L^ÉTAT POLONAIS ET L*EUROPE
vais traitements qu'au cours des siècles passés leur infligèrent leurs anciens maîtres. Plusieurs édifices, entre autres THôtel des Postes, sont entièrement détruits ; les façades de beaucoup d'autres sont criblées de balles de mitrailleuses ; des r^es entières so;it dépavées, des fondrières marquent la place des tranci^ées et des barricades.
La çq^^tesse S... qu^, s^]q^ gon expression, fut « Ukrainienne iurplontai^-e x> pendant ces vingt ^t Vi^ iouTS^ voulut t)ieii nie faire le récit des événen^ents 4Qpt elle avait été témoin.
% Vous vous rappelez, me dit-elle, qu'une décisioft de TEî^tente ^vait interdit à Tarmée Haller ^e pousser jusque sur ]L,v^ow, où se trouvaient encore Jes Autrichiens. Le 1®' novembre, ceux-ci évacuèrent clandestinement la ville ; les Ukrainiens y entrèrent la nuit suivante. Nul doute qu'il n'y eût accord entre les uns et les autres : les Autrichiens avaient tout laissé sur place, vivres, armes et munitions. Les nouveaux occupants se conduisirent comnae des sauvages. Montés si;r des camions automobiles, ils parcouraient les rues, déchargeant leurs
fusils sur quiconque apparaissait à une fenêtre. Sous le prétexte le plus futile, ils pénétraient dans les maisons, pillaient et mettaient le feu. Parmi les Ruthènes se trouvaient quelques Allemands ; Tun d'eux s'était établi sur le mont Saint- Jean, butte qui domine un carrefour, et de là abattait tranquillement les passants à coups de fusil. Le dimanche rouge (16 novembre), qui fut le dernier avant notre délivrance, de véritables batailles de rues s'engagèrent entre les troupes d'occupation et les volontaires polonais, qui devaient être nos seuls défenseurs, puisque des raisons politiques empêchaient le gouvernement de Varsovie de nous envoyer officiellement du secours. J'avais établi une petite ambulance dans ma maison, sous Tescalier, et jV soignais indistinctement Polonais et Ruthènes. Ce jour-là, on m'amena plus de vingt blessés. Je me souviens de l'un d'entre eux, un Ruthène, un tout jeune homme, grand et fort, beau comme une fleur. Une balle lui avait traversé le poignet, perforant l'artère, d'où le sang coulait abondamment. Au bout de quelques minutes, il de-
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vint blanc et s'affaissa, presque évanoui, sur une chaise. Je le pansai de mon mieux et lui offris de le faire conduire à notre hôpital. 11 refusa, sortit sans nous saluer, sans dire : « Dieu vous paye I » et alla rejoindre les siens.
« Dans les derniers jours surtout, la défense de la ville prit un caractère vraiment héroïque. Lwow a bien montré qu'elle est Polonaise et ne veut pas cesser de Fêtre. La preuve qu'elle en a donnée en novembre 18 vaut bien, je pense, tous les plébiscites du monde. Des collégiens, des enfants de quinze et mênie de dix ans, avaient pris des fusils et étaient bravement descendus dans la rue. De la fenêtre où j'étais postée avec une amie, qui m'aidait à Tambulance, nous en vîmes tomber un. Mon amie descendit pour lui porter secours : il s'était déjà relevé. « Es-tu blessé ? — Moi ? répondit-il en redressant sa petite taille ; je n*ai rien. Regarde, j'ai tué un Ruthène. » L'enfant avait été renversé par le recul de son fusil. Plusieurs de ces petits héros H portent aujourd'hui sur leur blouse d'écolier la croix de la valeur militaire.
« C'était un curieux spectacle de voir les gamins polonais, dans la rue, s'approcher de quelques soldats ukrainiens, paysans lourds et sans malice. Nos enfants, qui savent tous le ruthène, chantaient en dansant, comme font les gens de là-bas, de petites chansons qui amusaient les soldats. Tout à coup, d'un croc en jambe, ils les envoyaient rouler par terre et leur enlevaient prestement leurs bottes et leurs fusils. Quand les Ruthènes se relevaient, il n'y avait plus un gamin dans la rue.
