‹ L'épreuve [microforme]Chapitre 23 sur 36 · PR US · texte numérisé non relu

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meilleure humeur et avait décidé la jeune fille à entreprendre la jolie promenade le long du fleuve. Violette se ressentait de la secousse de la veille, mais l’amabilité de Rodolphe,la journée charmante qu’il faisait, les nombreux voyageurs qui suivaient sur la route, répandaient dans l’air une gaieté communicative qui la reposait.

On avait causé un peu de tout. Rodolphe variait les sujets pour ne pas fatiguer son amie et être plus certain d’en attaquer un sur le nombre qui lui plairait réellement. Violette s'était déridée et avait ri quelquefois aux histoires que Rodolphe choisissait intentionnellement parmi ses plus drôles.

A un moment, l’on entendit des clameurs, des détonations et des cris de joie qui s’élevaient, bruyants dans les airs et allant se répétant dans les montagnes. L’on arrivait au village de Sillery. Rodolphe était heureux, Violette causait et était presque gaie.

Le 24 juin est un jour de joies simples et sincères à la campagne où le peuple aime l’église par éducation, mais aime sa fête nationale par nature. Il n’y a pas le faste et les grandes démonstrations allégoriques qui remplissent les rues des villes, les équipages richement harnachés, des sociétés nombreuses et de toutes les espèces, des cavalcades représentant des personnages d’époques

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historiques très éloignées. A la campagne, tout est spontané ; tout ce qui est fait a une couleur locale empreinte de sincérité et de patriotisme.

Le peuple, habitué à une vie simple et régulière, loin des villes où l’orgueil étale ses oriflammes pompeuses, prépare, avec enthousiasme et harmonie, une fête qui réjouira tout le monde.

Depuis plusieurs jours, les citoyens de tous les rangs, les riches comme les pauvres, les. grands et les petits, le propriétaire, le prolétaire, le maître, le serviteur, la main blanche qui tient la plume comme la main rugueuse qui bat le fer ou conduit la charrue, tous sont des amis, des frères, qui unissent leurs efforts pour faire belle la fête de leur patrie. *

C’est là, chez les populations de nos campagnes, que le passé glorieux de notre histoire demeure vivace et que, dignes fils de nos aïeux, le nom de la France est sur toutes les lèvres et dans les cœurs, comme il l'était aux temps durs et diffciles du début de la colonie et encore au lendemain de son abandon.

De bonne heure nous apercevons déjà ‘sur les routes qui aboutissent aux villages, des files de voitures remplies de gens qui viennent écouter les paroles saintes de leur curé, les discours patriotiques des premiers du village, voir le p'tit St-Jean-Baptiste et son agneau, tous les deux de la paroisse, applaudir la musique, visiter les rues pavoisées de sapins, les lanternes chinoises suspendues un peu partout à des ficelles fixées aux

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arbres, les drapeaux tricolores déployés jusque sur le plus humble hameau, les arcs-de-triomphe qui s'élèvent grandioses dans les airs, et lire— quand on sait lire—sur les banderolles de toutes les couleurs qui serpentent et s’entre-croisent dans les érables, l’emblème de leur fête nationale, les inscript ons patriotiques :

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O Canada, mon pays, mes amours !

Vive la France !

Sol béni de nos aïeux !

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Les rues sont remplies de gens gais qui causent, chantent, se donnent des poignées de main, s’invitent, qui à un fricot, qui à un épluchage de bléd'Inde. ; Les vieux sont en prière à l’église, cherchant du coin de leur âme un sourire miséricordieux de Celui qui les jugera bientôt. Les jeunes ont du temps devant eux et-escomptent leur salut dans les rues, où les jolies filles épient du coin de l’œil un regard amoureux, de Baptiste, de Calixte, de Napoléon, les cogs de la paroisse. « Les cavaliers montés sur des chevaux hébétés, à peine remis des travaux de la veille, galopent ‘ dans les rues bordées, de chaque côté, de jeunes | érables et de fougère, et leurs insignes s’envolent au vent avec grâce et grandeur, font éclore dans le cœur des bonnes campagnardes de l’admiration pour André, Tanisse et Jérémie qui sont dans les honneurs.

Le canon gronde, il est dix heures. La proces-

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sion va se mettre en marche. La foule sort de l’église, la place est trop petite pour contenir tout le monde et les commissaires ordonnateurs ont toutes les peines à tenir l’ordre, à commander la multitude qui veut voir.

