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à passer la corde autour de son cou, à bien fixer le nœud meurtrier, faire partir la trappe et lancer ans l’éternité l’être avec qui se terminait l’horrible tragédie, quand une voix se fit entendre, aigüe et terrifiante :
— Attendez ! attendez ! ! !...….
Un messager se précipita, haletant et affolé, dans l’enceinte de la prison, en courant vers le lieu de l’exécution. Escaladant les degrés de l’échafaud, il remit un télégramme au geôlier et s’affaissa épuisé aux pieds du bourreau,—c'était Rodolphe.
Le télégramme venait du Procureur-Général qui commuait la peine de Goulier en un emprisonne:ment pour la vie aux travaux forcés.
Violette a passé une nuit affreuse et répété souvent dans son délire des mots tantôt vagues, tantôt accusateurs, comme si elle poursuivait de sa haine un personnage imaginaire et méprisable.
Le matin, épuisée par la fièvre, elle s'était assoupie.
Vers les 10 heures le médecin qu’Edouard était allé quérir, pénétra silencieusement dans la pièce où reposait Violette. Malgré toutes les précautions qu’il prit pour ne pas troubler le sommeil de la malade, celle-ci ouvrit les yeux en se retournant dans son lit et l’aperçut qui l’observait avec attention.
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—Bonjour, docteur, dit-elle, d’une voix affaiblie..…….
— Bonjour, mademoiselle, comment vous trouvez-vous ce matin ?...…...
—Mais je ne suis pas malade, docteur...
—Vons n'êtes toujours pas très bien; vous êtes pâle, vous toussez et...
—Assurément, docteur, je ne pourais pas sauter dans la place, mais un peu de repos me remettra.
—Ne pas vous sentir malade est un très bon signe, et un petit examen ne pourra vous alarmer ; alors puisque je suis ici, vous le permettez bien ?
—Bien sûr, docteur, faites, faites... Elle voulut se lever, mais ses jambes se dérobant sous elle, elle s’appuya sur le docteur pour ne pas tomber.....{£n effet, je ne suis pas forte, et il vaut tout autant vous avouer que je ne me fais pas illusion sur mon état. Depuis des semaines, je me sens faiblir, je ne dors plus, les sueurs m’inondent toutes les nuits et la fièvre me consume. Le feu qui me brûle est un feu que n’éteindront ni les larmes, ni les secours de votre art. Vous serez bon, vous serez dévoué, mais je le sens, votre bonté, votre dévouement ne pourront rien !
Le médecin procéda à un examen minutieux du cœur et des poumons de la malade, Le soin qu’il mit à l’examen de la poitrine, l’expression de sa figure, les pincements significatifs de ses lèvres produisirent une impression pénible sur les assistants.
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En se retirant dans la pièce voisine, il dit à la mère qui l’avait suivi :
—Madame, il serait inutile de vous cacher l’état précaire où se trouve votre fille. Vous l’avez d’ailleurs vue depuis quelque temps s’étioler, faiblir et s’épuiser dans une mélancolie dangereuse de laquelle à germé le mal qui existe et contre lequel il faudra lutter courageusement,. Elle a conscience de la gravité de son état et doute avec une certaine obstination de ne jamais reconquérir la santé, tant elle semble désespérer de revoir d’heureux jours. Comptez sur mon dévouement ; je mettrai en œuvre tous les moyens qu'offre la science, mais de votre côté, madame, vous m’aiderez à combattre, sinon à vaincre absolument la maladie qui a commencé à faire de terribles ravages, en traitant affectueusement son moral abattu, en rendant à son cœur le courage et la résignation.
Madame Monteil pleurait en écoutant les paroles du docteur. Sa pauvre fille souffrait depuis longtemps d’une épreuve mortelle, et elle-même, pauvre mère, elle avait enduré dans le silence des douleurs profondes, de n’avoir pu trouver un remède au désespoir de son enfant. Elle l’avait vue toujours triste, marcher dans les allées solitaires du jardin, effeuillant doucement des marguerites, se pencher pour respirer les fleurs et reprendre en soupirant sa marche lente et mélancolique. Comprenant jusqu’où une femme peut être victime de son amour, elle avait senti son impuissance à la consoler et elle avait pleuré.
84 L'ÉPRBUVE
— Hélas, dit-elle, mon enfant est bien éprouvée :
—Madame, je sais qu’un amour grand et sincère peut faire beaucoup de mal : peu d’hommes l’admettent, mais toutes les femmes qui aiment le jurent. L’orage a passé, les éclairs ont sillonné la nue, la foudre à grondé, et en tombant dans vos existences vous a couvertes d’éclaboussures. Le mal est fait, mais tant qu’il y a du cœur il peut y avoir du courage. Votre fille, bien malade, s’abîme profondément dans une douleur sourde, n’attendons d’elle aucun effort pour sortir de la torpeur où elle se complaît et s’obstine à demeurer... Mais vous, madame, vous femme, | qui êtes pleine de vie, de dévouement près du | péril qui menace l’existence, au chevet d’un être aimé qui respire son dernier souffle, ressaisissezvous, devenez forte, et montrez à votre fille un courage rassurant, quoique votre cœur soit plein de sanglots : Vous êtes sa mère ! !
