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t’ai juré alors un amour éternel, voulant devenir ta femme en restant ton amie. J'étais prête à te seconder dans la vie, à aider à ta gloire, à y travailler au besoin dans toute la mesure de mes forces, afin d’en mieux savourer le succès. Tout voulait nous unir. mais hélas ! tout a fui et semblé nous sépare. avec ironie...
“Je ne veux pas te dire davantage ce qui hante et torture ma pauvre cervelle ; mais, pauvre Paul, il y a bien des nuages dans mon cœur qui se résoudront en pluies de larmes.
‘ Que m'importe le monde maintenant, il n’existe plus peur moi. Je vivrai de ton cher souvenir et je garderai jusque dans la mort cet amour qui me fera vivre en ne tenant nul compte des conventions humaines, et qui me tuera lentement, parce que je t’aurai perdu pour toujours et que le monde aura tenté en vain d’appliquer à mon cœur les lois du mépris et de l’oubli.
‘ À l’heure où je t’éeris, tout ce monde pour qui tu as eu tant de respect et qui t’oublie après t’avoir indignement accusé, se délasse avec égoïsme dans des plaisirs énervants, sur l’eau, dans les bals, au théâtre, et toi, tu gis, fiévreux et tremblant dans ta cellule sombre. Puisse mon amour te consoler, mon cœur te moins faire souffrir ! Puisse mon âme amortir le feu
‘ de ta plaie qui coule sans espoir de guérison ; ‘ puisse mon souvenir t’accompagner dans tes ‘ rêves, toute ma vie qui t’appartient, te rendre ‘ moins malheureux, plus résigné et plus fort ! !
‘ Adieu, bien-aimé Paul, il ne nous sera plus ‘ permis de nous revoir ici-bas, puisque la fatalité “ s’abat cruellement sur notre destinée, mais dans ‘le grand malheur qui nous frappe, une lueur ‘* d’espérance d’une moins cuisante douleur nous ‘ reste, qui pourrait plus nous sourire et nous ‘© consoler, si elle n’était pas le seul et tout le ‘ bien qu’on doit attendre de la sévérité de la ‘ loi: nous pourrons nous écrire sans le moindre ‘{ danger, puisque chacune de nos lettres sera plu- ‘ tôt une preuve de ton innocence. Qui Suic Si ‘ tes protestations continuelles ne te réhabilite- ‘“ront pas dans l’esprit des autorités qui allègeront ‘ ton fardeau et rendront moins pénible le châti- ‘ ment que tu expies avec résignation.
‘ Adieu, mon bien-aimé, je me blottis sur ton ‘ cœur, qui voudra m’en arracher me tuera !!
& N.B.— Voici mon adresse :
M. M. V., ‘ Boite 12, Bureau de Poste.
- Québec.??
Il était trois heures du matin quand elle finit d'écrire. Un silence funèbre enveloppait la nature endormie. L’obscure clarté qui tombait des étoiles sur les grands arbres séculaires et la terre déserte, inondait les parterres odoriférants et la
plaine fertile. Les teintes blafardes de la lune se dispersant indécises dans l’espace, venaient se réfléter mélancoliques et sereines dans l’eau bleue du Saint-Laurent. Tout gardait un silence de mort, Violette seule veillait, triste, succombant Sous la fatigue et ne pouvant dormir. Vaincue et exhalant des soupirs navrants, elle se cacha la tête sous ses oreillers pour étouffer ses sanglots.
Divines femmes! quelle profondeur, quelle grandeur il y a dans vos âmes sensibles! Quelle noblesse dans vos cœurs aimants ! Peu connaissent tout l’amour dont vous êtes capables, beaucoup en abusent parce qu’ils connaissent votre faiblesse sans la comprendre !
Violette sentit un frisson parcourir tout son être déjà malade, Balbutiant à demi-morte son amour éternel, elle s’endormit en pensant à Paul dont le nom errait sur ses lèvres.