C’est la St-Jean-Baptiste, voyez-vous; ça ne vient pas souvent, et tous les canayens y ont droit. Pas de distinction ce jour-là : on veut faire passer monsieur le maire le premier, mais Batisette, le quêteux, est un brave qui aime aussi son pays, et il nese ferait aucun scru pule de marcher à son côté.

La procession défile par la grande rue du village qui serait trop étroite pour laisser passer les chars orgueilleux d’une ville, mais assez spacieuse pour recevoir les voitures garnies de feuilles d’érable de nos braves villageois, forgerons, menuisiers, boulangers ou paysans : de nos gais lurons chantant sans art mais avec enthousiasme les chansons du pays: Vive la Canadienne...

Ca sent le canadien ; chacun, dans son effort pour voir réussi: la fête, déploie ce qu’il a de talent, de goût, de connaissance, d'originalité qui donne à la démonstration un cachet unique qui sent le terroir et la sincérité,

A la campagne, pas de ces airs où le snobisme s’affiche et déteint, pas de propos agressifs et de rebuffades entre compatriotes, pas de petits conquérants portant gauchement la panoplie d’un chevalier du moyen âge, mais la franchise, l’harmonie, le patriotisme: Par derrière chez ma tante...

L’habit simple comme parure, mais un cœur de

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patriote comme embellissement ; la fête les grise, chacun est heureux le jour de la St-Jean-Baptiste,

La procession s’avance au son de la musique, au bruit des acclamations. Le canon détonne et porte, au loin dans les airs le signal de leur joie débordante que repercutent les montagnes, dont l’écho va s’éteindre en grondant dans la chaumière des vallons lointains. -

Un menuisier dans son atelier, entouré de ses mioches tout barbouillés, achève en chan'ant le meuble qui lui rapportera le pain de sa famille, et l'épouse, tout près, file en souriant la laine de ses moutons qui servira à faire des bas bien chauds pour l’hiver rigoureux.

Suit un chantier de terre neuve, représentant des colons harassés de fatigue et toujours remplis de courage, travaillant sans relâche, abattant les arbres, brûlant les broussailles. Ils enlèvent les pierres, coupent les racines, ouvrent le sein de la terre, tracent des sillons, y enfouissent la graine qu’ils arrosent de leur sueurs, qui germera, donnera la fleur qui se change en pain et les nourrira.

L’allégorie est grandiose, voyez ce qui passe ; sur l’aire d’une grange, des gens battént au fléau. Parmi eux, des jeunes paysannes en jupe de flanelle du pays, coupée court aux mollets, des souliers de bœuf, un grand chapeau de paille relevé sur les bords, les manches retroussées jusqu'aux coudes, travaillent au côté de leur père qui sue, battent le grain, en recueillent la graine, s’enhardissent à la tâche, remuent tout avec la désinvolture et la force d’un homme.

C’est ça la patrie : c’est le brave ouvrier qui

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peine tout le jour et vient se reposer tous les soirs dans son foyer, au milieu de ses enfants, c’est le vieux laboureur qui, au coucher du soleil, revient du bout de sa terre, tout courbé et meurtri, s’asseoir avec bonheur aux pieds de l’âtre qui fume, causer doucement à son épouse, en caressant ses deux plus jeunes enfants assis sur ses genoux.

Il n’est point d’allégorie dans nos campagnes, c’est la vie vécue elle-même, ce sont les mœurs, les habitudes, la réalité,la nature même de nos paysans qui se réjouissent tout bonnement, chantent gaiement en dansant la ronde autour des sillons.

Le p'tit St-Jean-Baptiste passe, timide et craintif avec son agneau blanc tout frisé, entre deux haies de Spectateurs qui admirent. Les bonnes mères toujours affectueuses le regardent en pleurant de tendresse et l’on entenddans la foule des voix de bonnes femmes qui chuchotent : ‘Cher p'tit chien... #

Quand la processionest finie, nos braves villageois se réunissent par groupe dans les bois et mettent la table sur la gazon. L’on y mange, l’on rit, l’on boit avec harmonie. Les farauds de la paroisse organisent des danses et nos paysannes se dressent avec un petitair, dans leur belle robe du dimanche. Il n’y manque rien ; Baptiste + emporté son violon. Pendant que les jeunes s’amhsent, les papasse passent leur blague de tabac, allument une bonne pipe et causent des belles choses qu’ils ont vues... 6

