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RAX { k | h | II 441 FA Vous souvenez-vous du fatal instant * Où les cœurs brisés virent que tout passe, Même les amours, sans laisser de trace ; u’on gent s’oublier, s’etont aimés tant, t qu’il faut partir, partir malgré tout :
Vous souvenez-vous ? h hi
Ah !ilest parti, vous serrant la main
Comme un bon ami poursuivant sa route
Et depuis, pourtant, quelquefois je doute !
Qui! s’il ne vait pas peut-être demain EE
Revenir encor et dire à genoux : fe Voussouvenez-vous ?
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. Quelques instants après, Violette s’annonça dans la porte, pâle à faire croire à une apparition. Rodolphe ne s’en aperçut pas tout d’abord, et lui présenta respectueusement ses hommages, ‘On ne vous oublie pas, Mademoiselle, dit-il.’ En effet, lui répondit la jeune fille, vous êtes fidèle à la consigne, et je suis peinée de ne pas répondre à votre empressement et de vous désappointer, mais je ne pourrai pas me joindre à vous : je souffre d’une affreuse migraine.
—Oh ! alors, Violette, demeurez ; malgré le plaisir que je devais goûter ce soir, et auquel j'ai pensé tout le jour avec impatience, je serais trop puni si, en y venant, vous preniez froid et tombiez malade.
—Merci, Monsieur Rodolphe, je vous suis bien reconnaissante ; je suis lasse, je souffre.
—Très-bien, Violette, lui dit Rodolphe, qui ne laissait jamais passer l’occasion de lui ouvrir son cœur, que la nuit vous remette. Le repos ne saurait vous rendre plus belle et plus aimable, mais il vous rendra moins souffrante. Bonsoir, Violette, bonne nuit, rêves charmants, et nous Edouard, dit-il en regardant à sa montre, hâtonsnous, il est 9 heures 25, courons à bord.
Le signal du départ est sonné, les ancres sont levées, les flots bouillonnent autour des flancs du navire qui s’avance majestueux sur le fleuve tran-
quille et se dirige lourdement vers l’Ile d’Orléans. Fendant les ondes pures et bleues de l’eau, il laisse derrière lui une trainée épaisse d’une fumée noire et un sillon liquide qui, en se repliant aussitôt ouvert, demeure étourdi sur place. De chaque côté les houles se poussent et se multiplient jusqu’au rivage, tel un serpent tenant sa tête dans l’eau, remue la surface liquide moulée sur ses anneaux qui s’avancent ondulés jusqu’à la rive. La joie est grande à bord.
Rodolphe et Edouard prennent place à l’avant du bateau, où un orchestre exécute une musique gaie. Tous les deux sont encore à cet âge où l’âme, remplie d’illusions, aime à plonger dans les grands rêves que fait naître la be'le et grandiose nature. Ils sont l’un près de l’autre dans un coin dissimulé, loin du bruit des causeurs et de l’éclat des voix ; ils admirent. D’un côté, Québec, que l’on distiugue à ses lumières hautes dans l’espace, apparaît dans le lointain comme un nuage percé par les étoiles. D’un autre côté, Lévis comme disparu dans l’onde, projette de temps en temps sur le fleuve une lueur qui s’élève sinistre comme un feu follet dans un grand bois sombre, ou qui S’éloigne brillante comme la phosphorescence d’une grande masse d’eau qui écrme et se brise. Le ciel étoilé est parsemé de nuages blancs, semblables à de légers flocons d’écume où à des troupeaux errants dans une plaine azurée. La lune, ce grand œil de la nuit, chaperonne la terre et pénètre indiscrètement jusque dans les talus et
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les bois silencieux. Elle se mire dans l’eau, comme une coquette dans sa glace et, attirée par les charmes de la solitude, elle disperse sa pâle lumière dans la nuit noire que caresse une brise légère. Couvrant les arbres et les longues herbe® qui longent la rive, les reflets de sa lumière , dessinent de grandes ombres fantastiques qui font peur et qui s’enfoncent dans l’épaisseur des taillis.
Le navire va toujours, divisant de sa proue l’eau bleue du St-Laurent. Il contourne l'Ile d'Orléans, où continuent de se dérouler des deux côtés, à tribord et à babord, les sites enchanteurs et les décors grandioses de la prodigue nature. S’avançant et fumant toujours, il ramène au port les excursionistes, heureux et remis des fatigur
—Combien Mademoiselle Violette aurait joui de ce beau spectacle, par un air si doux et un ciel si beau, dit Rodolphe.—Pauvre Violette, répondit Edouard, plus rien semble lui plaire. Elle est triste, solitaire, il y a quelque chose d’extraornaire qui l’assombrit et torture son âme, mais que faire pour éloigner les peines qui l’éprouvent ainsi ? Elle ne parle pas, et si l’on lui demande la cause de son chagrin, elle se dispose à répondre pour nous la mieux dissimuler ; elle veut parler et elle se met à pleurer.