Le lendemain, vers dix heures du matin, elle descendit de sa chambre ; elle était pâle, triste. Elle avait passé une nuit agitée, elle avait fait des rêves affreux. On s’aperçut de son état et on s’empressa auprès d’elle, mais elle remit les esprits aux abois, en mettant sur le compte d’une indisposition passagère son apparence maladive. Elle se mit à table, mais ne mangea point. Se sentant faiblir elle trouva inutile de s’étudier à exprimer sur son visage l’image de la gaieté,
quand son cœur recèlait la désespérance. Elle se leva, mit son chapeau, prit son ombrelle et mettant précipitamment sa main sur son sein, comme pour s'assurer si quelque chose qu’elle y avait mis y était encore, ‘et un sourire étrange s’épanouit sur ses lèvres, demeurant énigmatique pour les personnes présentes.—Je ne me sens pas très bien, en effet, dit-elle, j’ai besoin de prendre un peu d’air. En conséquence, ne m’attendez pas pour midi, je dinerai en ronte ; je vais prendre l’air à la campagne et me reposer dans les bois. Sur ce, elle partit seule, languissante, dans les rues de Québec. Elle marchait la tête baissée, se dérobant derrière les passants pour ne pas être reconnue, Pour dissimuler la fatigue qui l’accablait, la grande faiblesse qui lui faisait ralentir sa marche, elle prit les rues les plus accidentées de la ville, où chacun est obligé d’aller moins vite quoique très pressé. Elle gravit péniblement la grande côte, et reprenant haleine, elle partit d’un pas précipité, comme si un but près à atteindre lui rendait la vigueur et la force. Arrivée au bureau de poste, elle regarda autour d’elle, pour s’assurer qu’on ne l’épiait pas et profitant du moment favorable, elle porta la main à son corsage, en sortit une lettre qu’elle fit glisser dans la boîte et continua hâtivement sa marche dans la direction de la-voie qui mène à Charlesbourg. Elle avait hâte de sortir de la ville où l’activité, la vie, les affaires énervent et fatiguent. Elle aimait à être seule et allait chercher la solitude dans la cam-
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pagne paisible, dans les bois solitaires, au sein même de la nature douce et silencieuse. Elle cheminait lentement et plus à son aise sur la grande route, plongée dans la réflexion et inattentive au bruit de la conversation des rares passants.
Des paysans travaillaient dans leurs champs et causaient des probabilités de la belle moisson. Donnez-nous de la pluie et du soleil, dit l’un, et les épis de blé, l’avoine et le sarrasin viendront en abondance.—Oui, dit l’autre, l'humidité et la chaleur sont nécessaires, mais il faut aussi entretenir la terre dans des conditions propices, car le dernier numéro de la revue d’agriculture di-
— Oh ! viens donc pas avec ton dernier numéro ; nos pères n'étaient pas des fous, ils cultivaient leur terre comme ils l’entendaient, et chaque automne, ils remplissaient leurs greniers.
—Oui, je comprends ça, mais la terre s’est appauvrie et il faut lui rendre ce qu’elle n’a plus. Il faut l’égoutter avec intelligence, la labourer de façon à y mettre l’espace suffisant entre les sillons ; il faut des rigoles plutôt plus que pas assez, leur donner la direction qui convienne. Je crois, mon vieux, qu’il y a du bon dans notre journal d’agriculture.
—Oh! laissez-moi donc; c’est à croire qu’un guéret fait sur la longueur ou sur la largeur d’une terre a de l’importance dans la fécondité du sol. Moi, je laisse faire la nature ; c’est une bonne
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mère, et vous verrez qu’elle ne m’arrachera pas le pain de ma famille. Le paysan avait levé la tête et regardait curieusement, comme si quelque chose d’insolite se passait dans l’entourage.
—Tiens, dit l’autre, en regardant dans la même direction, la belle saison va ramener les jolies Québecquoises dans nos cantons. Pour la première qui nous arrive, celle-ci a de beaux atours et un air un peu triste mais fort aimable...
—Mais dis done, reprit le premier... mais je la connais ; j’ai été le fermier de son père. Tu connais l'affaire, c’est Mademoiselle Monteil, la fiancée de Paul Goulier, qui a tué Martin 4...
—C'’est elle, ça, comme elle a l’air triste, hein ?
—-J’pense ben, avoir aimé un gueux pareil ; ça darde au cœur de se lever un beau matin et d’apprendre que son amoureux à la corde au cou ...….
—Pauvre Mamzelle... c’est bien malheureux...
et sais-tu que je ne vois pas bien clair dans tout ça. Je n’ai jamais cru que Goulier fut coupable, parce qu’enfin, si je me rappelle bien ce détail de son procès, on n’a pas pu découvrir le motif qui lui a fait commettre cet assassinat, Tu te rappelles, certains témoins ont même dit qu’il était bon ami avec Martin ?...…..
—Comment, lui, pas coupable ? Tu sais qu’ils étaient dans le même département au ministère des travaux publics. Martin occupait une position supérieure à la sienne, et on a prouvé que Goulier cachait ou détruisait des papiers importants pour lui créer des misères et lui faire perdre sa place ?
