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s'dérez sérieusement les témoignages qui ont été
‘ donnés pur les employés du même bureau où
travaillaient Martin et le prévenu, au ministère des Travaux publics, Des témoins ont juré que l’accusé affectait beaucoup de dévouement pour la victime Martin qui dirigeait le bureau, et qu’à maintes reprises, on le surprit dérobant des documents importants, qu’il jurait ensuite n'avoir Jamais touchés.
‘* Martin était un employé fidèle, honnête, au service du gouvernement depuis 40 ans, mais son grand âge—il avait 65 ans—ne lui permettait plus d'accomplir ses fonctions avec la même vigueur, Paul Goulier, le prisonnier à la barre, était son assistant, Vous aurez à démêler l’énigme de sa conduite à l’égard de Martin à qui il manifestait de l’amitié, tout en lui causant des misères et des embarras sérieux, avec la circonstance qui l’amène devant les tribunaux comme complice d’assassinat. Il à fait application pour remplacer Martin, qu’il avait espéré en. vain faire mettre à la retraite. On répétait encore qu’il était fiancé, qu’il disait attendre une meilleure position avant de contracter mariage,
‘ Enfin, Messieurs, eu face de tous ces faits souvent accusateurs, vous aurez à vous demander s’il est raisonnable de croire que le prisonnier désirât la disparition de la victime Martin ; si les témoignages que vous avez entendus sont suffisants pour produire une certitude absolue de sa participation au erime.................,........
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— Messieurs, si vous êtes unanimes, quel est votre verdict ? dit le greffier.
Les douzes jurés répondirent :
‘ Coupable de complicité.’
—Je vais vous lire maintenant la sentence du juge, dit Edouard.
‘ Paul Goulier, levez-vous et que Dieu vous ‘ donne le courage d’entendre prononcer votre ‘ sentence.
‘ La Cour approuve le verdict rendu contre ‘ vous comme fondé sur une preuve irrécusable ‘ de circonstances démontrant votre culpabilité.
‘Jnsqu’à cet acte infâme, votre vie simple of- ‘ frait des mœurs franches, un cœur droit, un ‘esprit aimable ; mais le délit auquel vous avez ‘£ coopéré, vous met au rang des plus grands eri- ‘ minels et vous devez subir un châtiment pro- ‘ portionné à la grandeur de votre crime. [’ar- ‘ dent désir du succès et votre ambition ont ‘“ obscurei votre âme, et votre cœur devenu per- ‘“ vers, à trouvé des charmes aux efforts que vous ‘€ tentiez pour réussir ; les actions viles et révol- ‘ tantes ont été les moyens que vous avez em- ‘ ployés pour atteindre votre but. Abjurant vos ‘ vertus pour l’amour du gain et l’espoir d’une ‘ position meilleure, votre envie n’a plus connu ‘ de bornes et a échappé à l'influence du senti- ‘ ment d'humanité qu’il y a dans toutes les âmes.
‘ Le meurtrier, votre complice, échappe à la
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‘€ justice humaine, mais il n’échappera pas à celle ‘ de Dieu.
‘€ Paul Goulier, vous serez retenu dans la prison ‘ commune jusqu’au 15 avril, jour où vous serez ‘ pendu par le cou, jusqu’à ce que mort s’ensuive, ‘ Que Dieu vous soit en aide.”
Tous avaient écouté avec attention la lecture de ces pièces, De temps en temps, le curé et Madame Monteil levaient les yeux sur Violette qu’un silence de mort tenait paralysée dans son fauteuil, Rodolphe interrogea du regard la jeune fille pour deviner l’impression qu'avait produite chez elle l’exposition des témoignages établissant la culpabilité certaine de Paul. Une pâleur mortelle répandue sur la figure de la jeune fille et une expression étrange de ses traits immobiles, firent naître chez lui le pressentiment d’une défaillance. L'on accourut ; elle était privé de sentiment. La vie semblait se retirer doucement de son corps insensible...