« Livrés à eux-mêmes, ces paysans ruthènes ne sont pas de méchantes gens. De leur naturel ils sont doux, dociles et plutôt un peu craintifs. Mais ils avaient été longuement excités contre nous, d'abord par les agents autrichiens, puis par leurs leaders politiques et par leurs prêtres, qui sont presque tous violemment anti-polonais. Je vous ai dit que les soldats ukrainiens, chez nous, s'étaient conduits en sauvages. Ces mêmes hommes, leur colère tombée, redevenaient les paysans craintifs que nous avions connus autrefois. Parmi ceux que j'ai soignés, plusieurs
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m'ont dit tristement ; « On nous avait pourtant assuré que la guerre était finie. Que faisonsnous donc ici, et pourquoi j sommes-nous venus ? »
Si, en Galicie, on déplorait généralement l'aventure ukrainienne, Talliance avec Petlioura et la marche sur Kiew, il n'en était pas de même dans la Pologne du Congrès, où la politique du gouvernement et des militaires comptait de nombreux partisans. A Varsovie, l'État-major assurait qull n'avait pris roiîensive que pour prévenir une attaque générale des bolcheVistes, dont il était avisé et qu'il . n'était pas certain de pouvoir arrêter en maintenant Ses troupes sur la défensive ; il négligeait seulement d'expliquer pourquoi il avait choisi la direction de Kiew. Les socialistes recommandaient vivement l'expédition ukrainienne, les uns sous prétexte qu'il appartenait à la Pologne, désormais indépendante, de soustraire une nation voisine au joug
qui continuait de peser injustement sur elle, les autres, par haine de la Russie, plusieurs de leurs chefs ayant connu l'horreur des prisons tsaristes ou de l'exil sibérien. Enfin, au sein de la Diète et jusque dans le cabinet, que présidait alors M. Skulski, on trouvait des députés et des hommes d'Etat pour soutenir qu'il appartenait à l'Etat polonais de fixer lui-même, au besoin par une opération militaire, la frontière orientale que la Conférence de la Paix n'avait pas cru devoir arrêter définitivement. Entre la Russie et la Pologne, les Blancs-Russiens au Nord, les Ukrainiens au Sud formeraient deux Étatstampons, dotés d'une large autonomie, mais placés néanmoins sous la protection polonaise. Cette politique se rattache à ce qu'on appelle en Galicie, avec un certain accent de réprobation, la « tradition varso vienne ».
Si je m'étends aussi longuement sur l'affaire de Kiew, ce n^est pas seulement parce que, pendant le temps que j'ai passé en Pologne, elle fut Tobjet de toutes les préoccupations et de toutes les controverses entre partis^ exerçant
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une influence profonde jusque sur les dispositions des Alliés à l'égard du nouvel Etat ; mais c'est encore parce que cet épisode met en pleine lumière la divergence entre deux directions possibles de la politique polonaise, l'une conforme, Tautre contraire à nos desseins et à Tintérêt bien entendu de la Pologne elle-même.
La Pologne se trouve placée entre deux Etats, dont l'un est encore très fort, dont Tautre le redeviendra tôt ou tard. A peine organisée, elle ne peut pas vivre entre deux ennemis : il est inévitable qu'elle cherche à s'entendre avec Tun pour se mieux défendre contre Tautre. Mais le choix de la Pologne n'est pas indifférent : l'équilibre et la paix de l'Europe en dépendent. L'équilibre et la paix ne seront maintenus que si la Pologne, suffisamment assurée à l'Est par une entente avec la Russie, peut faire face à l'Ouest avec toutes ses forces et protéger sa frontière contre les entreprises de l'Allemagne.