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—Je sais bien ça, mais ce n’était pas par malice, puisque Martin retrouvait les pièces principales et que le ministre ne trouvait aucun désordre, D'ailleurs, ils sont toujours restés de bons amis, ça été prouvé 7...
—Oui, oui, mais tu comptes bien que Goulier est un fin coquin qui feignait de l’estimer, et que dans le fond il méditait de le perdre pour prendre sa place ; car tu sais, ça gratte au cœur de sauter de #1,000 à un salaire de #1,500 par année—surtout quand on veut se marier.
—Ah! bien, moi, je ne croirai jamais qu’un homme qui a toujours été honorable, puisse comme ça, du jour au lendemain, faire tuer un autre pour #500 de plus par année.
—C'est comme ça, mon vieux, il y en a qui sont capables de tout faire pour améliorer leur condition, et Goulier nous en donne la preuve...
—Tout de même, tu ne me feras pas croire que de simples taquineries de bureau sont suffisantes pour déclarer un homme envieux et capable de commettre un crime. Et, malheur de malheur, c’est sur ces simples preuves qu’on a failli le pendre...
—Et la lettre, tu trouves que c’est rien ça ? Cette lettre que lui adressait son complice et qui lui disait que tout était fini; que son homme, après une lutte désespérée, avait lâché le dernier soupir? Avec cela, il ne reste plus l’ombre d’un doute...
—Je sais cela, en effet, mais je trouve bien singu-
lier que son ami ait confié à un passant quelconque une lettre aussi importante. Ça me paraît louche, et il a agi avec si peu de prudence que ça ne me paraît pas vrai.
—Ah ! mon ami, mais il ya des gens qui se sentent capables de tout faire quand ils sont habitués au mal. Quand ils ont agi, les lâches, ils ont peur, et pour échapper à la justice, ils paient le premier venu pour porter à l’adresse convenue une lettre qu’ils écrivent à la hâte, et ils disparaissent sournoisement du quartier qu’ils ont souillé de leur crime.
—Il est évident que lalettre lui était adressée, et que c’est ce détail important qui l’a fait condamner, On crut par ces circonstances qu’il avait prémidité le crime, et toi, Serais-tu prêt à jurer que ce n’est pas quelqu'un qui lui en voulait et qui était jaloux, qui a fait adonner le meurtre avec l’accusation, pour le faire disparaître et prendre sa place ? Pour moi, ça n’a pas de bon sens une affaire comme ça ; un homme tue, il a peur d’être pris, puis il envoie comme cela une lettre par assant qui Caracole dans la rue ?.…
Comp ess donc que son complice a profité de
la seule occasion qui se présentait, qu’il a remis la lettre à cet homme de la Providence en le payant, t’entends-bien, et qu’il s’est enfui à pleines jambes. La suite est bien simple ; Je-eommissionnaire arrête à la première auberge et se saoule. Il sort dans la rue, gesticule, crie, blasphème ; on l’arrête et on le conduit au poste.
Le
gere Frans”
On le fouille et on trouve lu lettre toute fraiche cachetée ; on l’ouvre et on y lit la nouvelle effrayante. On arrête Goulier, on fait son procès, il est trouvé coupable et on le condamne, le misérable, à être pendu...
— Pourtant tu ne m’as pas convaincu, et je trouverai toujours drôle une pareille condamnation. Comme de raison, je ne suis pas éduqué comme les juges, et je me trompe peut-être, mais malheur, ce serait-t’y pénible que ce pauvre garçon serait là-bas déshonoré et tout de même inno-
— Allons, pas de pitié pour un criminel, il l’a sacrement bien mérité...
—-Pauvre fille, comme elle avait l’air triste! Tu penses bien qu’on n’éprouve pas ainsi le cœur d’une femme sans que sa santé en supporte mal l’assaut : Pauvre garçon... pauvre fille, dit-il, en s’essuyant les yeux du revers de sa main.
—Tiens, vas-tu pleurer maintenant ? Ah bien oui, si tes larmes mouillent la terre, il poussera de mauvaises herbes. ‘Tonnerre d’un nom, pas de faiblesse, voisin, et reprenons les travaux de la terre, ils donnent moins de soucis et nous assurent un bonheur plus complet.