Quelques instants après, elle s’écria dans le délire:
—Scélérat ! scélérat ! !....….
Rodolphe bondit de joie, croyant que ces mots s’adressaient à Paul qu’elle stigmatisait ainsi dans son mépris.
—Ma chère sœur, dit le curé, le but est atteint, mais surveille bien ta fille ; le choc peutavoir des suites fâcheuses, Edouard, prend bien soin de ta sœur, elle passera probablement une nuit fiévreuse et agitée. Ne manque pas d’appeler le
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médecin demain, car dans l’état de faiblesse où elle est, il y a peut-être lieu de s’alarmer : sa vie n’est plus qu’un souffle et ne tient qu’à un fil.
Paul avait été condamné le 3 janvier. Le dénouement de ce drame épouvantable avait d’abord contenté la foule excitée, mais quand la fumée de la vengeaace fut dissipée, les esprits, tranquillisés et plus pondérés, entrevirent avec terreur le jour fatal où le criminel devait être exécuté.
Le soir, les voisins, selon une vieille coutume, se réunissaient les uns chez les autres et échangeaient leurs impressions. Les esprits étaient partagés et plusieurs s’élevaient avec force argumentation contre le verdict sévère qu’ils qualifiaient d’injuste. La discussion avait fait naître des doutes chez les plus récalcitrants, qui reconnaisaient, à la fin, que la preuve de la complicité de Goulier basée sur le seul fait de la lettre qui l’incriminait, n’était pas suffisante. On résolut de tout faire pour le sauver de la potence.
M. Tourtal, son tuteur, qui l’aimait comme un fils, avait hésité à se présenter chez les gens, de peur d’essuyer un refus, en leur demandant leurs signatures. Mais tous l’accueillirent avec respect, en le félicitant de la bonne action qu’il faisait en faveur de son protégé. Dans chaque quartier de la ville, une personne recueillait les noms ; dans toute la Province même, on sollicita
auprès de personnages influents et haut placés, des lettres de recomr. andations à la clémence, des démarches, des pourparlers, de sorte que rien ne fut négligé. Des requêtes, contenant des milliers de signatures de gens de toutes les conditions sociales furent adressées au Procureur-Général, mais n’ayant reçu aucune réponse favorable, l’on désespérait d’obtenir une commutation de peine ; le jour fatal arrivait, nous étions au 13 avril...
Le lendemain soir, un soir sombre, plein du bruit des marteaux et des ferrailles dont l’écho tintait lugubre dans toutes les oreilles, l’échafaud se dressait, terrible, dans l’ombre de la cour de la prison. Les conversations sourdes mettaient dans tous les groupes un air de deuil que l’événement prochain imposait aux âmes charitables.
M. Tourtal, voulant accomplir son devoir de protecteur jusqu’à la fin, et malgré la répugnance qu’il éprouvait à faire les dernières démarches concernant les argents du condamné, s'était courageusement présenté à la prison. Il venait connaître les dernières volontés du malheureux.
Dans une cellule étroite et basse, à peine éclairée
par la lumière blafarde d’une lampe fixée dans un coin, à la rencontre en angle aigu de deux murs blanchis et nus, Paul marche lentement, la figure livide, les paupières baissées, d’où jaillissent des larmes abondantes. Un murmure doux qui se prolonge, remplit l’espace silencieux, auquel se mêlent de temps en temps des soupirs et des mots désespérés. Un prêtre et une sœur de charité,
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agenouillés et unis dans la prière, implorent la miséricorde de Dieu. M. Tourtal, les traits abattus et baignés de pleurs, entra dans la cellule. Pressant sur son cœur le pauvre malheureux à qui il ne restait que quelques heures à vivre, il recula épouvanté à l'effort ingrat que fit Paul pour se dégager de son étreinte, Celui-ci, dans un mouvement résolu qui sembla exprimer du mécontement, voulut se dresser avec un air de menace, mais sa figure perdant sa fermeté devint convulsée et son grand geste commencé avec énergie, finit flasque et paralysé. De ce mouvement vigoureux il avait espéré éviter une trop grande émotion, mais vaincu par tant de douleurs et de sympathies dont M. Tourtal lui donnait les preuves, sa
face devint pâle, ses yeux se voilèrent, son cœur eut une crampe et il s’affaissa anéanti snr son banc.
