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V. chap. II, p. &2 et suiv

Cendant de ceux qui, au xiv» siècle, vinrent chercher asile -auprès des princes ruthènes. Il y a longtemps que ces réfugiés sont devenus polonais, mais ils sont restés fidèles à leur rite. L'église arménienne de Lwovs^ ne compte guère que des citadins, pour la plupart riches et instruits. Aucune difficulté ne s'est jamais élevée entre eux et les catholiques latins.

On n'en peut pas dire autant des Uniates Ruthènes, qu*une inimitié séculaire sépare des Polonais. Leur magnifique cathédrale, Saint-Georges, s'élève sur la colline boisée où les moines basiliens étaient venus s'établir à la fin du xii® siècle. Un prince ruthène y fit construire en 1280 une chapelle en bois^ qui, successivement agrandie et embellie par les archimandrites, fut enfin remplacée^ dans la seconde moitié du xvin^ siècle, par la monumentale église baroque, dont on voit surgir de très loin les clochetons, les lanternes et la procession d'apôtres aux draperies mouvementées. L'architecte de Witte l'édifia, sur l'ordre du métropolite Athanase Szeptycki. Autour de l'église, il disposa, dans une

ordonnance un peu théâtrale, le palais de Tarchevêque et les maisons des chanoines. De la haute terrasse ménagée devant la façade principale, la vue s^étend sur toute la ville et sur les collines qui l'entourent. Un gigantesque saint Georges à cheval, campé au sommet de l'attique, domine l'architecture et le décor.

C'est encore un Szeptycki, basilien comme son ancêtre, qui gouverne aujourd'hui l'église ruthènè de Lwow. Quand j'ai passé par cette ville, Mgr Szeptycki se trouvait à Varsovie, auprès de son frère le général, malade oti blessé ; je fus reçu par un vieux chanoine, qui me parla fort peu des Uniates et beaucoup du Visiteur Apostolique que le Saint -Père avait désigné pour l'Ukraine, dont on annonçait l'arrivée depuis trois mois, et qui n'arrivait point. Je fis observer au chanoine que ce retard était sans doute plutôt imputable aux événements politiques et militaires qu'à la mauvaise volonté du Saint- Siège ou de son visiteur ;et je redescendis la colline de Saint-Georges pour me rendre chez l'archevêque latin.

Mgr Bilczewski voulut bien me donner quelques détails sur la situation religieuse de son diocèse. « Nous avons beaucoup souffert de la guerre, — me dit-il. Soixante de mes prêtres sont morts, la plupart terrassés par le typhus, six tués par les Ukrainiens. Nos paroisses, très étendues, demanderaient des curés jeunes et vigoureux. Malheureusement le clergé latin est aussi rare que le clergé ruthène est nombreux. En fait, les fidèles vont à l'église la plus proche et demandent les sacrements au premier pasteur qu'ils rencontrent, sans trop s'inquiéter de la différence de rite.

« Dans les années qui ont précédé la guerre, les relations étaient devenues meilleures entre Polonais et Ukrainiens, les mariages mixtes étaient fréquents ; les garçons suivaient alors la religion du père, les filles celle de la mère. Vous imaginez les querelles, souvent sanglantes, que la guerre a fait éclater dans toutes ces familles. Les prêtres ruthènes,qui s'occupent beaucoup de politique et exercent une grande influence sur leurs fidèles, ont tout fait pour envenimer le

conflit. Pour moi, j'invite mon clergé à se tenir à l'écart de la lutte et à réserver son activité pour les œuvres sociales, que nous ne multiplierons jamais assez. Que de malades, dans mon diocèse, qui succombent faute de soins, que d'enfants rendus orphelins par la guerre, qui n'ont pas encore été recueillis ! Notre devoir est tout marqué : réparer les ruines et adoucir les souffrances : les prêtres latins s'y emploient de toutes leurs forces. »

Belle et touchante figure d'ecclésiastique, que ! celle de Tarchevêque latin. On dirait qu'en les évoquant, il contemple douloureusement les ruines matérielles et morales que la guerre a laissées dans son diocèse. Mais aucun découragement ne perce sous cette tristesse. Lvv^ow^ en a vu bien d'autres I Ville frontière entre deux mondes, sans cesse foulée par les invasions, son histoire n'est qu'une longue suite de sièges, d'incendies et de pillages. Et pourtant, elle a su garder de beaux restes. Un sourire éclaire le visage pâle de Mgr Bilczewski, lorsqu'il me parle de sa cathédrale, moins somptueuse que l'église

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Saint-Georges, mais plus religieuse, et trois fois vénérable, puisque les fondements en furent établis par le roi Casimir le Grand.