Violette avait continué péniblement 82 route jusqu’au petit village de Charlesbourg. Sous le coup d’une profonde émotion, épuisée et se sen-
tant malade, elle était allée frapper à la porte du presbytère ; le curé était son oncle et son directeur de conscience,
Ce prêtre, qui était un saint homme, vivait dans une modeste maison, se contentant d’un intérieur sans luxe, pouvu qu'il eut les livres dont l'étude lui plaisait, Il était âgé de 50 ans, trapu, la tête inclinée en avant, comme si cette attitude coutumière aux grands fervents, lui fut devenue naturelle à force de la répéter, De ces orbites jaillissaient des yeux doux et profonds que des sourcils épais et grisonnants rendaient plus brillants par leur ombre, Ses cheveux commençaient très-haut, laissant à découvert un front large, ridé et d’une parfaite symétrie, Proprement mis, mais sans recherche, il Ss’exhalait de tout son être quelque chose qui commandait la confiance et le respect, tant sa vie passée dans l’étude des docteurs de l'Eglise, la méditation et le dévouement pour les âmes, l’avait rendu bienveillant et charitable., 11 avait de l’austérité dans sa bonté, mais de la douceur et de la sagesse dans sa morale de janséniste.
Violette aimait son oncle, parce qu’elle le savait juste et elle espérait trouver en lui l’affection d’un bon parent, la sympathie d’un honnête homme, les conseils désintéressés d’un théologien sage et savant. En entrant au presbytère, elle avait senti son cœur s’agiter, une lassitude envahir tout son être, un vide se faire dans sa tête. Ayant la sensation que ses jambes se dérobaient
sous elle, un vertige mit du feu et du tonnerre dans sa cervelle, comme au temps d’orage, un éclair accompagné de la foudre, silionne et illumine un ciel couvert de nuages, et elle s’affaissa dans le fauteuil du curé. Celui-ci accourut à son secours, défit les attaches de ses vêtements, lui humecta la figure d’eau froide et l’appela de son petit nom pour la ramener à la vie. 1l prit ses mains entre les deux siennes, et les serrant tendrement il lui dit :—‘* Violette, ma chère nièce, c’est moi, ton oncle qui te parles ; reviens à toi...…...?? et écoutant les battements du cœur de la jeune fille, il entendit un long soupir s'échapper ient et étouffé de sa gorge serrée.
—(a va mieux, n’est-ce pas, mon enfant ?
—Oui mon oncle, merci.
—-Mais d’où vient que tu es si faible ?....comme tu es pâle...
Ah! mon oncle, vous êtes un sage, vous ; eh bien, si vous connaissez la femme, ne devinezvous pas qu’il s’est passé assez d'événements pour exciter en elle des tempêtes terribles ?...…...
—Ma chère enfant, je te sais vien éprouvée, mais il n’est pas d’épreuve qui persiste avec le secours de la prière ; et quels que soient les ravages dont nous menace une tempête, la religion les conjure et nous protège contre ses coups terribles...
— Non, jamais plus rien pourra me consoler :
nous nous aimions du plus pur amour, nous formions les vœux les plus honnêtes, nous partagions les sentiments de la plus parfaite harmonie
Rennes
avec les iois saintes de l’église, nous glorifiions le Seigneur dans notre affection immense et réciproque, nous étions tout ce que Dieu peut désirer de saint entre deux êtres qui s’aiment, et voilà que tout s’effondre sans retour sous son regard divin. Non, jamais le soleil qui éclaire la terre me fera sortir des ténèbres où m'’a plongée l'injustice des hommes et l’abandon de Dieu.
Paul est condamné pour la vie, et cependant, savez-vous, mon oncle..…...le croiriez-vous......il est innocent ? et elle se mit à pleurer.
—Ne pleure pas, ma Violette, cela te fera du mal...
—Laissez-moi, j'aime à pleurer, c’est un état délicieux pour mon âme que celui de verser des larmes.
— Pourtant, mon enfant, il ne faut pas douter de la sagesse et de ia justice des tribunaux, A quoi servira de t’épuiser en récriminations ? Sois résignée, redeviens la jeune fille forte et si affecfreuse pour ta mère, que ton état alangui désespère et rend malheureuse...
—Mon oncle, je dois à ma tendre mère la vie qu’elle m’a donnée, mais je dois à mon fiancé, l’amour qui devait nous unir pour toujours et nous rapprocher de Dien,
— Mais enfin, s’il n’y a plus d’espoir de pardon, à quoi te servirait de vivre dans un monde où tout te devient indifférent, où chacune de tes actions, de tes pensées rappelle un passé qui n’est
plus, quand avec plus de fermeté et de résigna-
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tion, ta douleur, comme toutes les grandes douleurs, s’émousserait dans l’accomplissement des devoirs de la vie.
