‹ L'époque des MaccabéesChapitre 42 sur 48 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les testaments d'Hérode. — Archélaüs, Antipater et Philippe. — Émeutes et révoltes. — Varus. — L'ère chrétienne. — Les treize procurateurs. — Courte royauté d'Hérode-Agrippa. —

Les sicaires. — Soulèvement général. — Le roi du temple.

Hérode laissait plusieurs fils. Il avait fait et défait à diverses reprises son testament. Sans compter sa vaisselle et dix millions de pièces d'argent, qu'il légua à Auguste, cmq millions à limpératrice, cmquante mille pièces et trois villes à Salomé, sa sœur, et une foule de dons particuliers à tous ses parents, Hérode avait encore à léguer son royaume.

Par un premier testament il avait partagé ses oi entre ses trois fils, Antipater, Alexandre et Aristobule. Par un second, après l’exécution des fils de Marianne, il avait tout donné à l'aîné. Celui-ci ayant été exécuté à son tour, le fils de la seconde Marianne, Hérode-Philippe, devait monter sur le trône, mais sa mère ayant été soupçonnée d'intriguer ou de conspirer contre Hérode, ce jeune homme fut déshérité par un troisième testament, qui désignait le plus jeune des fils du roi défunt, Antipas, comme l’héritier de la couronne. Toutefois, par un dernier testament, que

la mort l’empêcha de changer de nouveau, Hérode fit trois parts de ses États, et les partagea entre ses trois fils: Archélaüs, l’aîné, reçut l’Idumée, la Judée, et la Samarie, c'était le gros lot; Antipas, plus connu sous le nom d’Hérode le tétrarque, lâche et rusé comme un renard, eut la Galilée et la Pérée; Philippe enfin, le meilleur, eut la partie septentrionale de la Palestine, jusqu’au territoire de Damas.

À la mort d'Hérode, le pays était divisé, comme on Ja vu, en plusieurs partis qui profitèrent de la circonstance pour essayer de s’écraser les uns les autres. Le parti impérial avait son candidat sous la main; les zélotes ou patriotes n'étaient pas assez forts pour essayer de lutter seuls; les légitimistes, ou partisans du droit divin, Pharisiens et autres, n'avaient personne à opposer à Archélaüs; il y avait bien en Égypte un charpentier de Nazareth, nommé Joseph, qui appartenait à la famille royale, mais il n’était peut-être pas connu comme tel, peut-être aussi son éloignement, son âge, sa condition et son éducation incomplète, étaient-ils des obstacles à ce qu’on le produisit comme prétendant à la couronne ; peut-être enfin lui-même, veillant sur le berceau de Jésus, et sondant les prophéties, comprenait-il autrement que ses compatriotes, l'indépendance et le salut de sa nation. Quoi qu’il en soit, rien n’était préparé pour un mouvement. Archélaüs put être proclamé sous le titre

d'Hérode Il, et il ne tarda pas à montrer que, sil n'avait pas l’énergie de son père, il en avait les instincts et la cruauté. Le peuple menait deuil; les jeunes gens parcouralent les rues en criant et pleurant; tous demandaient justice ; l'opposition avait les caractères de la supplication et du désespoir; elle était d'autant plus dangereuse. À l’occasion d’une fête solennelle, 3000 hommes périrent écrasés par la cavalerie, ou sabrés par linfanterie d’Archélaüs. Sa famille même le blâma de ses excès.

Philippe était seul content de son sort. Ses deux frères rêvaient l’un et l’autre lhéritage paternel tout entier : Archélaüs le réclamait en vertu du droit d’ainesse; Antipas, en vertu d’un testament de son père, fait alors que celui-ci avait encore la plénitude de ses facultés. Ils partirent pour Rome : c'était une formalité indispensable à remplir. Auguste, qui commençait à se faire vicaire de Dieu, s’arrogeaitle droit de donner et de reprendre les couronnes; aussi longtemps que la force fut au service de cette absurdité, et cela dura des siècles, les peuples et les rois durent en passer par les prétentions du vicaire. Pendant que les deux frères étaient à Rome, avec leurs avocats, Nicolas de Damas pour l'aîné, Irénée son frère, et Antipater, fils de Salomé, pour le plus jeune, pendant qu’ils débattaient leur cause, et que Salomé intriguait en faveur d’Antipas, les Juifs essayaient aussi de faire valoir leurs droits et leurs réserves contre la domination

étrangère. Des soulèvements éclatèrent à la fois dans les principaux centres de la Judée, malheureusement sans entente préalable, sans accord, sans unité de direction et de but; on voulait chasser les Hérodes, on ne savait pas qui l’on mettrait à leur place; le messie, ce roi-libérateur qu’attendait Israël, n’était pas encore venu pour servir de point de ralliement aux efforts des amis de la patrie; un mouvement dans ces conditions devait échouer. Parmi les principaux chefs de ces bandes insurrectionnelles, on distinguait Juda, fils de ce prétendu brigand Ézéchias, qu'Hérode I avait fait mourir aux Jours où 1l n’était encore que gouverneur de la Galilée; le puissant Simon, auquel Tacite attribue une autorité presque royale’; le berger Atronge et ses quatre frères; enfin deux mille vétérans de l’Idumée. Varus, qui était alors gouverneur de Syrie, accourut avec de nombreuses troupes, et plus heureux qu’il ne devait l'être douze ans plus tard contre Hermann en Germanie, il réussit à délivrer Sabinus, assiégé dans Jérusalem, et à dissiper l’insurrection : pour rappeler aux Juifs ce que c’est que Rome, il fit mettre en croix, dans tous les lieux publics et carrefours du royaume, deux mille patriotes, afin d’épouvanter ceux qui seraient tentés de suivre leur exemple.

Cest à ce moment que reparut Archélaüs ; 1l dut

Page 1