Le but avoué de la politique allemande, c'est une alliance avec la Russie, alliance impliquant une étroite coopération, d'abord sur le terrain
économique, puis sur le terrain politique. Or, nous savons ce que les Allemands entendent par coopération ; ils commandent, et leurs associés obéissent ; ils élaborent et fixent jusque dans le plus menu détail un plan conforme à leurs intérêts, et comptent, pour l'exécuter, sur les forces et ressources de leurs alliés, dont ils entendent bien disposer en maîtres. Le jour où l'Allemagne serait en mesure de réorganiser économiquement la Russie et de lui imposer politiquement sa direction, c'en serait fait, non seulement de la France, mais de TEurope. Le seul moyen de rendre impossible une alliance entre l'Allemagne et la Russie, c'est d'amener un rapprochement et un accord entre la Russie et la Pologne.
« Mais, objectent quelques hommes d'Etat polonais, quelle est cette Russie dont vous nous proposez de rechercher l'alliance ? est-ce la Russie des Soviets ? vous reconnaissez vousmêmes qu'aucun accord n'est possible avec l'actuel gouvernement de Moscou. » Il ne s'agit pas pour la Pologne de rechercher Talliance des
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Soviets, mais de se ménager la possibilité d'une entente durable avec le peuple russe, donc d'éviter soigneusement toute entreprise, toute action de nature à susciter entre elle et lui un antagonisme irréductible.
L'entreprise ukrainienne, malgré toutes lés précautions prises par ses auteurs, laissait subsister une équivoque dangereuse. Avant de pénétrer dans une province, qui n'est certainement pas polonaise, M. Pilsudski avait déclaré publiquement que son intention n'était pas d'y rester. Plus tard, en un moment critique pour l'armée et pour la nation, le chef de l'État jugea opportun d'expliquer sa pensée en termes plus catégoriques. «Notre ennemi, déclarait-il le 5 juillet dans sa proclamation à l'armée, ce n'est pas la Russie, mais bien le bolchévisme, qui fait gémir le peuple russe sous son joug et veut étendre son autorité sanglante sur la Pologne. » Certes, il était utile d'établir cette distinction ; mais combien il devait être difficile, au cours d'événements critiques, de la maintenir et de la justifier 1
Deux jours après la déclaration de M. Pilsudski, j'allai faire part de mes inquiétudes et demander son avis à un homme qui, sans être mêlé officiellement à la politique, passe pour exercer sur quelques-uns de ceux qui la dirigent une influence considérable. Historien de grand talent^ le professeur Simon Askenazy a écrit sur Napoléon un ouvrage qui est classique en Polo» gne et mériterait de le devenir en France. Grand, mince, avec des yeux perçants dans un visage dont tous les traits sont accentués vigoureusement, M. Askenazy donne beaucoup moins Timpression d'un homme d'étude que d'un homme d'action ; sa parole est nette et un peu coupante ; tout marque en lui, sinon la passion de l'autorité, du moins la volonté de convaincre.
« Il ne servirait à rien, me dit-il, de jouer sur les mots. Les bolchevistes sont toujours des Russes, et Lénine reprend à son compte la politique de la Grande Catherine, comme
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votre Danton a continué la politique d'Henri IV et de Richelieu, Quel est le programme du gouvernement de Moscou ? expansion simultanée au Sud, vers la Perse, et à l'Ouest, vers l'Allemagne à travers la Pologne ; conclusion entre l'Allemagne et la Russie d'une alliance qui pré^ sentera tous les caractères et tous les dangers de la Sainte-Alliance, quelle que soit l'étiquette démocratique ou révolutionnaire des hommes qui en signeront l'instrument. Ces dangers, seule la Pologne peut vous aider à les prévenir et je suis certain quelle j est disposée. Nous voulons vivre en paix avec la Russie ; mais il ne faut pas exiger de nous que nous fassions tous les sacrifices. « Jamais nous n'avons eu l'intention d'annexer, ni l'Ukraine, ni la Russie- Blanche. Mais pourquoi laisserions-nous à la Russie la libre disposition de ses territoires, qu'elle n'a détenus qu'indûment, après les avoir volés ? Laissez passer dix ans, vingt ans, s'il le faut, et donnez aux Ukrainiens et aux Blancs-Russiens la faculté de décider eux-mêmes de leur sort par un plébiscite.
