‹ L'époque des MaccabéesChapitre 6 sur 48 · DES · texte numérisé non relu

DES

peu au courant de ce qui se passe, qu'ils ignoraient jusqu’à la venue du Messie, il y a dix-huit siècles, et ne savaient rien de l'établissement d’une Église chrétienne dans ce monde. Dans les montagnes de l’Abyssinie, un missionnaire vient également de trouver une autre colonie juive, entièrement dans les mêmes conditions, c’est-à-dire dans lignorance la plus complète de ce qui s’est passé dans le monde religieux depuis 2000: ans. D’autres, enfin, ont cru retrouver leurs traces en Amérique, chez les Indiens du Nord, et chez les Mexicains. Ce qui résulte le plus clairement de tous ces renseignements et de toutes ces suppositions, c’est que le sort des dix tribus est complétement inconnu : l'opinion de Grant est tout ensemble la plus probable par elle-même, et celle qui se rapproche le plus des données de Josèphe; elle semblerait confirmée par les paroles de Zacharie VIIE 7; X, 7-10.

Abandonnons maintenant cette portion du peuple de Dieu qui est désormais, et pour un temps, jugée indigne de représenter sur la terre, même les sévérités et les jugements de l'Éternel, et suivons le petit troupeau dans son pélerinage. Sa tâche est grande, car il a tout à refaire et dans les conditions les plus défavorables ; les ruines anciennes entraveront les constructions nouvelles ; puis 1l y aura de faux amis, de faux frères, de faux juifs, les samaritains, qui se jomdront aux païens, les possesseurs actuels du ter-

mn QU a

ritoire, pour repousser les pacifiques voyageurs qui viennent reprendre possession de lhéritage de leurs pères. Ceux-ci, néanmoins, seront secondés, et leur travail facilité, par les ordres immédiats de Cyrus aux satrapes assyriens.

Ils mettent donc la main à l’œuvre; l'autel des holocaustes est relevé, les fondements du temple sont posés, quelques maisons apparaissent çà et là; les jeunes gens admirent et se réjouissent; les vieillards comparent et pleurent. Mais bientôt les samaritaqns dont les juifs ont repoussé l'alliance et la coopération, irrités de ces dédains inattendus, mettent des entraves, suscitent des obstacles, multiplient les intrigues et les calomnies, et réussissent d’abord à retarder les travaux sous Cambyse (Gyrus venait de mourir, 530), puis à les faire suspendre indéfiniment sous le faux Smerdis, l'Artaxerce de Esdr. IV, 7, qui, pendant sa courte usurpation de huit à neuf mois, trouva ainsi le moyen de faire la guerre à Dieu. Un Seigneur perse, Darius, fils d'Hystaspe, lui succéda, grâce à la ruse bien connue de son écuyer, et au hennissement de son cheval; il devait occuper le trône trente-six ans (521 à 485). Instruit par les énergiques réclamations des Juifs, et s'étant assuré qu'il existait en effet un décret de Cyrus, qui rendait aux exilés leur patrie et leur religion, Darius, qui ne demandait pas mieux, pour asseoir sa dynastie, que de suivre les traces du plus illustre de ses prédécesseurs, promulgua un

HOME de

second décret, très-énergique, à l'appui de celui de Cyrus. «Retirez-vous de là, disait-1l à des préfets trop «zélés, Tattenaï, Setharboznaï et autres ; retirez-vous «de là, et laissez faire l'ouvrage; fournissez aux «Juifs tout ce qui sera nécessaire. et quiconque «changera ceci, j'ordonne qu’on arrache de sa mai- «son un bois qui sera dressé afin qu'il y soit ex- «terminé ; et qu'à cause de cela on fasse de sa mai- «son une voirie. Et que Dieu qui a fait habiter là son «nom, détruise tout roi et tout peuple qui aura étendu «sa main pour changer et détruire cette maison du (Dieu qui habite à Jérusalem. » (Esd. VE 6, ï. 2)

