‹ L'époque des MaccabéesChapitre 43 sur 48 · RIT I A: = EME · texte numérisé non relu

RIT I A: = EME

15" Histoire, V8:

être salué par les malédictions du peuple qu'il venait administrer. Auguste, après avoir oui la cause, s'était borné à confirmer le testament d'Hérode, en supprimant provisoirement le titre de roi, qui supposait une trop grande indépendance vis-à-vis de la cour de Rome; Archélaüs reçut le titre d’ethnarque, les deux autres frères, celui de tétrarque. Si Archélaüs se conduisait bien, on lui laissait entrevoir que la dignité royale pourrait lui être rendue plus tard.

Il y a ici quelques difficultés chronologiques, venant de ce que Père actuelle, ou dyonisienne, retarde de quatre ans environ sur celle de la fondation de Rome. Hérode est mort l’an 751 de Rome, c’est-à-dire deux ans avant l'ère chrétienne, et Jésus était déjà né à cette date: il en résulte que tous les chiffres qui se comptent d’après la naissance de Jésus, doivent être reportés plus en arrière, tandis que ceux qui sont calculés depuis la fondation de Rome restent exacts. On sait, par exemple, que l'administration d’Archélaüs dura dix ans: si l’on compte d’après l'ère vulgaire, elle se serait donc terminée lan 10 ; si l’on calcule , au contraire, d’après la date rectifiée, elle aurait fini lan 6 ou 7. Et quand on parle de date rectifiée, on ne le fait naturellement qu'en réservant tout ce qu'il y a d’obscur et de vague en cette matière; car plusieurs pensent que la date de la naissance de Christ est exacte, et que c’est au contraire la mort d'Hérode

qui doit être mise plus tard, non l'an 751, mais l'an 753 ou 704 de Rome.

Archélaüs marcha sur les traces de son père, et se fit bientôt redouter comme lui: Joseph, qui était revenu d'Égypte après la mort d'Hérode, sachant qu'Archélaüs était sur le trône, ne se crut pas plus en sûreté sous le fils que sous le père, et s’enfuit en Galilée dans la tétrarchie d’Antipas. Des plaintes continuelles s’élevérent contre sa tyrannie, ses exactions et sa vénalité; déjà l’on avait fait valoir contre lui à Rome, des abus de pouvoir commis avant même qu'il eût reçu l'investiture de son gouvernement: il était mal noté. Son mariage avec Glaphyra le compromit davantage encore, en compliquant sa position. Glaphyra, fille d’un roi de Cappadoce, avait épousé en premières noces Alexandre IT, fils aîné de Marianne, dont elle. avait eu des enfants. Veuve, elle avait épousé un roi africain, du nom de Juba, qu'il ne faut pas confondre avec l’illustre roi de la Mauritanie. Veuve une seconde fois, elle charma son beau-frère Archélaüs , qui renvoya son épouse Miriam ou Marie, pour l’épouser. La loi juive ne permettait à une veuve d’épouser son beau-frèré que si elle n'avait pas eu d'enfants du premier lit. Le peuple vit dans ce mariage une insulte au sang des Maccabées, et témoigna de tout l’attachement qu'il portait encore à ses princes, par la réprobation dont il flétrit la conduite de la veuve trop vo-

lage. Glaphyra ne survécut pas longtemps à ce nouvel hymen, etle bruit se répandit que son premier époux lui était apparu dans un songe, et l'avait réclamée comme sienne; elle-même devait lavoir raconté à ses femmes.

Auguste finit par prêter l'oreille aux nombreux oriefs que les Juifs et les Samaritains ne cessaient de porter devant son tribunal. La tactique romaine avait réussi ; la Judée aimait encore mieux être une simple province, que de n'avoir qu'une indépendance nomimale, avec un étranger pour roi. L'empereur révoqua Archélaüs (entre lan 6 et l'an 10), et l’envoya dans les Gaules allobroges, à Vienne, où il mourut. Ses États furent confisqués, réunis à la couronne impériale , et administrés par des procurateurs.

Antipas, le mari d'Hérodias, fut pareillement dépossédé trente ans plus tard par Caligula, en 39; Agrippa, son neveu, que nous verrons bientôt sur le trône d'Hérode-Philippe, l'avait dénoncé comme tiède, comme suspect de favoriser les Parthes, comme entassant dans ses châteaux des armes pour équiper 60,000 soldats, etc. L’ambition de sa femme, qui voulait remplacer le tre d’ethnarqué par celui de roi, le perdit. Les deux époux furent bannis: ils se reuirèrent à Lyon d’abord, puis en Espagne. Hérodias, à qui Galigula fit offrir la liberté et un douaire considérable, aima mieux rester fidèle à son mari: elle avait partagé sa fortune, elle voulait partager sa disgrâce; elle en était du reste la principale cause.