La question des Uniates ruthènes et de leurs démêlés avec les Polonais latins est une de celles qui préoccupent très justement le pape Benoît XV. Les Uniates, comme Tindique leur nom, sont unis à l'Eglise Romaine par leur croyance ; ils se rapprochent de TEglise grecque orthodoxe par leur rite et par leur discipline : les prêtres uniates ont licence de se marier ; seuls les moines et les évêques, issus des monastères, sont tctfius au célibat. L'église uniate constitue en Ukraine un groupement important et assez compact; il n'en va pas de même en Russie-Blanche, où la plupart des fidèles furent convertis de force à la religion orthodoxe, entre 1863 et 1905. Lorsque le gouvernement russe promulgua le décret sur la liberté des cultes, beaucoup de ces convertis retournèrent directement au catholicisme latin. Ces perpétuels changements ne pouvaient manquer de laisser quelque trouble dans des populations qui sont par ailleurs timides et

ignorantes. « Plaise à Dieu, — me disait une grande dame polonaise, fervente catholique, ' — que nos paysans se laissent ramener une bonne fois à la communion latine, et qu'il y demeurent. Oui, je sais bien qu'à Rome, il y a des partisans de Tuniatisme : il forme, dit-on, entre le catholicisme latin et l'église orthodoxe un trait d'union, un pont qu'il ne faut pas couper. L'uniatisme en effet est un pont, mais un pont qu'on passe et repasse, dans les deux sens, suivant les événements. Pour l'avoir passé trop souvent, nos pauvres paysans finissent par ne plus savoir eux-mêmes s'ils sont catholiques ou orthodoxes, et si le prêtre marié qui leur distribue la communion sous les deux espèces, est un curé ou un pope. »

Je me suis longuement entretenu de la question uniate à Varsovie avec le père Genocchi, Visiteur Apostolique d'Ukraine, si impatiemment attendu par les chanoines de Saint-Georges, et avec le nonce, Mgr Ratti. Ce dernier a bien voulu me faire connaître sur ce point les intentions du Saint-Père. « Avant tout, — m'a dé-

claré Mgr Ratti, — le pape tient à ce que la volonté et la conscience de chacun soient scrupuleusement respectées. Que ce soit en Ukraine ou en Russie-Blanche, la population ruthène semble assez divisée sur la question des rites ; rintelligence préfère en général le catholicisme latin ; le peuple, plus attaché au détail des cérémonies extérieures,, incline au contraire vers l'uniatisme. Eh bien I dit le Saint-Père, que rintelligence soit latine et le peuple uniate ; il n'importe guère, pourvu que l'Intelligence et le peuple restent catholiques. »

J'avais le dessein, pour étudier d'un peu plus près les problèmes politiques et religieux qui se posent en Lithuanie et en Russie-Blanche, de m'arrêter quelques jours à Wilna et à Kow^no, et de pousser à l'est jusqu'à Minsk et Mobile w ; les bolchev^iks en disposèrent autrement. J'espérais du moins obtenir de personnes compétentes, à Varsovie ou ailleurs, une documentation sérieuse et impartiale sur ces questions : j'ai dû également j renoncer. Trop de passion^ des deux côtés, se mêle aux raisonnements, à l'évocation

des précédents historiques, et jusqu'à Tinterpré-^ tation des chiffres. De tout ce que j'avais observé à Rome, au cours des vingt dernières années, il m'était resté l'impression que les Polonais avaient une tendance à traiter les Lithuaniens et les Blancs-Russiens comme ils étaient traités eux-mêmes par les Russes, et qu'en particulier le clergé de Pologne, entraîné par son ardeur patriotique, n'avait pas eu toujours assez d'égard pour la nationalité, les traditions, la langue de populations douces, religieuses et ignorantes. C'est par les missionnaires catholiques que la Pologne pénétra d^abord en Lithuanie ; c'est grâce à eux que le polonais y devint la langue officielle de l'église, puis celle de l'école. Des évêques passionnés comme Krasinski, Zjlinski, Charles Hrymiewcki, allèrent jusqu'à nier l'existence de la langue lithanienne, ou à la qualifier de « langue de païens ».