30 l'épreuve de la polognjî:
— Groyez-vous, Monsieur le Professeur, que -même dans vingt ans ces peuples, dont l'éducation est encore très sommaire, seront en état de prendre librement et consciemment une décision ? Savent-ils, pour le moment, s'ils forment eux-mênnes une nation, ou à quel État ils 4evraient être équitablement rattachés ? Pour ne parler que des Blancs-Russiens, j'ai entend^ des paysans de Tancien gquverï^^ment de Minsk se déclarer Polonais, par la rs^ison qu'ils étaient catholiques, et, se refuser à croire que le pape, étant chef de l'Église catholique, ^e fût pas un Polonais.
— Jq sais tout cela, pépo^dit vivement M. Askenazy ; mais, ei^ dehors du plébiscite, je n^aperçois aucui^ iftoyende résoudre le problème. Je suis d'ailleurs cpnvainci; que la plqs grande partie de ces pays retournera à la Russie, Cependant, je ne qpmprei^ds pas qu'en Occident l'on pousse les hauts cris parce que nous voulons soustraire à la domination russe quelques milliers de kilomètres carrés et quelques millions d'habitants. Gela ne s'appelle pas encore « dé-
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pecer » la Russie. Songez qu'en 1914, Tempire des Tsars s'étendait sur vingt-deux millions et demi de kilomètres carrés et comptait cent quatre-vingts millions d'habitants. Rappelezvous les moyens par lesquels fut constitué cet empire énorme, l'étendue et la richesse des provinces qui i^ous furent volées à nous-mêmes, et vous conviendrez avec moi qu'on nous juge plus sévèrement qu'on n'a jugé les Russes, et que ceux-ci bénéfîciept, à notre détriment, d'un certain nombre de préjugés que leur âge
a pu rendre respectables, mais nullement légitimes.
« En un mot, je i^uis, nous sommes tous partisans d'un rapprochement c^vec la Russie. Personnellement, j'entretiens des relations fréquentes et actives avec Savinkoff, avec Merjkowski, avec Roditcheff, qui, comme vous le savez,, ne sont ici que pour préparer une entente entre la Russie et la Pologne. Je lis régulièrement la Cause commune de Bourtzeff et suis d'accord avec lui sur bien des questions. Mais, de ce rapprochement également nécessaire pour les
Russes et pour nous, nous ne devons pas faire seuls tous les frais.
« Vous m'avez demandé mon sentiment, et peut-être vous Tai-je fait connaître avec trop de franchise. J'invoquerai, pour mon excuse, l'admirable réplique de Napoléon à un conseiller d'Etat qui, invité à donner son opinion sur une question, crut bien faire sa cour en soutenant le point de vue qu^il savait être celui du maître. « Monsieur, interrompit brusquement l'Empereur, je vous ai demandé votre avis, je ne vous ai pas demandé le mien. »
M. Askenazy m'avait fait toucher du doigt la difficulté capitale, celle que tout homme d'État polonais devra envisager résolument et s'efforcer de résoudre, s'il ne veut pas livrer aux aventures les plus incertaines et exposer aux pires dangers un pays qui n'a pas encore atteint la plénitude de ses forces et que protégeront toujours insuffisamment des frontières conventionnelles. Mais quoi 1 n'est-il point fatal qu'à Varsovie, où Ton a terriblement souffert des Russes, on les juge plus sévèrement et l'on garde contre
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eux plus de haine qu'à Gracovie ou à Lwow, où Ton n'a connu que le joug autrichien ? Fautil s'étonner que des hommes qui ont laissé leur jeunesse et une partie de leur vigueur dans les prisons russes ou en Sibérie, éprouvent d'abord quelque répugnance à tendre la main à leurs anciens persécuteurs ? Comment enfin les Polonais, — je parle de ceux du royaume, — n'hésiteraient-ils pas à rétablir, sans avoir pris certaines précautions, un contact qui leur fut néfaste et n'a peut-être point cessé d'être dangereux ?