Quant à Plulhippe, le plus juste et le meilleur des fils d'Hérode, il s'était modestement contenté de sa tétrarchie, l'avait convenablement administrée, se préoccupant avant tout du bien publie, et, aprèsavoir bâti ou agrandi plusieurs villes, entre autres Césarée qui porta son nom (Matth. XVI, 13), il était mort l'an 39 ou 34, après un règne d'environ trente-cinq ans, trois ans avant Tibère. Comme il ne laissait pas d’enfants, ses possessions furent réunies à la province de Syrie.

La famille d'Hérode n'avait cependant pas encore dit son dernier mot; nous la retrouverons.

À parur du moment où Archélaüs quitta le pays jusqu'à la chute de Jérusalem, il s’écoula environ soixante ans. Cette époque est toute entière une époque de révolutions et de luttes sanglantes. Dans Pimpossibilité de suivre d’une manière régulière le cours des événements , il convient d'en indiquer d’abord succinetement les principales phases. Une fois les traits généraux bien déterminés, les détails se comprendront mieux, etse classeront plus facilement.

Vingt-trois sacrificateurs, presque tous nuls ou indignes, se succédèrent sur le siége pontifical pendant cette époque. Les deux seuls qui aient eu une signiication véritable, sont Anne, qui fut établi par Quirinus (Gyrénius , Luc IT, 2) l'an 6 ou 7, sous le gouvernement d'Archélaüs, et qui fut remplacé lan 14 à

l’avénement de Valérius Gratus ; et Caïphe, son gendre, qui exerça la sacrificature de 25 à 36. Quoique destitué, le vieil Anne continua de jouir d’une grande considération parmi le peuple, qui lui conserva même le titre honoraire et le nom de sacrificateur (Luc IT, 2 ; Jean XVIIT, 15). |

Les empereurs qui présidérent aux destinées de la Judée en ces temps de désolation, sont Auguste, qui mourut lan 14; Tibère, de 14 à 37 ; Caïus Caligula, 931—/41 ; Claude, 41—54; Néron, 54—68; puis Galba, Othon, Vitellius, qui ne firent que traverser la scène, portés et emportés par leurs soldats; enfin Vespasien, qui monta sur le trône en 69, et consomma l’année suivante la ruine de Jérusalem.

Des procurateurs furent, depuis Archélaüs, chargés de l'administration de la Judée, jusqu’au moment où les révoltes, les rébellions et les insurrections partielles et successives, devinrent une véritable guerre, la guerre d'indépendance. Le procurateur était moins que le préteur ou que le proconsul ; ce dernier était le pouvoir suprême, pouvoir militaire, représentant direct de l’empereur ; le préteur était dans les choses civiles légal du proconsul; Cicéron avait été préteur en Asie, et ses lettres à Atticus donnent une idée des abus de pouvoir auxquels pouvaient se livrer, pour s'enrichir, ces émanations de l'autorité impériale; parlant d’un de ses prédécesseurs, 1] accuse « d’avoir traité la province en lui coupant la chair , en lui ôtant

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le sang, en lui arrachant tout ce qui était possible » (ad Attic., 1° lettre du livre VI). Les procurateurs n'avaient à s’occuper presque exclusivement que des intérêts financiers de la métropole; il s'agissait avant tout pour eux de faire rentrer les impôts, mais ils avaient le droit, dès qu’ils éprouvaient la moindre difficulté, de disposer de la force armée; cette confusion de pouvoir créait l'arbitraire, et rendait les procurateurs d'autant plus redoutables qu'ils n'avaient guère à répondre que de la partie financière de leur administration.

Treize procurateurs se succédèrent à Jésusalem, tous plus ou moins empreints de l'esprit des empereurs dont ils étaient l’émanation , Auguste, Tibère, Caligula , Claude et Néron. Ces procurateurs, qui résidaient d'ordinaire à Césarée, au bord de la mer, la capitale romaine pour la Judée, n’ont pas laissé tous des traces également mémorables de leur passage, il en est même dont on ne connait que le nom, sans aucune indication sur la date précise de leur passage aux affaires : les premiers furent Coponius, Marcus Ambivius, qui vit mourir la vieille Salomé, Annius Rufus, Valerius Gratus (14-25), agent de Tibère à époque où cet empereur disait encore : CUn bon berger tond ses brebis, mais ne les écorche pas ;» le trop fameux Ponce-Pilate (25-36), destitué et banni dans les Gaules pour excès de pouvoir, exactions et cruautés , enfin Marcellus, ou Marullus, qui ne ferait

qu’un seul et même personnage, suivant les uns (Saivador), ou, suivant d’autres, deux personnages successifs. Leur ou son administration dura de 36 à 41.