En 1900, lors de la célébration du jubilé, le Pape Léon XIII voulut qu'au moment où il ouvrirait à Rome la Porte Sainte, les Lithuaniens entendissent dans la cathédrale de Wilna

un sermon prêché, des cantiques chantés dans leur langue nationale. Une relation détaillée de la cérémonie fut reçue au Vatican : en entendant pour la première fois depuis tant de siècles la langue et les chants lithuaniens résonner dans leur église, les gens de Wilna pleuraient de joie. Une souscription fut ouverte entre les fidèles en vue d'ériger à Saint-Nicolas une croix jubilaire, accompagnée d'une inscription en lithuanien. Le curé s'y prêta volontiers ; mais Tévêque ayant eu connaissance de ce projet, s'y opposa et donna l'ordre de placer dans l'église une croix portant l'inscription en langue polonaise.

On rapportait encore à Rome que l'instruction religieuse était donnée en polonais aux enfants du diocèse de Minsk, où la population des campagnes ne parle et n'entend que le Blanc-Russien, et l'on prêtait à Tévêque de Minsk ce propos singulier ; « Plutôt que de permettre qu'on enseigne aux enfants le catéchisme dans une autre langue que le polonais, j'aime mieux qu'ils ignorent le catéchisme. » Encore une fois, ce ne sont là que des impressions, des souvenirs, recueillis dans un

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milieu qui était alors peu favorable à la cause de la Pologne ; c'est pourquoi j 'aurais voulu en contrôler sur les lieux l'exactitude ou la vraisemblance. N'ayant pu le faire, je m'abstiendrai de tout jugement sur ces questions délicates. J'ai déjà dit ce que je pense de la « théorie varsovienne » des vastes annexions et des plébiscites en pays mixtes : les annexions me semblent dangereuses et les plébiscites trompeurs, dans des régions où les habitants, dépourvus de toute instruction, subissent avec une égale docilité des nfluences contradictoires. Ceux qui auront à résoudre ces problèmes ne devront pas oublier que la religion en est probablement le facteur principal, et qu'avant de demander aux paysans de Wilna et à ceux de Minsk s'ils veulent être Lithuaniens, Polonais ou Russes, il faudra leur assurer une liberté qui paraît bien être pour eux l'essentielle : celle d'aller prier Dieu dans une église de leur culte et de faire enseigner à leurs enfants la doctrine religieuse dans un idiome qu'ils comprennent, c'est-à-dire dans leur langue nationale.

Le clergé polonais a joué un rôle important et admirable dans la longue lutte engagée par trois gouvernements iniques contre une nation qui ne voulait pas mourir. Ce rôle n'est pas terminé. Dans un pays profondément religieux comme la Pologne, l'action des évêques et des prêtres est toujours efficace, souvent décisive. Je ne Tai jamais mieux compris qu^en ces terribles journées de juillet, alors que les Bolchewiks triomphants formaient autour de Varsovie un cercle toujours plus étroit et que, dans certains milieux, la confiance commençait à fléchir. Le matin du 16 juillet, j'allai voir le cardinal-archevêque, Mgr Kakowski : pendant une heure, il m'entretint de la situation, des mesures prises par Fépiscopat, des prières ordonnées dans les églises, des appels aux armes adressés du haut de la chaire à la jeunesse des villes et des campagnes ; et, de temps en temps, ces paroles, prononcées d'une voix ferme, un peu rauque, revenaient comme un refrain : « J'ai confiance, notre peuple vfyncra. »

L^après-midi du même jour, je rencontrai à la

Diète Mgr Teodorowicz. 11 me communiqua la première rédaction du magnifique appel adressé par les évêques de Pologne à Tépiscopat de toute la chrétienté. Je n'ai pas vu que ce texte important eût encore été publié dans la presse française, et ne me tiens point d'en rapporter ici les parties essentielles : « Nous nous adressons à vous dans une heure grave, — écrivaient les évêques polonais, — dans une heure où l'ennemi, massé devant les marches de notre patrie, menace de la subjuguer et de la détruire. Nous vous demandons de nous aider à sauver la Pologne. L'Univers n'a pu accueillir avec joie la résurrection de notre pays, l'accomplissement de la justice divine à travers les siècles, pour contempler ensuite d'un cœur insensible son effondrement. Le miracle qui a permis à la Pologne de secouer ses chaînes n'aurait-il donc servi qu^à la faire retomber, abandonnée de tous, dans un esclavage mille fois pire que le premier ?