Darius était peut-être un usurpateur, dans le sens moderne du mot, et dans tous les cas un despote; mais quand un gouvernement se sert de sa puissance pour faire exécuter les lois, et pour protéger les droits des faibles contre les caprices des forts, il se fait quelquefois pardonner les torts dé son origine, et même la nature de son pouvoir. Les préfets et les gouverneurs durent obéir. On peut se représenter la joie qu’éprouvèrent les juifs pieux de Jérusalem, en lisant cet ukase royal, et les actions de grâces qui s’'élevèrent de leur cœur vers le Dieu du ciel. Je dis les juifs pieux, car les indifférents, lassés par les difficultés, s'étaient déjà détournés d’une religion qui leur imposait tañt de sacrifices, et laissant là les travaux du temple, malgré les exhortations des Aggée et des Zacharie, ils se construisaient pour eux-mêmes

NT |'HeS

de splendides maisons qui ne portaient aucun ombrage à l'autorité, et qui pouvaient faire croire à la prospérité nationale, comme si des quartiers nouveaux garantissaient une vie nouvelle. Bientôt la famine vint en aide aux prophètes (Aggée I, 6-11) ; Le peuple dut se rappeler que «l'or et l'argent sont à l'Éternel:» les travaux reçurent une nouvelle et vigoureuse impulsion, et trois ans après, en 9195, vingt. ans après la pose de la première pierre, le temple fut entièrement achevé, et solennellement consacré !

Cest probablement à cette époque que vivait Zoroastre. Quelques détails de son histoire ont fat croire qu'il était Juif; on a même été jusqu’à le faire élève ou serviteur Îde Daniel (Prideaux, Basnage) ; mais ces suppositions, déjà peu probables en ellesmêmes, et qui ne reposaient que sur des bases fragiles, sont formellement contredites par les travaux et les découvertes de ces dernières années. Gomme ceux de Mahomet, les livres de Zoroastre , nommés: Zend-Avesta, ou allume-feu, se composent en grande partie, et c’est la meilleure partie, d'emprunts faits à l'Ancien Testament. Les mages n’adorent pas le feu, mais Dieu sous l’image du feu; toujours la même, peu subtile, distinction des idolâtres de tous les temps et de tous les pays.

Xerxès monta sur le trône en 475. Sous son-règne, les juifs qui se trouvaient encore dans les provinces de l'empire perse , furent exposés à un grand danger

un MT non

auquel ils échappèrent d’une manière providentielle, et dont le livre d'Esther nous a conservé le souvenir. Grâce à la reine Esther, la monarchie perse n’a pas de Sainte-Barthélemy dans son histoire.

En attendant, les affaires des juifs n’avançaient pas beaucoup; et sous tous les rapports la nouvelle colonie de Jérusalem était dans un état peu satisfaisant. Finances, police, instruction publique, législation, tout était pauvre. Mais c’est surtout sous le rapport religieux qu'ils avaient grand besoin du secours que, sous le roi Artaxerxès-Longuemain (465 à 424), Esdras allait leur apporter. Fils de ce Séraja qui avait été mis à mort par Nébucadnetsar (2 Rois XXV, 17), ou plutôt son petit-fils, et peut-être son arrière-petitfils, Esdras fut mis par Artaxerxès-Longuemain à la tête de la seconde colonie qui revint en Judée en 497.

Cest à cette même année qu’on rattache d'ordinaire aussi le commencement des soixante-dix semaines de Daniel, IX, 24.

Prêtre, mais revêtu d’une grande autorité politique, Esdras apporta des présents considérables à la colonie souffrante, de l'or et de l'argent, dont elle avait bien besoin; mais en même temps 1l se mit avec vigueur à l'œuvre importante de la réformation des mœurs, réforme devenue indispensable. Les descendants d’Abraham , le peuple de Moïse, les exilés de Babylone, péchaient plus par ignorance que par endureissement.

À vrai dire, ils ne connaissaient plus leur religion. Disséminés au milieu des idolâtres, nés sur la terre étrangère, sans ministère régulier, sans livres, car les manuscrits étaient rares, ils étaient sans instruction et presque sans éducation. Quelques traditions que les pères racontaient à leurs enfants, quelques psaumes qu'ils chantaient en famille, quelques préceptes de Moïse, peut-être le décalogue, voilà tout ce que la masse du peuple avait appris; la circoncision était peut-être le seul rite pratiqué parmi cette population de proscrits. En revanche, ils avaient sucé les idées paiennes, et leur foi religieuse, comme leur morale, était un mélange de contradictions, dont ils ne pouvaient se rendre compte, et dont il faut rendre responsables les malheurs des temps bien plus encore que les intentions des fidèles. On en a la preuve dans la manière humble avec laquelle les Israélites reçurent les remontrances de leurs chefs en plusieurs circonstances, et dans la promptitude avec laquelle ils s’empressérent d’obéir, alors même quil fallut fouler aux pieds leurs intérêts et leurs affections, notamment dans les affaires de l'usure et des mariages mixtes.