À cette époque un changement inattendu se produisit, que les Juifs purent prendre comme l'aurore d’une ère nouvelle. Le régime des procurateurs cessa, et une partie de la Judée d’abord, puis la Judée toute entière , fut reconstituée en monarchie , avec un roi qui sans doute portait le nom d'Hérode, mais qui avait aussi du sang des Maccabées dans les veines. Quand on est dans une position difficile et désespérée, il faut souvent peu de chose pour rendre l'espoir et la joie ; Tes Juifs accueillirent avec reconnaissance le nouveau décret; il n’y avait pas de quoi.

Un petit-fils d'Hérode et de Marianne Maccabée, un fils d'Aristobule IV , frère par conséquent d'Hérodias, vivait depuis longtemps à Rome, où il était très-connu par ses dettes et par sa vie aventureuse : il se nommait Agrippa, du nom d’un gendre d’Auguste, le second mari de la belle et dissolue Julie. Élevé à Rome , comme sa sœur ; sous les yeux de leur mère Bérénice, il avait partagé les jeux des enfants de Tibère et s’était particulièrement concilié la faveur du pauvre Claude, méprisé de tous et que sa mère elle-même traitait de «bête.» On le maria à sa cousine Cypros, petite-fille de Marianne, personne très-distinguée, mais qui ne put exercer sur lui aucune influence. Il continua de dépenser follement son argent, croyant par là se faire

des amis, et bientôt sa fortune entière fut engloutie; il dut quitter Rome et se rendre en Judée, où le tétrarque , son oncle, lui fit servir une modeste pension, non sans y joindre de bons conseils ; irrité de cette position subalterne , il partit pour l'Égypte, se fit prêter de l’argent par quelques amis et revint à Rome, oùil s’attacha particulièrement à Caïus Caligula, fils de Germanicus; une parole imprudente, l'espoir que le vieux Tibère ne tarderait pas à céder la place à son ami, lui valut six mois de prison. Tibère étant mort, Caïus le délivra, et le sachant dans une posiüon financière difficile, il lui donna une place de roi : la tétrarchie de Philippe, augmentée de quelques principautés voisines, fut d’abord son domaine ; il en toucha les revenus pendant plus d’un an avant de s’y rendre, puis il partit, après avoir payé ses dettes. Son passage à Alexandrie fut marqué par de grands désordres. Marcellus était alors procurateur de la Judée. Antipas et Hérodias, jaloux de voir leur frère en possession d’un trône , partirent pour Rome dans l'espoir d’en obtenir autant; nous avons déjà vu comment cette ambition leur fut funeste; l'exil fut la conséquence de leurs démarches: la Galilée et la Pérée furent réunies au royaume d'Agrippa. — En 41, Claude fut appelé à succéder à son oncle Caligula, par les mêmes soldats qui venaient d’assassiner celui-ci. Il avait 50 ans; sa troisième femme, Messaline, donna le ton à son règne. Un des premiers actes de son gouvernement fut de

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suspendre les fonctions des procurateurs de Judée et de réunir cette province au royaume de son ami Aorippa. Une fois encore, mais une dernière fois, et pour peu de temps seulement, le royaume d'Israël était intégralement reconstitué, avec ses frontières lécales, naturelles et historiques. Agrippa chercha à se rendre agréable au peuple, qui n'avait plus le droit de se montrer difficile ; il fit mettre à mort Jacques l’apôtre, pour prouver la bonne intention qu'il avait dé maintenir la religion nationale; il faillit également mettre à mort l’apôtre Pierre, mais celui-ci lui échappa miraculeusement, Ayant été appelé dans une circonstance solennelle à faire lui-même la lecture publique de la loi, 1l s'arrêta à ces paroles du Deutéronome (X VIE, 15): «Tu l'établiras pour roi un homme qui soit d’entre tes frères ; tu ne pourras pas établir sur toi un étranser;» et, Songeant à Son origine iduméenne et aux influences étrangères qui avaient mis sa famille sur le trône , il se mit à verser d’abondantes larmes. Mais l'assemblée toute entière, pleine d'émotion, comprenant les reproches que le roi s’adressait à lui-même, s’écria tout d’une voix : € Ne crains rien, Agrippa, tu es notre frère, oui tu es bien notre frère.» — A quelque temps de là, comme il se disposait à faire la guerre aux Sidomiens, 1l reçut à Césarée une députation des villes de Tyr et de Sidon, qui avaient déjà gagné Blaste, son chambellan, pour se le rendre favorable. I y avait grande fête dans la ville; Agrippa