—Mon Dieu, docteur, ma fille est-elle si mal ? Dites-moi la vérité, j’ai droit de la savoir, et puisque j’ai connu toutes les douleurs, je saurai avoir courage de commencer à faire mes sacrifices.
—Les poumons ne sont pas très pris encore, et nous pourrions espérer un rétablissement plus ou
moins rapproché, si elle voulait fournir ellemême le remède le plus efficace dans la circons-
tance. L’état d’alanguissement dans lequel elle vit depuis plusieurs mois et qu’elle semble ne pas vouloir vaincre, lui est des plus préjudiciables. A moins d’une résignation courageuse, d’une ré-
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solution énergique de sa part, ou d’une intervention de la Providence, la maladie suivra son
cours, lentement peut-être, mais sans espoir de
guérison. |
La mère s'était laissée choir dans son fauteuil et roulait dans le vide ses yeux mouillés de larmes... Ah ! mon Dieu, dit-elle, ayez pitié de moi !......Sauvez ma fille !
Pauvre mère, comment ne pas écouter avec attendrissement ce cri de douleur que vous adressez à Celui qui ne peut rester sourd à vos larmes. Il doit y avoir des consolations venant du ciel, pour les âmes pures et éprouvées. Et s’il en est ainsi, pourquoi donc laisser périr le corps sous l’étreinte cruelle qui saisit au cœur une femme sensible, douée des plus saintes intentions, qui aime encore et toujours le bien-aimé qu’on lui arrache ? Pourquoi donc permettre ce sentiment sublime de l’amour, puisque nous n’en sommes pas les maîtres et qu’ii nous tue ?
—Ah! mon bon docteur, reprit-elle, faites de votre mieux ; moi, je vous promets qu’à partir de ce moment, je serai courageuse, donnant tous mes instants à ma chère enfant. Je m’efforcerai par tous les moyens de sauver sa vie, en consolant et rassérénant son âme malheureuse.
—Oui, Madame, c’est le traitement principal ; il est essentiel. Mettez tout en œuvre : affection, distractions, joyeuse compagnie. Que son frère Edouard la mène un peu partout, dans les bois, sur l’eau, au théâtre, Que M. Rodolphe, l’ami
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de votre maison, unisse ses efforts aux vôtres, en vous visitant encore plus souvent et en multipliant les moments qu’il sait rendre agréables par ses propos galants. Le jour où votre fille, devenue courageuse, ne désespérera plus de ne pas reconquérir sa santé, sera un jour bienheureux pour elle, pour vous, votre famille et vos amis. Elle nous aidera alors à sauver sa vie, à obtenir un résultat plus prompt et satisfaisant, peut-être complet, s’il n’est pas trop tard. Mais évitez de beaucoup causer de l’espoir que vous nourrissez de la voir se rétablir bientôt ; vous échoueriez dans votre entreprise dès le debut, et vous en recevriez l’aveu déchirant qu’elle m'a fait : de se sentir désespérément malheureuse et de vouloir mourir! Allez lentement, avec intelligence, et ne vous découragez pas si le résultat que vous voudriez atteindre trop tôt retarde à arriver ; vous avez affaire à forte partie, et tout vient à point à qui sait attendre.
L'on entendit à ce moment une toux sourde qui avait quelque chose d’effroyable, comme le cri rauque d’une victime, gémissant derrière un baillon et qu’on étrangle : Violetteavait un accès terrible de toux et avait glissé sa tête sous son oreiller, pour en étouffer l’écho alarmant.
—Mon Dien! docteur, dit Madame Monteil, c’est ma fille !
—Oui, Madame, répondit l’homme de l’art ; c’est la toux du début d’une maladie qui s’annonce menaçante. Ne vous inquiétez pas du mo-
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ment présent, unissez tous ensemble vos efforts en vue d’éloigner les alarmes d’un avenir impitoyable...., Je ne négligerai pas votre enfant, Madame, dit-il. Il sortit.
Le lendemain était le 24 juin. Dès l’aube 1 jour, les citadins, levés matin, circulaient déjà dans les rues de Québec, Ce mouvement inhabitué, l’allure enjouée des citoyens, leur marche empressée et la circulation matinale des voitures, donnaient à cet ensemble un air de fête. Le soleil avait gravi dans un ciel sans nuages, la journée s’annonçait chaude ; chacun voulait profiter de l’air frais du matin ! De grandes voitures entourées de feuillages circulaient lentement dans les rues et un homme, debouc au milieu des sièges encore vides, eriait : ‘A Sillery ; 25 ets. la place pour aller à Sillery ! ??
Tout le monde se rendait à ce coquet village, situé. à quelques milles de Québec, où l’on cé'é braïit la Saint-Jean-Baptiste.
Rodolphe ne laissa pas passer la belle occasion d’être agréable à la famille Monteil, en menant à la fête celle qui avait tant besoin de distractions. Ce petit voyage ferait du bien à Violette, et lui, jouirait toute une journée de son aimable compagnie.
Installé dans une voiture confortable, il s'était présenté à la maison, était entré en montrant sa
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