Esdras était «un scribe bien exercé en la loi de Moïse ;» en outre il s'était de bonne heure et sérieusement préparé pour le ministère qu'il devait remplier : il avait «disposé son cœur à étudier la loi de l'Éternel, et à la faire, et à enseigner parmi le peuple

d'Israël les statuts et les ordonnances. » Il était à tous égards l'homme de la situation.

Néhémie ne tarda pas à le rejoindre, en 445, avec le titre de gouverneur, et l'autorisation de reconstruire les murailles de Jérusalem: il finit ce travail en ecinquante-deux jours, en dépit des intrigues des samaritains. On peut juger par là de ce que devaient être ces fortifications.

Ces deux hommes se complétaient l’un l’autre, et quoique la tradition ait placé Esdras bien au-dessus de Néhémie, puisqu'elle appelle le premier la tête et le second le bras, Néhémie ne le cédait à Esdras ni en piété, ni en dévouement, ni en patriotisme. Sa position fut plus humble ; il représentait davantage le pouvoir temporel, Esdras le pouvoir spirituel, deux ordres d'autorité qui, même chez les Israélites, furent toujours soigneusement séparés l’un de l’autre, sauf aux moments des grandes crises nationales.

. Pendant qu'Esdras veillait aux affaires ecclésiastiques, instruisant le peuple, commentant la loi, préchant la parole, Néhémie réprimait l'usure, vieille question toujours grave, non encore résolue, et prenait les mesures nécessaires pour la défense de la ville et la sûreté de la population. Ils eurent à combattre surtout les mariages mixtes, fort nombreux dans la colonie, et que plusieurs considéraient comme chose fort indifférente en elle-même, parce qu'ils étaient indifférents; que d’autres regardaient peut-

BR

être comme un progrès social dans la tolérance; que d'autres enfin supposaient devoir tourner au profit du judaïsme, et qui dans tous les cas avaient envahi, jusqu’au sanctuaire.

Malachie prophétisait au même moment, et ses oracles peuvent servir de complément et d'explication à l’histoire telle que nous la trouvons dans le livre de Néhémie.

L’historien grec Hérodote qui florissait alors, et qui hivrait au monde ses merveilleux récits, où l’imagination le dispute à la science et l'emporte bien souvent, Hérodote pouvait déjà comparer Jérusalem à Sardes sous le rapport de la grandeur, ce qui prouve à quel degré de prospérité le pieux gouverneur avait porté la ville ressuscitée. Hérodote l'appelle Kadytis, mais 1l est évident que ce n’est là que la corruption du nom hébreu Kedushu, la ville sainte, que ses habitants aimaient à lui donner.

Au bout de douze ans, Néhémie dut retourner à la cour de Perse, pour y reprendre auprès d’Artaxerxès les importantes fonctions, toutes de confiance, qu'il y remplissait. Pendant son administration, il avait fait preuve du plus grand désintéressement, ne voulant accepter de ses compatriotes aucune espèce de rétribution. On peut dire de toutes manières qu'il s'était montré un gouverneur sans peur et sans reproche, héros pacifique dont la force était dans la prière, et qui sut dédaigner et déjouer tous les attentats essayés

contre sa personne. Son absence se fit douloureusement sentir. Rappelé par ses compatriotes, il lui fut permis de retourner auprès d'eux au bout d’un cerlain temps, qui n’est pas autrement déterminé (Néhém. XII, 6). Il est probable que ce fut sous le règne de Darius Nothus, #15 avant Jésus-Christ. Les désordres qui lui furent signalés à son retour, prouvent qu'il avait fait une absence assez longue, car non-seulement 1l vit des Juifs qui avaient de nouveau contracté des mariages avec des femmes païennes, mais des enfants étaient nés de ces unions illicites, et ces enfants étaient assez âgés pour pouvoir parler; on s’étonnait de les entendre parler asdodien, la langue de leurs mères, mais ils ne savaient point parler juif. Néhémie rétablit le culte, cassa les unions contractées avec des femmes étrangères, et condamna la condescendance coupable du pontfe défunt, Eliasib, qui avait cédé l'usage d’un des appartements du temple à un affranchi hammonite, Tobija, chef d’une tribu samaritaine. à