— Vous raisonnez comme un sage, un saint, comme un homme; mais vous n’avez que l’expérience du caractère, du cœur de l’homme, et je ne crois pas vous offenser en vous disant que vous ignorez celle de la femme. La femme, mon oncle, est un peu lente quelquefois à faire son choix ; ‘est qu’elle met tout intérêt de côté et que chez elle, c’est le cœur, l’âme, la nature même qui décident. Quand elle a fait son choix, elle est heureuse et ne souhaite plus rien, Le ciel tomberait sur terre que son paradis ne serait pas plus beau ! Elle vit, respire, rêve de son amour, elle s’en nouriit. La femme, mon oncle, est comme le lierre : elie meurt où elle s’attache ! !
— Mais entin ! enfin, ma pauvre enfant, veux-tu toute la vie pleurer et gémir sur le malheur de ton amant ? Pourquoi ne pas te faire une raison ?
D'autres que toi ort été bien éprouvés et ont trouvé, dans la prière, la consolation et le cou- ‘age, Sèche tes yeux, laisse tarir ces larmes qui appauvrissent ton sang et creusent tes joues : c’est dans l’adversité qu’on reconnaît les grandes âmes et tu peux être sublime si tu le veux...
— Mon honneur est engagé, et tant que Paul, que je sais innocent, sera malheureux, je le serai avec lui.
— Mais, ma bonne enfant, tu ne peux te résoudre à immoler ainsi tes parents, ta malheureuse
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mère, à sacrifier tes devoirs sociaux, à désespérer de trouver dans la prière le calme et la sérénité de ton âme éprouvée, la consolation et l’énergie de ton cœur brisé. Tu es jeune, tu es belle, oublie un malheur bien grand, il est vrai, mais que ni tes larmes, ni tes protestations, ni ton désespoir ne peuvent racheter. Deviens forte en redevenant la Violette d’autrefois, ne faillis pas à ta destinée de femme, fais le bonheur d’un noble époux, deviens une sainte en souriant dans tes prières à l’image de cet homme que tu crois être un martyr...
— Que vous êtes bon, mon cher oncle, et combien j’éprouve de respect pour vous ! mais, hélas ! vos sages paroles n’onc pas d’écho dans mon âme meurtrie......
— Pourquoi pas, ma chère ? On a vu des femmes aimer, se tordre de douleur à la mort d’un bienaimé et se consoler, oublier, faire le sacrifice, se résigner..…….
— I1 peut y en avoir, mais nous n’avons pas la même âme et toutes ne sont pas dégagées des intérêts matériels ; car, mon onele, que les femmes nous disent, la ma: sur le cœur, s’il y en à beaucoup parmi elles qui sont capables de répondre à un amour profond et véritable, de toute la chaleur de leur âme, de toute la force de leur passion...
— Allons, Violette, cessons de causer de ce sujet, tu t’épuiserais et tu es déjà assez faible. Prends bien soin de ta santé, ma petite, ton état fait pitié à voir, et tu sais cumme je m'intéresse à tout ce qui te concerne...
— Alors, vous qui êtes un saint, priez pour moi qui ne peux me faire entendre du ciel...
Le curé, levant les mains dans une attitude sainte, lui dit avec douceur :
— Je te bénis, ma fille ; puisse cette bénédiction t’épargner de plus grands malheurs, t’éloigner d’un trop grand égarement !....….
Violette était tombée à genoux et pleurait..……….
es MUT svees j'en mourrai, dit-elle, c’est trop fort pour moi... oui, je mourrai d’avoir aimé un homme innocent, bafoué par tout le monde.
— Ajlons, relève-toi, mon enfant ; viens te reposer et je te ferai reconduire chez toi...
Violette se leva et S’approchant, énervée, presque inconsciente, du divan, elle se laissa choir | tout d’une masse et s’endormit.
Voilà bien la femme qui s’épuise dans un amour exagéré, mais réel, La Vierge était au Calvaire pour recueillir le dernier soupir de son Fils crucifié ; elle a tressailli jusque dans ses entrailles de femme et de mère, Une vierge demeure pour partager le martyre de son fiancé humilié ; elle consume et attise avec ferveur ce qui lui reste de nature et de flamme brûlante, Elle aime... et quand une femme aime vraiment, elle meurt avec son amour qui la tue !!