s’étant assis sur son trône en publie, et ayant harangué le peuple, les courtisans et les flatteurs qui lentouraient le comblèrent d’éloges, jusque-là que quelquesuns s’écriérent: «Voix d’un dieu et non point d’un homme!» Ce fut la fin de cette courte monarchie: le roi, saisi aussitôt de douleurs atroces, frappé de la main de Dieu, tomba malade et mourut au bout de cinq jours d’agonie ; le bruit se répandit qu’il avait été empoisonné. Îl laissait trois filles et un fils : l’une de ses filles devint plus tard la fameuse reine Bérénice, qui fut sur le point d’épouser Titus, et dont Racine a fait l'héroïne d’une de ses tragédies; le fils, Agrippa [F, wavait que 17 ans; la raison d'État le trouva trop jeune ; Claude lui laissa entrevoir un royaume dans l'avenir et lui donna en effet, l’an 53, quelques-unes des provinces du nord de la Palestine, la tétrarchie de Philippe, et lAbilène, mais en attendant, le régime des procurateurs fut rétabli : c'était l’an 44.

Cuspius Fadus est le premier de cette nouvelle série (44-46); sous son gouvernement se leva Theudas comme chef de la résistance, chef malheureux, qui fut vaincu et décapité. — Tibère-Alexandre vint ensuite (46-48), fils de Lysimaque d'Alexandrie et neveu de Philon, mais, gagné au paganisme par son ambition; il eut à lutter contre les deux fils de Juda le Galiléen, et punit leur révolte du supplice de la crox.—- Ventidius Gumanus (48-53) provoqua les insurrections pour se donner l'honneur de les réprimer; les hommes

sages et modérés faisaient des efforts inutiles pour calmer le peuple ; Cumanus, et Félix qui déjà préludait en Samarie aux excès qu’il devait commettre plus tard, déjouaient par leurs crimes et leurs excitations tous les appels à la tranquillité et à la soumission. Une guerre générale était sur le point d’éclater; le gouverneur de Syrie intervint, fit trancher la tête à plusiéurs Juifs, mais condamna aussi Gumanus pour abus de pouvoir.— Ce fut Félix qui lui succéda (53-61). Paul dut comparaître devant lui, Act. XXIV; Félix reconnut son innocence, mais 1l le garda en prison plus de deux ans, «espérant que Paul lui donnerait quelque argent pour être délivré.» Son gouvernement marqua par l’organisation des sicaires. — Après lui vint Portius Festus (61-64), nommé par Néron (les quatre précédents avaient été établis par Claude) ; pour faire plaisir aux Juifs, il laissa Paul en prison, et celui-ci n'eut d'autre ressource que d'en appeler à l’empereur. Festus mourut de maladie dans la seconde année de son administration. — Albinus, qui lui succéda (64 à 65), fut un fléau pour le pays. — Gessius Florus, le treizième et dernier procurateur du pays (65-66), le surpassa cependant, et surpassa tous les autres par ses violences et ses excès de tous genres. Pour empêcher les plaintes et les réclamations des Juifs de se faire entendre à Rome, il fit exprès de pousser le peuple au désespoir et à une révolte générale. Avec lui finit l'administration régulière de la province conquise;

la guerre commence et devient dès lors l’état normal, pour ne plus s'arrêter qu'à la ruine même de Jérusalem.

Une charge nouvelle, celle de gardien ou contrôleur du temple, avait été créée par les Romains, probablement afin d'empêcher que les sacrificateurs n’abusassent de leurs fonctions pour exciter le peuple. Quoique honorifiques, et rappelant de lom le roi des sacrifices de Rome, ces fonctions étaient, par certains côtés, un pouvoir ecclésiastique souverain. Le roi du temple était chargé de la garde du trésor, de l’administration du temple, et de la conservation des vêtements et ornements ponüficaux ; seul il avait la clé du vestiaire. Hérode, prince de Chalcide, et frère d’A-

*grippa [”, fut le premier titulaire (44-49) ; son neveu, Agrippa IT, lui succéda l'an 49 comme roi de Chalcide, et comme roi du temple; créature des Romains, il eut souvent des démèélés avec les Juifs, notamment pendant l’admimistration d’Albinus ; il était encore roi du temple en 66, quand la guerre éclata.

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