Toute cette réforme de Néhémie porte le cachet d’une violente exaspération. Ici: «je jetai tous les meubles hors de la chambre.» Là : «j'en battis quelques-uns et leur arrachai les cheveux.» Ailleurs : € je chassai le grand sacrificateur d’auprès-de moi.» Puis, comme couronnement de tous ces actes étranges que nous n'avons pas le droit de juger, surtout d’après le point de vue chrétien, ces belles invocations : «Mon

Dieu, souviens-toi de moi touchant ceci, et n’efface point ce que J'ai fait d’une bonne et d’une sincère affection pour la maison de mon Dieu.»

Quoi qu'il en soit, ces réformes furent la cause ou l’occasion de la construction d’un temple des Samaritains sur le mont Guérizim. Un des fils du pontife Jéhojadäh, fils d'Eliasib, avait épousé la fille de Samballat, gouverneur perse de la Samarie; expulsé de Jérusalem pour ce fait, il se retira auprès de son beaupère qui, avec l’autorisation du roi, lui construisit un temple, et linvestit du pontificat, parce qu’il appartenait à la famille sacerdotale. À côté du mal toujours on peut trouver quelque bien; depuis qu'ils eurent un temple à eux, avec le culte régulier organisé par un pontife, les Samaritains renoncèrent définitivement à l'idolâtrie. Nous aurons, du reste, l’occasion de revenir sur l’histoire de cette secte et de cette nationalité.

Malachie,,le dernier des prophètes, disparaît de la scène sans bruit, comme il y était entré. Esdras meurt à Jérusalem, dans un âge fort avancé, cent vingt ans, dit-on, laissant une réputation presque légendaire, après avoir accompli une œuvre de réformation et de restauration dont nous aurons à reparler à cause des traditions qui s’y rattachent (voy. chap. Il). Quelquesuns cependant racontent qu'il retourna en Perse, et qu'il y mourut. Benjamin de Tudéla, rabbin du douzième siècle, dit qu’on lui a montré son tombeau sur les bords du fleuve Semura. Néhémie, enfin, le der-

nier des hommes de l’Ancien Testament, reste à Jérusalem en qualité de gouverneur, et probablement y finit ses jours. Il ne paraît pas qu’il ait été remplacé. Il semble, au contraire, que la Judée ait été dès lors rattachée à la Syrie et à la Phénicie pour ne former avec ces deux provinces qu'un seul et même gouvernement. x

Ceci se passe 495 ou 490 ans avant Jésus-Christ. Les habitants de la Judée vivent en paix et en sûreté depuis plus de vingt ans. Cette paix doit durer cent ans encore sans être troublée, et leur nationalité nouvelle pourra se développer et s’affermir. Nous voici sortis de l'Histoire sainte; l'Histoire profane du peuple juif va commencer; nouvelle crise, nouvelle école, nouvelle éducation; la voix du dernier prophète a retent; ses dernières paroles ont annoncé le Précurseur et le Rédempteur, le mot suprême de l’ancienne économie; puis, les voix célestes se taisent,.et le silence succède aux oracles. À

Nous-mêmes désormais nous n’aurons plus pour nous guider dans l’étude de cette histoire, cette parole sûre qui nous a conduits jusqu'ici. Au lieu des Samuël, des David et des Jérémie, nous aurons le brillant, mais crédule et incroyable Hérodote; le médecin Ctésias, que ses contemporains eux-mêmes, Aristote en particulier, traitent de menteur, ou tout au moins d'auteur fabuleux; Xénophon, judicieux, mais doctrinaire et systématique; les Apocryphes avec

leurs légendes et leurs contraditions; Philon le juif, avec ses tendances alexandrines et platoniciennes; Josèphe, avec son servilisme étranger, son parti pris, et ses anachronismes; les lourds Targums, massif répertoire de la fantaisie et de la piété juive aux jours de la décadence; puis, parmi les ouvrages plus modernes, les travaux de Prideaux, de Basnage, de Des - Vignoles; les recherches de M. Nicolas, sur les doctrines des Juifs; les livres de M. Salvador, et les remarquables volumes d'Ewald, Geschichle des Volkes Israels, principalement le tome IV, qui va d'Esdras à Jésus-Christ.