Mais la fête n’est pas finie, et faudra voir le soir le feu d’artifice et l’illumination dans tout le village—jusqu’à ce pauvre Batissette qui a mis 50 cts., sa quête de 8 jours—pour acheter des lanternes chinoises. |

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Paul avait hésité lorsqu'il s’agit de mettre sa lettre à la poste. Il avait ouvert son cœur, mis à nu son âme entière, dans cette lettre écrite à sa bien-aimée, mais il pressentait la tempête qu’on soulevait contre lui, et il conjectuerait que Violette subissait l’opinion la plus accréditée, celle

de croire à sa culpabilité... ENT Il attendait avec une impatience fébrile le jour béni qui lui apporterait une lettre... une réponse

quelconque... mais enfin un mot de sa fiancée dont il brûlait du désir de lire et de baiser le nom, n algré son incertitude d’en recevoir de la sympathie... du mépris peut-être.

Il supportait avec plus de courage sa honte, il subissait avec résignation son malheureux sort. Son me planait au-dessus de ses misères physiques et dans son vol léger vers le beau ciel de sa bien-aimée, elle souriait à son malheur, promettait presque du bonheur, dans sa prison infâme, a l’homme qui gémit, qui tremble d’être abondonné, de perdre son dernier et seul espoir...

Quand il reçut la missive de Violette, sa figure prit une expression indescriptible. Une joie délicieuse le fit tressaillir, un frisson courut par son corps, une angoisse poignante Serra Son cœur comine dans un étau, une pâleur froide couvrit sa figure agitée par des tics nerveux comme quelqu’un qui est secoué par la peur. Il courut à sa cellule plutôt qu’il n’y marcha, et s’affaissa sur son banc en pleurant !...............

Il tenait ce papier que sa bien-aimée avait touché, cette lettre qu’elle avait écrite et qui contenait son amour peut-être... peut-être sa haïne !

Il était anxieux de la lire, et chaque fois qu’il voulut la décacheter, le doute, le trouble le faisaient hésiter... Mais non, cela ne se pouvait pas, Violette l’aimait encore et croyait sûrement à son innocence si elle avait lue la lettre de protestations qu’il lui avait écrite ! Rassuré par ce raisonnement, devenu confiant en l’effort qu’il faisait pour se convaincre, il en fit sauter le cachet et l’ouvrit. Avec une avidité pleine de feu, des yeux pleins de flammes, il dévora avec chaleur la première phrase et fondit en larmes, en pressant sur son cœur la lettre de celle qui l’aimait encore.

Ses pleurs nombreuses et brûlantes faisaient irruption de son âme fiévreuse, comme des laves sortent enflammées des yeux rougis d’un volcan, pétillantes et débordantes de son cratère !

Paul avait lu en sanglotant la correspondance de Violette ; l’amour qu’elle lui conservait serait une compensation à ses peines. Puisque le sort l’avait jeté injustement dans le plus grand des ädéshonneurs, sans espoir d’obtenir justice des hommes, tout lui devenait indifférent. Violette l’aimait malgré tout, et il se prit à chérir jusqu’à ses tourments. Il correspondrait avec sa bienaimée, c'était pour lui le plus grand de tous les biens !...…..

Le lendemain étant un dimanche, jour de repos

pour tout le monde, même pour les forçats, il s'était retiré dans sa cellulé et là, chose invraisemblable, union flagrante du Dieu et du diable, il se sentit heureux entre ces quatre murs dégarnis et cette grille en fer, comme s’il eut été pénétré d’un feu céleste et qu’il eut senti dans son être un soleil qui éclairât son coin sombre et silencieux ; sa Violette l’aimait toujours, il venait lui écrire.

Pénitencier de St-Vincent de Paul, 25 juin 188...

‘Merci, noble fiancée, divine créature. Tu ‘ m'aimes encore, malgré que mon déshonneur ‘ rejaillisse sur nos familles et notre amour !

‘€ Il existe donc sur terre un être qui croit à ‘ mon innocence, et cet être c’est toi ma bien- ‘ aimée, quifvient m'apporter dans mon noir ‘ cachot la sympathie et la consolation...

