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causer avec celui qu’elle aimait et qu’elle croyait avoir été condamné injustement. Puisqu’au pénitencier on permettait qu’elle lui écrivît, elle décidait de le faire régulièrement : c'était le seul bonheur qui lui restait d’un amour qui demeurait sans doute, mais dont les projets s’effondraient sans retour.
Elle se recuellit, et dévorée par une fièvre ardente, elle s’abandonna à son délire et écrivit :
Québec, mai 188
‘€ Paul, mon bien-aimé Paul, mon adoré, je ‘€ t'aime encore !
‘Que sont toutes les joies de la terre auprès ‘ d’un seul instant de ce douloureux bonheur ‘“ que j’éprouve à t’écrire, à toi mon fiancé que ‘ l’on a jeté impitoyablement dans une prison in- ‘ fâme, quand tu devrais être, innocent, logé dans ‘ le plus beau des palais. (Console-toi, malheu- ‘ reux ami, je t’aime encore et davantage, s’il est ‘ possible d’aimer plus. Je veux vivre de ton ‘€ cher souvenir pendant le jour, je veux rêver de ‘ toi toutes les nuits. Jamais plus rien dans ‘ce monde injuste me sourira ; mon âme n’est ‘ plus. Jamais plus un homme méritera ma ‘“ sympathie et mon amour ; mon cœur n’est plus. ‘ Tous les deux sont avec toi, partageant ton ‘ malheur. Quand tu souffriras, je souffrirai ; ‘ quand tu faibliras sous le poids du désespoir, ‘ je me ferai forte comme la femme dévouée et je ‘te consolerai; mais quand tu mourras, pauvre ‘ Paul, je ne serai plas! Nous montrerons le
sue
‘ même courage, quoique le même mal nous mi- ‘ nera. Je serai forte et courageuse comme toi, ‘et périclitant chaque jour, mon corps étiolé, ‘{ desséché, plus fragile que le tien, te précèdera, ‘ hélas ! dans le sein de la terre, mais mon âme ‘ Jà-haut veillera sur toi, te consolera toujours.
‘ Maintenant que la fatalité nous sépare, malgré ‘ notre grand amour qui devrait attendrir la Pro- ‘“ vidence, puisque tu es chatié injustement, et ‘“ qu’il n’est plus de puissance terrestre de qui at- ‘ tendre pitié et justice, je pleure sans le moindre ‘€ espoir de voir jamais tarir mes larmes.
‘ Mon bien-aimé Paul, je porte encore au doigt ‘€ cette bague que tu m’as donnée et que j’ai quel- ‘ que tristesse à regarder. ÆElle n’a pour moi ‘ aucune valeur marchande, quoique ce soit un ‘€ joyau, et elle vaut pour mon âme, l’idée qu’a ‘ eu la tienne en la glissant dans mon doigt. Je ‘ mourrai et serai ensevelie avec elle! Nous ‘ étions bienheureux alors, et dans un jour d’en- ‘€ thousiasme naïf, mais bon et sincère, je l’ai ‘€ portée aux pieds du Christ et de la Vierge : jy ‘ trouvais, au point de vue du sentiment, la va- ‘“ leur sublime d’une preuve d’amour.
‘ Pauvre ami, je me rappelle trop bien, pour ‘que je puisse jamais l’oublier, l’époque de ‘ nos premiers Serments, de nos extases profon- ‘ des, de cette déclaration trop tardive et si ‘ désirée de mon cœur, que tu me fis: nous ‘ sommes jeunes, nos cœurs et nos âmes s’aiment, ‘ veux-tu que nous soyons unis pour toujours !
ET
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Ah ! je n’ai jamais été aussi heureuse que ce
‘ jour-là, et te rappelles-tu comme j'ai frémi de: ‘ joie en te sautant au cou en sanglotant? Je