« L'Allemagne, me disait Tun d'eux, a persécuté cruellement nos frères de Posnanie ; maiS; loin de les asservir, elle a développé en eux, probablement sans le vouloir, une capacité de résistance, des qualités de discipline et d'organisation dont ils bénéficient aujourd'hui ; tandis que l'influence russe a agi sur nous comme un dissolvant, comme un poison, dont nous sommes encore infectés et que nous n'éliminerons pas en un jour. Avant de nous exposer de nouveau à la contagion, laiseez-nous reprendre
vigueur et fortifier en nous un sentiment national, que les efforts maladroits, mais continus de la politique russe tendaient à étouffer, et ont réussi à affaiblir. »
Après avoir exposé, sans en diminuer la valeur, les objections que soulève en Pologne Tidée d'un rapprochement avec la Russie, je n^aurai garde de passer sous silence les efforts accomplis par de nombreux hommes d'État polonais pour préparer une entente qu'ils jugent indispensable. Il est désormais permis, et peut-être n'est-il pas inutile, de révéler que le projet de la marche sur Kiew avait rencontré, au ministère polonais des Affaires étrangères, de très vives oppositions. Dans les commissions de la Diète et au Conseil de la Défense Nationale, M. Dmow^ski et ses amis n'ont jamais cessé de soutenir qu'il fallait s'entendre avec la Russie et que toutes les forces de la Pologne devaient être concentrées à l'Ouest, face à l'Allemagne, la seule irréconciliable ennemie. De grands journaux varsoviens, comme la République^ qu'inspire M. Paderewski, et le Journal Universel^
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organe des conservateurs, ont toujours préconisé une politique analogue. Enfin, pendant mon séjour à Varsovie, j'ai entendu plusieurs fois un Russe, M. Savinkofî, rendre hommage à la bienveillance et à l'esprit de conciliation avec lesquels ses ouvertures avaient été accueillies, non seulement dans les cercles du Parlement et de la grande presse, mais jusqu'au Belvédère.
Appelé une première fois à Varsovie au mois de janvier, M. Savinkofî avait vu ses efforts échouer, beaucoup moins devant les exigences polonaises qu'en raison de l'intransigeance et de rincapacité politique du général Denikine. 11 revint à la charge au mois de juin et put alors conduire avec plus de liberté et un meilleur succès des négociations dont on appréciera l'importance, le jour où certains accords conclus à la fin de juin pourront être connus complètement. Aidé de quelques amis, M. Savinkofî a fondé à Varsovie un journal qui soutient avec énergie et avec prudence la thèse du rapprochement russo-polonais. Elle répond si bien à l'intérêt des deux pays qu'il ne faut pas douter,
qu'en dépit de certaines oppositions, elle ne finisse par triompher.
Si la nécessité, pour la Pologne, de se garder du côté de l'Allemagne n'était pas inscrite sur la carte et dans l'histoire, les Allemands eux-mêmes l'auraient, depuis un an, clairement démontrée. Sans parler de leur attitude provocante à Dantzig et en Haute-Silésie, ni des violences exercées par leurs agents, lors des plébiscites, à AUenstein et à Marienw^erder, la satisfaction bruyante et rageuse que leurs journaux laissèrent éclater à l'occasion des défaites polonaises suffît à nous édifier sur leurs sentiments et sur les intentions de leur politique. L'alliance plus ou moins formelle avec les bolchevistes, le ravitaillement de l'armée rouge en armes et en munitions, l'accueil fait aux Russes fuyards par les populations de la Prusse Orientale, autant d'indices qui révèlent le fond de la pensée allemande : l'Allemagne fait et fera tout ce qui est en son pou-