‘ Pauvre Violette, puisses-tu croire à ma rési- ‘€ gnation, puisque tu ne m’abandonnes pas, mais ‘{ jamais complète, car je te perds et il ne me ‘ sera plus permis de te revoir ici-bas.

‘ Qui donc préside aux destinées, puisqu'on y ‘ met tant d’injustice dans les nôtres ?...... Dieu ‘€ décrète-t-il avec autant de rigueur le malheur ‘‘ de ses honnêtes enfants, dénonce-t-il ainsi les ‘âmes innocentes à tout un monde superstitieux ‘et rempli de préjugés, parce qu’il est bon et ‘“ qu’il éprouve ceux qu’il aime ?

‘* Chère Violette, inutiie de chercher à expli- ‘ quer l’inigme ; plus je pénètre, plus j’examine

‘le mystère qui enveloppe ma vie, moins j'y vois ‘ dans ces ténèbres : c’est le cchot ! !

‘ Moi qui m’efforçais chaque jour à mieux mé- * riter ton amour en vivant honnêtement, en tra- ‘ vaillant avec courage dans l’espoir d’un avenir ‘heureux. Moi qui, poussé par les plus nobles sentiments, agissais avec ardeur pour réaliser le plus tôt possible le rêve que je caressais de te vouer ma vie toute entière, un événement malheureux est venu empoisonner traîtreusement ma vie et me plonger dans le malheur...

‘6 Il m'était interdit de faire un bon et honnête ‘ époux !

‘ Maintenant que j'ai perdu pour toujours la liberté, savoir que tu m’exonBres de tout blâme dans cette monstrueuse affaire, me suffit, et je voudrais que, demeurant digne, bonne envers moi, tu devinsses l’épouse d’un brave homme, autre que moi, puisque notre union est irréalisable, que tu suivisses noblement ta desti- ‘ née de femme. Je suis moins malheureux de:puis que je connais tes sentiments à mon égard, ‘ mais je deviendrais le plus malheureux des hommes si j’apprenais ta résolution, que je redoute, de vouloir vivre isolément de mon souvenir, de t’abîmer dans une douleur sans fin. ‘© Ne m’oublie pas, je t’ai trop aimée, mais voue ta vie, ton sexe, à un homme digne de toi, en lui consacrant dans le mariage les grandes ‘“ qualités de ton cœur et en me réservant inno- ‘ cemment celles de ton âme. Si Rodolphe te

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‘ montre de l’affection. aime-le, Violette, c’est un ‘© noble garçon. Prends-le pour époux, vous serez ‘ deux pour causer des belles années de notre jeu- ‘ nesse, et si quelquefois vous vous apitoyez sur ‘ mon sort, nous pleurerons tous les trois, à la ‘ même heure, malgré la distance qui nous sé- ‘ parera, En unissant ta vie à celle de Rodolphe, ‘ j’'éprouverais l’unique joie, relativement com- ‘6 pensat:ice de mon malheur, en sentant dans ‘ cette union un peu de moi-même, car j'estime ‘ cet homme qui fut mon ami d’enfance et le com- ‘ pagnon fidèle, à tous deux, de nos belles an- ‘ nées. Si malgré mon désir ardent de te voir te ‘ marier pour moins souffrir, tu persistes quand ‘même à demeurer seule, je t’en prie Violette, ‘ ma bien-aimée, ne brise pas ton avenir, n’im- ‘ mole pas ta santé dans l’indifférence et la mé:- ‘ lancolie, ne désespère pas fatalement de ta vie ‘ parce qu’elle est éprouvée. Laisse ton esprit ‘ magnanime dominer ton cœur sensible, ton âme ‘ dévouée planer sur ta vie émue et paralysée.

‘€ Moi j’ai perdu la liberté, mais j'ai conservé ‘© ton amour, je suis résigné et je souris dans mon ‘ malheur. Pourquoi ne deviendrais-tu pas cou- ‘‘ rageuse, forte contre la douleur comme je le ‘ suis, puisqu'elle ne rend pas le bien perdu et ‘ et qu’elle épuise la santé ?

‘ Tu pourrais, par une vie de’dévouement pour ‘ ta famille, d’affection, de charité pour les misé- ‘€ sérables, trouver de l’énergie dans ce sentiment ‘ noble du devoir accompli et tu te conserverais

‘€ ainsi longtemps pour distraire ma vieséquestrée, ‘en même temps que mon souvenir caresserait ‘ sans cesse ton âme meurtrie mais résignée.

