alexandre que son pêre Antipater avait fait exécuter. Le grand-père maternel de Marianne , le vieux Hyrcan se montrait favorable à cette union, qui lui paraissait un moyen terme, un compromis, une transaction, ce qu'il affectionnait le plus au monde : c'était la fusion des deux races et des intérêts contraires. L’Iduméen épousant la Maccabée, préparait à ses descendants une double légitimité. L'histoire ne dit pas si la belle et fière jeune fille avait été consultée , ni si elle consentait volontiers à cette
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union politique. Dans tous les cas, le mariage était décidé ; les circonstances seules devaient le retarder quelque temps. Sur le point de partir, et sans avoir peut-être de projet bien arrêté, Hérode se dirigea d’abord vers la mer Morte, et mit en sûreté, dans la forteresse de Mazada, Marianne et son jeune frère Aristobule, qui lui servaient d’otages contre Antigone, en attendant qu’ils lui servissent de marche-pied pour monter sur le trône. Il laissa son frère Joseph et 800 hommes pour les garder, et licencia provisoirement le reste de sa petite armée. Il se rendit de là seul en Arabie, puis en Égypte , puis à Rome.
Pendant ce temps les Parthes pillaient Jérusalem , proclamaient Antigone roi, et lui Hivraient Hyrcan et Phasaël. Antigone ne se montra pas cruel envers son oncle : il se contenta de lui faire couper ( ou fendre) les oreilles, pour le rendre, par cette mutilation!, incapable de revendiquer jamais le sacerdoce, qui équivalait au pouvoir royal; il le fit ensuite conduire chez les Parthes, qui lui laissèrent toute sa liberté, et lui firent beaucoup d'honneur ; Phasaël, prévoyant un sort plus rigoureux, se brisa la tête contre la muraille de sa prison.
Antigone monta sur le trône l’an 40, mais il n’eut pas un seul moment de tranquilité : son règne de trois ans fut purement nominal. Ses alliés, les Parthes,
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