Rodolphe eut un frisson, craignant que ses démarches auprès de Violette demeurassent inutiles. Profitant des bons sentiments qu’Edouard
professait à son égard, il lui avoua son amour pour Violette. Il lui dit le tort qu’elle avait de persister à aimer un homme condamné au bagne, et dont le souvenir la dominuit jusqu’à renier dans une souffrance muette sa culpabilité et sa lâcheté.
—Je la renierais pour ma sœur, dit Edouard, si ce que tu me dis, Rodolphe, était vrai. Aimer davantage cet être criminel qui a tout déshonoré ; ma famille, qui le reçut comme un ami, moi comme un frère, ma sœur comme son futur époux, serait partager implicitement son action infâme.
—Cependant, Edouard, la chose existe, mais de grâce, ne fais rien qui puisse humilier Violette. Suis plutôt mon conseil.
—-Quel est-il ?
—$i Violette aime encore Paul, c’est qu’elle n’est pas convaincue de sa culpabilité. Toutes les discussions, les sévérités et les emportements n’y pourraient rien ; tu connais le cœur de la femme ? Prouvons-lui que Paul est un traître, qu’il a mérité son châtiment, et ses larmes ne couleront plus que pour déplorer d’avoir aimé un vil scélérat.
—Comment veux-tu, dit Edouard, la convaincre en s'adressant à son cœur pris, à son esprit aveugle et récalcitrant ?
—-En lui exposant les pièces justificatives, en lui lisant la sentence du juge, qui fait ressortir son plan prémédité, et qui montre, sans le moindre doute, l’évidence de son action.
—Ton idée est excellente, Rodolphe, et il faut nous hâter de la mettre à exécution. Différer trop longtemps serait laisser le désespoir qui torture ma sœur la miner et la tuer, sans pouvoir y apporter un remède efficace. Procure-toi la pièce et ne tarde pas à venir frapper à notre porte.
—C'’est entendu, Edouard, dès demain je travaillerai à me procurer le dossier et je le copierai. Mais tu n’ignores pas toutes les difficultés que j'aurai à vaincre, avant d’y arriver pleinement ? En conséquence, ne perds pas patience, je serai chez vous aussitôt que j'aurai les pièces en ma possession.
Le bateau arrivait devant Québec encore tout illuminé. Il était minuit. Il fallut aux gais excursionnistes laisser à demi-achevés, pour les uns, une conversation amoureuse, les serrements de mains, les aventures projetées ; pour les autres, . une valse allant avec entrain. les yeux pleins de fièvre, la physionomie pleine de sourires. Les passagers du pont se sont oubliés dans leur contemplation poétique, et sont transis—le souffle refroidi de l’air de minuit a engourdi leurs membres-—-Se chuchotant à l’oreille les derniers mots d’auour, ils s’apprètent à sauter vivement à terre pour réchauffer leur corps frissonnant,.
— Bonsoir, Rodolphe, dit Edouard, je reconduis chez elle une bonne amie à ma mère, à qui je dois des égards. Travaille notre affaire.— Bonsoir, Edouard, compte sur moi. Rodolphe partit seul
PS
Îles
et pensif dans un quartier solitaire, devisant sur les chances qu’il avait de toucher un jour le cœur de Violette. Edouard était des mieux disposé en sa faveur, puisqu'il traquait Paul de tous les côtés, et jusque dans le cœur de sa sœur, pour en arracher le souvenir sans pitié. Violette mépriserait le galérien qui l’a trompée, et lui, surgirait, moins beau que Paul, mais jeune comme lui.
Aimant, prévenant, il prendrait sûrement le chemin de son cœur trahi et abandonné: La femme est sensible et son cœur, dit Hugo, a besoin d’un os à ronger. Il marchait lentement en élevant ses yeux au ciel comme pour le remercier de favoriser le rêve qu’il croyait être déjà une réalité. Il serait alors heureux ; Violette serait sienne, il passerait sa vie à ses genoux à l’adorer ! Il était arrivé chez lui. Il entra tout distrait et rayonnant de bonheur. Il se déshabilla, se mit au lit et, fermant ses yeux alourdis par trois heures passées dans l’air de la nuit, il s’endormit doucement en prononçant le nom de Violette.
Après le départ de Rodolphe et d’Edouard pour l’excursion Violeite se retira dans sa chambre. Elle fit un tour de clef à la serrure, approcha son secrétaire sous la lumière du gaz, sortit la lettre de Paul qu’elle déposa religieusement près d’elle pour la relire, mit son papier devant elle et se disposa à écrire. Elle ne pouvait dormir sans