« Cette guerre a été imposée à la Pologne, elle ne l'a pas provoquée ; et ce n'est pas avec le peuple russe que lutte notre peuple, mais bien avec

cet élément qui a foulé aux pieds la Russie, qui a sucé le sang de ses veines, bu son âme, et qui, insatiable, se rue aujourd'hui à de nouvelles conquêtes. Ce n'est pas nous seuls que le danger actuel menace. L'ennemi qui veut nous détruire, loin de voir dans la Pologne la limite extrême de ses conquêtes, la considère comme une étape, et se servira d'elle comme d'un canal pour inonder l'univers. Car c'est l'univers que le bolchevisme veut conquérir...

« En élevant la voix aujourd'hui pour la Pologne, nous plaidons la cause du monde entier. En parlant de nous. Frères Vénérés, c'est aussi bien à vous que nous pensons, à l'Europe, à l'Univers. Car, à" supposer même que le monde demeure indifférent au sort de l'Eglise, à la vie spirituelle, à l'esprit chrétien, il ne saurait se désintéresser de la ruine totale d'une civilisation, à laquelle le Christianisme l'a initié. Aussi est-ce à vous. Vénérés Frères, que nous adressons notre demande de secours. Ce que nous demandons, ce n'est ni de l'argent, ni des munitions : non, rien de tout cela, car nous ne sou-

haitons pas la guerre, mais la paix, à condition que cette paix n'ait point pour conséquence un nouveau démembrement de notre patrie et ne constitue point pour le monde entier une nouvelle menace. Ce que nous demandons, c'est un assaut de prières montant de la terre vers le ciel pour implorer le salut de la Pologne. Souvent déjà le monde catholique a su unir ses prières en faveur de notre patrie : jamais ses supplications n'auront été plus opportunes qu'à l'heure présente. »

« Verrons -nous l'Europe - — disaient encore les évêques — , après avoir solennement refusé de nouer aucune relation avec le pouvoir bolcheviste, faire soudain volte-face et s'humilier aux pieds de son plus] implacable ennemi ? Il y a peu de temps encore, ses hommes d'état repoussaient toute négociation avec le bolchevisme et l'isolaient, comme on met en quarantaine un malade suspect : et voici qu'aujourd'hui ils recherchent eux-mêmes les moyens de faire rentrer les bolchevistes dans le concert des nations ! Après avoir sacrifié son or et son sang pour

arrêter le fléau destructeur, fourni tant d'armes et de munitions pour combattre le bolchevisme, l'Europe contemple aujourd'hui d'un œil froid la mêlée inégale où saigne la Pologne tout entière. Notre espoir est dans la prière, qui ramènera l'âme humaine à la vérité, anéantira le sophisme et le mensonge, ressuscitera la conscience de l'univers et animera d'un nouvel élan ses forces généreuses. »

Le principe invoqué en termes émouvants par les évêques de Pologne, ce n'est rien de moins que la vieille et féconde idée de « chrétienté », si glorieusement et si utilement mise en œuvre par Charles Martel et par Gharlemagne, par Henri IV et par Richelieu. C'est à la chrétienté menacée que la Pologne, sur la Narew et sur le Bug, comme autrefois sous les murs de Vienne, servait d'héroïque rempart ; et c'est la chrétienté que l'épiscopat de Pologne adjure de ne point abandonner ceux qui défendent à la fois leur cause et la sienne. On sait comment la France répondit à l'appel de la Pologne, et avec quelle délicatesse toute française le général Weygand,

nations du peuple « V-o^J^ ant la bandée polonaise et en s inclina

nière où était brodée l'image de la Vierge

Gzenstocbowa.

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