‘ Chère Violette, tendre amie, que de fois j'ai ‘ pensé à toi dans le silence et l’ombre de la nuit, ‘“ étendue sur mon misérable lit en attendant le ‘ sommeil qui ne venait pas. Que de fois j'ai ‘ souri avec amour à ton cher souvenir, dans le ‘“ deuil de mon cloître hideux, en buvant avec tendresse mes pleurs amères. Mais ne vois pas ‘ dans ces larmes une marque de faiblesse ; c’est ‘ la manifestation d’une reconnaissance bien lé- ‘ gitime que je dois à ton cœur, à notre amour ‘éprouvé. Depuis que tu in’as fait l’aveu su- ‘ blime de ton amour éternel, je suis fort et je ‘ marche courageusement à la peine qu’on m’a ‘infligée, pour expier le crime que je n’ai pas ‘ commis. Je ne suis donc pas tout-à-fait mal- « malheureux, puisque tu m’as conservé ton cœur, ‘que je suis innocent, que je tiens mon hon- ‘ neur sauf et intact. Dieu permettra peut- ‘ être un jour que le coupable avoue sa faute ; ‘ c’est là encore, ma bien-aimée Violette, une es- ‘ pérance de plus pour nos cœurs lacérés, une ‘ jouissance anticipée pour nos âmes honnêtes et

‘ innocentes.

‘“ Vis donc, ma très-chère.....…..vis dans cette ‘ espérance qui fortifie et qui illumine nos jours

‘ sombres. Que cet espoir en la justice divine ‘ réchauffe notre ardeur pour nous retrouve.

‘ dans tout notre amour, comme le soleil qui ‘€ éclaire le monde, ‘‘ réchauffe les fleurs courbées ‘et meurtries par les vents et les orages, les fait ‘ renaître, s'épanouir toutes belles !

‘ Ecris-moi.......…. encore... souvent si tu le ‘ peux. Répète-moi que tu m'aimes toujours:

‘ souviens-toi que je suis innocent et que je ‘ t'adore.

Le petit voyage à Sillery avait fatigué Violette, elle avait été obligée de se coucher toute l’aprèsmidi. Le retour avait semblé la remettre un peu, mais le mouvement de la voiture, la poussière, la longueur du trajet avait fini par l’énerver. Elle avait beancoup toussé durant la soirée, avait eu la fièvre et le délire, mais la nuit avait été calme et réparatrice. Le lendemain, elle se leva, fit un peu de toilette et se disposa à aller respirer librement dans une campagne voisine de la ville. Elle voulait s'éloigner de l’air confiné des rues étroites où grouille pêle-mêle, un monde curieux et observateur ; les pavés de Québec lui brûlaient les pieds.

Rodolphe avait été inquiet, il n’avait fermé l’œil de toute la nuit. Enervé, remuant tout sans but, il n’avait pu résister à l’envie de courir chez celle qui occupait toute sa vie. D'’un pas hâtif et distrait, il était parti dans les rues les

moins fréquentées du quartier et avait ralenti sa marche en apercevant au détour du chemin la demeure de Violette, Il sentit son cœur s’agiter et s’émouvoir, à la pensée d’en apprendre de tristes nouvelles. Il bondit de joie lorsqu'il put distinguer la toilette pâle d’une femme qui marchait sur la terrasse, et fixant mieux son regard dans cette direction, il reconnut Violette...

Agité et fou de bonheur, il courut à elle...

—Que Dieu soit loué, mademoiselle, vous voilà debout ?

Elle lui répondit :

--Oui, mais pour retomber bientôt peut-être et

— Pourquoi done, Violette, ajouter à votre vie chancelante toujours des idées désespérantes ? Non, vous ne retomberez pas, nous irons partout, tous les jours, dans les bois, sur l’eau, dans la campagne, respirer un air pur, goûter la brise, cueillir la marguerite, le muguet, les roses ; nous trouverons au sein même de la nature le remède infaillible contre le mal qui vous fait souffrir. Aujourd’hui même, si vous le voulez, nous partirons à la campagne y chercher la distraction nécessaire à votre esprit, le repos salutaire à votre

—Vous êtes très-aimable, Rodolphe, je ne refuse pas ; une promenade calme dans les bois ne peut zue fatiguer comme l’a fait notre voyage d'hier. Revenez dans une heure, nous parti-

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