Une nation qui vit en paix n'a guère d'histoire; c’est son bonheur. On peut décrire les horreurs dramatiques de la guerre, les péripéties d’un siége ou d’une retraite, les chances diverses d’une bataille; mais qui s’est Jamais donné la peine de raconter la poétique épopée du commerce qui rele entre elles les parties les plus éloignées du globe, ou les développements de l’agriculture, ou les émotions de la science et des arts; et pourtant quelle vie dans les drames de la paix! Mais c’est la vie de famille, et le bruit ne lui convient pas.

Les cent années qui nous séparent d'Alexandre seront peu accidentées; les hommes succèdent aux hommes; mais la nation demeure, et sa physionomie ne change guère. |

MEME. PR PPLS

Nous avons vu la ville se bâtir : Jetons maintenant un coup d'œil sur sa vie intérieure, sur la vie de ce peuple en quelque sorte tout nouveau qui l’habite, et dont nous racontons l’histoire.

Ce sont des descendants d'Abraham, en grande partie des hommes de Juda et de Benjamin, quelques lévites, quelques éphraïmites. Longtemps divisés en tribus, même sous la monarchie, ils ont compris tout ce qu'il y a de faiblesse dans ce morcellement, même fédératif; ils ont compris que l’union fait la force : de part et d'autre ils se recherchent, et travaillent au grand œuvre de l’union nationale, désirable pour ceux de Juda, qui sont peu nombreux vis-à-vis de leurs adversaires; nécessaire presque aux hommes d'Ephraïm, parce que c’est à ceux de Juda seuls, à ceux de Jérusalem, que le texte de l’édit de Cyrus semblait rendre la liberté. Ils s'unissent en sacrifiant leurs anciens noms, et celui de Judéens ou de Juifs, commence à prévaloir. C’est une grande chose dans une vie qu'un changement de nom; c'est une plus grande chose dans l’histoire d’un peuple; la Suisse n’est plus l’Helvétie, la France n’est plus la Gaule; et le nom de Juifs rappelle de tout autres souvenirs et réveille d’autres impressions que celui d’Hébreux ou d'Israélites.

1. C'est peut-être par un motif de ce genre, et parce qu'à la lôngue le nom de Juif avait pris une signification injurieuse, que les Juifs de France ont tenu à ce que leur nom légal fut celui d'Israélites.

LS

Il ne faut done pas s'étonner de voir des faits nouveaux se Joindre à ce premier fait. Non-seulement ils perdent leurs noms, mais encore ils perdent leur langue et leur forme de gouvernement.

Leur langue: ils parlaient hébreu; mais leurs fils, élevés à l'étranger, pleins des souvenirs de l'enfance,

toujours, et toujours plus en rapports de commerce et d'affaires avec les étrangers, ne tardèrent pas à savoir deux langues, l’une l’hébreu, la langue sainte, la langue du culte, langue de luxe, que finirent par oublier les indifférents; l’autre, la langue d’Aram ou de la Mésopotamie, l’araméen avec un mélange de ses deux dialectes, le caldéen et le syriaque, langue pauvre et peu développée, mais langue des affaires et de la vie commune; langue, du reste, que parlaient tous leurs compatriotes demeurés en arrière dans les prairies de Babylone, et qui, par tous ces motifs, devait de plus en plus devenir la langue dominante en Judée, comme le grec devint avec le temps la langue parlée, la langue vulgaire des Juifs dispersés en Égypte.

Ils perdirent également leur constitution politique et leur forme de gouvernement; c'était dans la nature des choses. Ils s'étaient lassés de la république sous Samuël; dès lors ils avaient assez joui de la monar-

On comprend cette légitime susceptibilité; mais le nom d'Israélites n’en est pas môins un anachronisme, une inexactitude historique pour les descendants du royaume de Juda.

Page 1