— Pauvre Paul ! dit M. Tourtal, en accourant à lui. Pauvre garçon ! !
Le religieux s’était approché.
— Ne perdez pas votre courage, M. Goulier, lui dit-il avec douceur.
— Je suis prêt, répliqua Paul, et mon sacrifice est fait; mais, M. Tourtal, j’ai du cœur, allez, et je vous devais bien de vous donner avant de mourir, une preuve du respect et de l’estime que j’ai pour vous: vous êtes si bon pour moi! J’ai quelqu’argent, gardez-le, puisque vous m'avez servi dignement de père ; vous donnerez cependant cent dollars à chacun des bons religieux qui
m'assistent dans mon agonie....…. Il y eut un court silence... C’est bien décidé, donc, reprit le condamné, en regardant au ciel avec résignation. Je dois monter à la potence ! Adieu, alors, M. Tourtal; merci mille fois pour tout ce que vous avez fait pour moi, Laissez-moi passer ma dernière nuit à me bien préparer pour paraitre devant Dieu. Seulement, n’oubliez jamais que le 15 avril 188..., une erreur aura été commise et qu’on aura pendu un innocent ! ! ! Les adieux furent déchirants.
L'heure de l’exécution avait été fixée à neuf heures du matin. Dès l’aube du jour fatal, la foule, avide de nouveautés, accourait de toutes parts vers le lieu de l’exécution, comme on accourt à un spectacle. La curiosité de voir du neuf assoupit la sympathie, et l’on oublie l’impression que fera sur tous la scène effroyable et l’horreur des tortures, l’angoisse pénible que cause toujours le sentiment de la douleur, l’exécution d’un de ses semblables. Plusieurs personnes, sur présentation d’une carte d’admission—ce sont sans doute des avocats, des médecins, des dignitaires—pénètrent dans l’enceinte et viennent se placer aux pieds de l’échafaud...….
Il est 9 heures moins dix ; la porte de la prison s’ouvre, grinçant sur ses gonds, et le prisonnier apparaît sur le seuil, accompagné par le prêtre qui l’exhorte à la mort en lui montrant un crucifix. En arrière, suivent lentement et recueillis, la sœur de charité qui récite tout haut une prière,
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le geôlier, pâle et tremblant, que le devoir traîne cruellement à cette cérémonie lugubre...…. Les assistants ne parlent plus et éprouvent une sensation angoissante à la vue de ce petit groupe silencieux, faisant cortège à un être plein de vie qui marche sans faiblesse à une mort sûre et prochaine.
Arrivé au lieu du supplice : Courage, mon ami, dit le prêtre au condamné. Suivez pas à pas notre Seigneur sur le Calvaire.
Goulier se dressa ferme, résolu, et monta d’un pas rassuré les dix degrés de l’échafaud...….
Le bourreau, un homme de moyenne taille, tout vêtu de noir, haïssable par sa physionomie placide et son regard tranquille, accoutumé à la besogne s’approcha machinalement de sa victime, comme un boucher, confiant en son habileté, aborde l’animal qu’il va abattre... Mettant un genou en terre et faisant du bras droit un demi-cercle horizontal en arrière des talons du condamné, il fit passer une corde qu’il noua au niveau des malléoles, après en avoir fait plusieurs tours. Il se releva et lui ramenant obliquement les deux bras en arrière, il les fixa à la paroi du dos au moyen d’une lanière dont il enlaça tout le corps. Il était neuf heures moins deux minutes ; le moment terrible arrivait... Dans un geste sinistre, il releva le bonnet noir rabattu en arrière à la façon d’un capuchon de moine, et le laissa tomber sur la figure pâle du malheureux. Un frisson de terreur courut dans toute l’assistance...…. Il s’apprêtait
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